‹ Voyages et découvertes outre mer au XIXe siècle [microforme]Chapitre 66 sur 77 · TE 20 US · texte numérisé non relu

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« Je dois revenir maintenir au lieutenant Hobson, qui, après s'être séparé de raoi au cap Victoria, le 28 avril. s'était dirigé sur le cap Félix. A une très-petite distance, il trouva des traces non douteuses de l'expédition Franklin : un très-large cairn de pierres, et tout près une petite tente, avec des couvertures, des habits et d’antres effets. Un morceau de papier blanc a été trouvé dans le cairn, ainsi que deux bouteilles cassées , qui gisaient au milieu des pierres, mais rien de plus; bien qu’on fouillât le cairn et la terre qui te portait, à plus de dix pieds de distance tout autour, le lieutenant n’y trouva aucun document écrit.

« À environ deux milles plus loin, au sud, étaient deux autres petits cairns, qui ne contenaient ni traces ni reliques, à l’exception d’une pioche cassée et d’une boîte à thé encore pleine.

« … Il s’'empressa de faire fouiller cet endroit, et, parmi les pierres du sommet, il trouva une boîte de fer-blanc contenent un court rapport, le rapport même de l'expédition perdue.

« Ce document, écrit sur parchemin, nous apprit que le 98 mai 1845 tout allait bien à bord de l'Érèbe et de la Terreur; que, dans le courant de la même année 1845 qui avait vu leur départ d'Angleterre, ces deux navires avaient remonté le chenal, de Wellington jusqu’à la latitude de 77, et qu'ils étaient revenus par l’ouest de l'ile Cornwallis prendre leurs quartiers d'hiver à l'ile Beechey. Le 12 septembre de l’année suivante (1846 ), ils étaient bloqués dans les glaces par 69° 5’ de latitude et 98°23 de longitude ouest de Greenwich, à environ quinze milles des rivages nord-ouest de l’île du Roï-Guillaume. Ce fut là le théâtre de leur second hivernage. Le lieutenant Gore el M. Desveaux, avec un parti de six hommes, vinrent déposer à terre ce précieux document, ainsi qu'un autre exactement sem

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blable, qui fut trouvé sous un petit cairn, à une journée de marche plus au sud.

« Autour des marges du premier de ces parchemins, on remarque plusieurs observations additionnelles ajoutées onze mois plus tard (15 avril 1848). Les navires, n'ayant fait en vingt mois qu’une quinzaine de rmilles vers ie sud, avaient été abandonnés trois jours auparavant. Sir John Franklin était mort le 41 juin 1847, et neuf officiers et quinze hommes l'avaient déjà précédé ou suivi.

« Les survivants de l'expédition, au nombre de cent cinq, avaient abordé sur ce point, sous le commandement du capitaine Crozier, et reconstruit sur l'emplacement du cairn de James Ross, détruit probablement par les Esquimaux, le cairn existant aujourd’hui. Leur intention était de partir le lendemain matin pour la Grande-Rivière de Back, et ce rapport était signé par Crozier, comme capitaine de la Terreur et principal officier de l'expédition, et par Fitzjames, capitaine de l'Érèbe. Il semble que trois jours de marche écoulés entre l'abandon des navires et la date de cet écrit avaient déjà épuisé les forces de ces malheureux, et il paraît qu’en se remettant en marche vers le sud ils abandonnèrent en cet endroit une grande quantité d’habits, d’effets et de provisions de toutes sortes, comme Sils avaient eu l'intention de se débarrasser de tous les objets

qui pouvaient ne leur être d'aucune utilité. Après dix ans écoulés, des pioches, des pelles, des ustensiles de cuisine, des cordages, du bois, de la toile, et même un sextant portant le nom gravé de Frédéric Hornby R. N,, étaient encore épars sur le sol ou incrustés dans la glace.

« Le lieutenant Hobson continua ses recherches Jusqu'à

quelques jours de marche du cap Herschell, sans trouver au-

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cune trace des naufragés ou des indigènes. Il laissa pour moi un rapport détaillé à ce qu'il avait découvert, de manière que, revenant par l'ouest de l'ile du Roi-Guillaume, j’eus l’avantage d’être mis au courant de tout ce qu’on avait trouvé.

« Bientôt après avoir laissé le cap Herschell, les traces des indigènes devinrent moins nombreuses et moins récentes, et, plus à l’ouest, elles ce sèrent complétement. Cette partie de la Terre du Roi-Guillaume est extrêmement basse, et dénuée de toute espèce de végétation. De nombreuses petites îles s’étendent en avant, et, au delà, le détroit de Victoria est couvert d'énormes et impénétrables monceaux de glace.

« Parvenus au 69 9 latitude nord, et au 990 27 de longitude, nous nous dirigeâmes vers un grand bateau que le lieutenant Hobson avait découvert quelques jours auparavant, ainsi qu’il m'en avait informé. Il paraît que ce bateau, destiné dans le principe par nos infortunés compatriotes à remonter la rivière du Grand-Poisson, avait dû être abandonné ensuite. Il mesurait vingt-huit pieds de long sur sept et demi de large. Sa construction était très-légère; mais le traineau sur lequel il était p'acé était fait de chène brut solide, et pesait autant que le bateau lui-même.

« Une grande quantité d'effets fut trouvée en cet endroit; un squelette même était à l'arrière du bateau, desséché et tapi sous un monceau de vêtements; un autre, plus endommagé, probablement par les animaux, gisait non loin de lembarcation. Cinq montres de poche, une quantité corsidérable de euillers et de fourchettes en argent, et plusieurs livres de re-

ligion furent recueillis en cet endroit; mais nous ny pûmes découvrir ni journaux de bord, ni portefeuilles, ni aucun efle!

portant le nom de son propriétaire.

« Deux fusils à deux coups, chargés et amorcés, étaient appuyés sur les côtes du bateau, probablement à la place même où les deux marins dont nous voyions les déplorables restes les avaient déposés onze ans auparavant. Il y avait aussi tout autour des munitions en abondance, trente à quarante livres de chocolat, du thé et du tabac.

« Beaucoup de reliques intéressantes ont été recueillies par le lieutenant Hobson, et quelques-unes par moi-même. Le 5 juin, j’arrivai à Pointe-Victory sans avoir découvert rien de plus. Nous fouillämes de nouveau avec le plus grand soin les habits et les carnets, dans l'espoir d'obtenir d’autres renseignements, mais cela sans aucun succès.

« Ine m'arriva rien autre chose de remarquable jusqu’à mon retour au vaisseau, que j'atteignis le 19 juin, cinq jours après le lieutenant Hobson. Nous nous sommes assurés que les côtes de la Terre du Roi-Guillaume, entre ses deux extrémités nord et sud et les caps Félix et Crozier, n’ont pas été visitées par les Esquimaux depuis l'abandon de l'Érèbe et de la Terreur, puisque les cabanes et les objets laissés n’ont pas été touchés.

« Si d’autres vestiges de ce grand naufrage sont encore visibles, il est probable qu’ils doivent se trouver auprès des petites iles, entre les caps Crozier et Herschell.

« Le 28 juin, le capitaine Young et ceux qui laccompagnaient revinrent après avoir fait leur part de la tâche commune et s'être assurés que la Terre du Prince-de-Galles est une île séparée de la terre Victoria par un détroit, dont ils ont tracé les lignes de côtes entre les deux points extrêmes aiteints en 1851 par les lieutenants Osborneet Brown. Ils ont aussi fait la géographie des côtes comprises entre le détroit de Bellot et la

baie des Quatre-Rivières.

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« Dans la crainte de n’avoir pas assez de provisions, le capitaine Young renvoya quatre de ses hommes; et pendant quarante jours il marcha à travers les brouillards et les tempêtes de neige, accompagné d'un seul homme et de ses chiens, et bâtissant chaque nuit une cabane de neige; mais il ne put supporter tant de privations et de fatigues sans que ses forces et sa santé fussent profondément altérées.

« Le lieutenant Hobson, à son retour à bord , était égal. nent dans un triste état. Dès le début du voyage, il était loin de se bien porter, et à la suite de ses fatigues il eut une violente attaque de scorbut. Néanmoins il accomplit courageusement et habilement sa tâche, et de tels faits prouvent de quel espoir nous étions animés dans les recherches particulières que chacun de nous eut à faire.

« Enfin nous nous retrouvâmes tous à bord. Comme plusieurs cas de scorhut s'étaient présentés, toutes nos précieuses provisions de jus de citron, d'ale Burton, etc., furent employées, et, grâce à ces conservatifs, il ne nous fallut qu'un court espace de temps pour nous remettre tous en parfaite santé.

« Pendant notre séjour à Port-Kennedy, nous avons été deux fois appelés à conduire un des nôtres dans la tombe. M. George Brands, ingénieur, mourut d’une attaque d’aporlexie, le 6 novembre 1858. Le matin de ce même jour il pa raissait en bonne santé, et s'était livré pendant plusieurs heures à la chasse aux rennes. Le 14 juin 1859, Thomas Blackwelle, maître d'hôtel, mourut du scorbut. Cet homme avait servi dans deux précédentes campagnes arctiques.

« L'été ayant été très-chaud , la mer était parfaitement libre au nord; en conséquence, le 9 août nous étions prêts à re-

prendre le chemin de notre patrie; et quoique la mort du mé-

canicien, en 1857, et celle de l'ingénieur, en 1858, nous eussent laissés avec deux chauffeurs seulement, néanmoins, avec leur aide, je parvins à conduire le steamer à la pointe de la Fury.

« Nous restâmes là pendant quelques jours, jusqu’à ce que, le vent ayant changé et poussé les glaces, nous pûmes continuer notre voyage, sans aucune autre interruption, jusqu’à Godhaven, où nous arrivâmes le 27 août, et où nous fûmes reçus avec la plus grande cordialité par M.Olick, inspecteur du Groenland du nord, et par les autorités locales, qui eurent l’obligeance de nous faire fournir tout ce dont nous avions besoin.

« Là nous congédiâmes nos deux Esquimaux conducteurs de chiens, et le 1er septembre nous reprimes la mer pour revenir en Angleterre.

« Ce rapyort serait incomplet si je ne parlais pas des obliga- ‘ons que j'ai contractées envers tous mes compagnons de voyage, officiers et marins, pour le zèle qu’ils ont deployé et l’aide efficace qu’ils m'ont constamment donnée.

« Un sentiment d’entier dévouement à la cause que lady Fran:zlin a si noblement défendue, et une ferme détermination de faire tout ce qu’il est possible à l’homme, sont les seuls mobiles qui nous ont guidés et qui nous ont fait surmonter toutes les difficultés. Avec moins d'enthousiasme et d’obéissance dévouée au commandement,un si petit nombre d'hommes (vingt-trois en tout) n'aurait jamais suffi pour conduire à

bonne fin une tâche aussi grande et aussi difficile. »

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