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longs avec un trou au comble de trois pieds de largeur pour le passage de ia fumée, le feu est dans le milieu et les couchettes sont sur les côtés. Ces couchettes ne sont proprement que des planches assemblées en figure de lit de camp, élevés d'environ deux pieds au-dessus du terrain, couvertes de nattes de jonc ou de paille. Tous y sont assez pêle mèle : pères, mères et enfants, et indifféremment des deux sexes. Les enfants y sont suspendus dans des espèces de hamac, ou sont attachés, loi qu’ils sont à la mamelle, sur une planche à laquelle ils sont contenus par des petites sangles ; les femmes y travaillent des boîtes, des plateaux d’écorce et des colliers propres à leur parure et à leurs ajustements.
Les sauvages de ce village sont riches. Ils sont vêtus en bonnes étoffes et en galons d’or et d'argent qu'ils tirent le pluscommunément de la Nouvelle Angleterre, où on leur débite à meilleur compte que ché nous, en vue d’en attirer la confiance et l'amitié. Il y a parmi eux plusieurs bâtards français, et beaucoup d’enfants anglais faits prisonniers en la dernière guerre ec qu’ils
ont adoptés. Ces enfants s'élèvent avec les façons et les : inclinations sauvages ; on les distingue à la couleur de leur peau qui est plus blanche, Cette liberté et le libertinage eu lesquels ils sont élevés, font que lorsqu'ils sont grands, ils ne songent point à retourner .chez eux.
L'on m’a montré un anglais fait prisonnier il y a huit ans, qui aujourd’hui a tellement gouté la liberté de cette vie, qu’il demeure parmi les sauvages et ne veut pas rejoindre la nation, quoiqu'il lui soit permis.
Ces sauvages sont dans le goût de bâtir des maisons à la française, en charpente équarrie, et même en maçonnerie. À cet effet, ils ont attiré des ouvriers français de toute espèce, Les missionnaires les invitent à cette sorte de construction, sous prétexte qu’elle est plus commode; mais je serais assez d'avis de croire, qu'étant seigneurs du lieu, des vues d'intérêt les y conduisent, d'autant que quand les sauvages se trouveront gênés par le gouvernement ou qu'on le leur persuadera, on leu insinuera d'aller s'établir ailleurs pour jouir de leur première liberté, et que pour lors, en
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qualité de seigneurs, toutes ces habitations resteront à leur profit.
L Il serait avantageux au service qu’on obligea les ‘à commandaus et les missionnaires, ou ensemble de E | concert, de tenir un état exact des intrus qui viennent E— résider dans ce village, des enfants qui y naissent, des morts, du nombre des guerriers, et enfin de tous les habitants en général, afin de juger d’une année à l’autre des progrès de cet établissement.
Na.—Les cabanes ordinaires des sauvages sont faites en cône ou pin de sucre, avec des bois de sapin, et couverte d’écorce. Le feu, comme on l’a dit, est dans le milieu. Il n’y a point de couchettes fermées. mais bien des peaux et des nattes étendues tout le long. La place d'honneur est à la porte : c’est ordinairement celle du chef de la cabane et celle qu’on offre aux étrangers.
Pour prouver combien cette vie sauvage a des attraits, il m'a été rapporté le fait suivant. Le 5 août 1689, les sauvages ennemis des français descendirent pl sur l’Ile de Montréal, la dévastèrent en partie, tuèrent pit
lusieurs habitants et emmenèrent quelques enfants.
ans le nombre de ces derniers, était une petite fille au ] berceau, dont on m'a montré l'habitation du père et de la mère, qui étaient des gens riches. Environ trente
ans plus tard, des français ayant paru chez ces nations LE barbares, ils la leur montrèrent. Sa couleur indiquait hi] bien qu’elle était étrangère, et sur ie rapport qu’on leur | fit, de l'endroit où elle avait été prise, ils jugèrent ji qu’elle se nommait de Coane, dont la famille est des t plus riches de Montréal. Ils lui donnèrent à connaitre | qui elle était, et que ses parents seraient enchantés de la | revoir, mais inutilement. Jamais elle ne voulut con- l sentir à les rejoindre quoiqu'invité par les sauvages. On
prétend qr’elle vit encore. Il faut que la licence qu’on
y goutte ait bien des appas pour ne vouloir y renoncg, Ma visite faite autour de l'enceinte du village et de
celle du fort, je fus voir le grand chef e‘ quelques
s autres particuliers. Ils parurent sensibles à mon atten- ‘4 tion. Après quoy je retournay chez le commandant où, ‘à dinés amplement, on raisonna beaucoup sur cet établis-
+ sement. Îl y a tant de choses à en dire, que quoique on en ait discouru amplement icy, il en reste encore
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beaucoup. Après quoy je pris le parti de me rembarquer pour aller coucher à la pointe claire ; il était environ cinq heures après midi ; officiers, jésuites et sauvages
m'accompagnèrent jusqu’à mon batteau et me rendirent
les mêmes honneurs en sortant qu’à mon arrivée le matin. Les adieux faits, on poussa au large ; des éclairs menaçaient d’un orage ; d’ailleurs, il faisait un vent un peu forcé du Sud Ouest de manière que menacés d’un gros temps, l’on tâcha de joindre promptement la rive du Nord, on la cotoya jusqu’à la pointe de la grande anse. Le patron m’y représenta que de là à la dite pointe claire, il n’y avait que 4 de lieue, que le temps devenait fâcheux, et que les lames fortes et contraires pourraient bien nous obliger à n’y arriver que très-tard, qu'il me couseillait de mettre à terre, que si la pluye survenait je trouverais du couvert dans l’une des habitations répandues le long de la côte, et que lui il ferait avec son batteau la corde de l’arc que j'allais faire à pied ; je me soumis à son avis ave, Mr. de Coane. Effectivement, nous -essuyâmes beaucoup de pluye; mais il s'était trompé sur la longueur du chemin : je le trouvay long d’une lieue et demie, et pressés par la nuit nous préférâmes d’être mouillés plutôt que d'arriver à une heure indûe chez le curé du dit endroit, où notre dessin était de coucher ; nous y trouvâmes toute la canotée rendue disputant avec le domestique du curé qui suivant ies ordres de son maître qui était absent ne voulait point ouvrir la porte. Heureusement que celui de la chine à qui nous avions donné rendez-vous pour le conduire le lendemain au village du lac des deux montagnes y arriva, et que ce domestique le connaissant, voulut bien se rendre sous ses auspices à nos instances ; on ne constitua son maître en aucuns frais, chacun se mit à faire son lit. Comme on avait bien diné on se contenta d'un repas {rugal que l’on paya grassement.
Depuis le a de la chine jusqu’à la pointe claire, on estime trois lieucs.
Na. L'anse dont or! a parlé cy-dessus est comprise dans la partie du fleuve, qu’on nomme lac de St. Louis, d'autant qu'il s’y élargi: beaucoup et ne devient resserré que par le travers de l'ile Pérot.
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