‹ Voyages et mémoires sur le Canada [microforme]Chapitre 13 sur 78 · VILLAGE DU SAUT ST. LOUIS · texte numérisé non relu

VILLAGE DU SAUT ST. LOUIS

Le mémoire à la Cour fait mention de ce qui peut étre échappé icy.

Na.—Entr’autres arrangements que M. Varrin avait ordonnés pour mon voyage, il avait chargé un habitant du village de la chine de me tenir un diner prêt à mon arrivée, et aflin de n’être point obligé d’y attendre mon batteau et m'éviter la peine de contourner l’isle St, Paul et celle aux hérons par le sud desquelles il faut de nécessité passer pour monter le Sault St, Louis, qui barre le chenal d’entre elles et la grande terre, il l'avait fait partir de la veille sous la conduite d’un homme pratique dans cette partie du fleuve, et armé seulement de huit de mes canotiers.

Il m'insinua aussi d'engager M. de la Morandière, lieutenant d’une des compagnies, faisant les fonctions d'ingénieur, de m’accompagner sous prétexte que connaissant les endroits que j'avais à visiter, il me serait d'un grand secours. [Il me munit aussi de quelques vivres pour moy et mes gens, et de 2 rouleaux de tabac pour les distribuer en passant aux sauvages. Enfin, il me prévint qu’il avait fait informer de mon arrivée les commandants des postes que j'allais visiter.

Sortis de Montréal en calèche à cinq heures du matin, par la porte de la place cottée (X) au plan, pris à droite en sortant le long des murs de l’enceinte de la ville. Le chemin y est un peu serré par le fleuve ;

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traversé vis-à-vis de la porte de la chine la petite rivière. Laissé à droite la maison à titre d’hôpital, desservi par les sœurs grises mentionnées cidessus, suivi le chemin du dit village de la chine. Ilest établi dans une commune jusqu'à la rencontre du fleuve; de là jusqu’au dit ville il cotoye la rive du Nord, et de droite et de gauche sont des maisons ; arrivés chez M. le Curé à neuf heures du matin.

On estime de la ville à ce village trois lieues.

Na.—Les prêtres sulpiciens sont seigneurs comme on la dit de toute l’isle de Montréal ; ils y ont plusieurs moulins et dix seigneuries qui forment autant de paroisses qu’ils desservent eux-mêmes ; le curé de la chine était l’un d’entre eux.

La première isle que l’on trouveen montant lefleuve est l’isle St. Paul, ensuite celle aux hérons ; c’est vis-àvis cette dernière dont la pointe de l’est est estimée à une lieue et demie äe Montréal qu'est le Saut St, Louis ; il a bien deux lieues de longueur, mais son

assage n’est difficile que dans l'étendue d’une demie ieue.

Ce saut est formé par une batterie de roches qui traverse le fleuve et se trouve coupé par la dite isle aux hérons. Ces roches plus ou moins élevées appuyent les eaux de manière qu’en étant surmontées, il s’y forme des chutes, qu’on nomme communément rapides, lesquelles chutes, répétées sur deux lieues de longueur, doanent lieu au saut qu’on nomme vulgairement de St. Louis. Ces rapides sont plus ou moins forts, et font un tel bruit qu’on l’entend de fort loing ; ils règnent tant dans le ohanal du sud que dans celui du nord; c’est ordinairement le premier qu’on pratique comme ayant le plus d’eau et par où se fait la navigation dans cette partie du fleuve, en canots et en batteaux, du $ seulement : les voyageurs considèrent ce passage dangereux et pénible, d’autant qu’il est continuellement travaillé pour éviter les roches et qu’il y a plusieurs exemples que des canotiers tout entiers y ont péris.

Déjeunés'chez le curé de la chine, faute de m'être souvenu des apprêts que Mr. Varrin y avait ordonnés la veille chez un habitant pour me recevoir. Pendant que nous étions à manger un morceau, le patron de

notre batteau se présenta, il était arrivé pendant la nuit. On lui dit de le monter environ deux cent toises plus haut, on le joignit à pied et l'on s’y embarqua ; après quoi l’on se mit à faire la traversée du fleuve, on va toujours en remontant un peu, affin de n’être point entrainé par le courant qui devient toujours plus fort, à mesure qu’il approche du Sault, et d’avoir la facilité de dériver à l'endroit où l’on veut mettre à terre ; descendus aisément et par le milieu du village du Saut St. Louis.

On estime la traversée du fleuve à ? de lieue, on fut une bonne heure à la faire ; ce village est scitué vis-àvis celui de la chine et à la rive du sud du fleuve.

Aux approches de terre l’on vit déboucher de toutes parts des bois qui environnent ce village, quantités de petits sauvages qui, voyant le pavillon blanc, jugèrent que c'était un des chefs français, suivant eux, qui arrivait.

En descendant du batteau nous fûmes salués d’une décharge de quatre boites, et reçus de Mr. Démuseau, commandant dans le fort, des trois pères Jésuites qui y sont missionnaires, et d’une troupe de sauvages qui étaient sous les armes, mis sur leur propre, la plus-

part tous chefs des bandes et rangés en haye qui firent une décharge de mousqueterie. Je les saluai en m’acheminant vers le fort, où accueilli très-poliment par M. de Merceau et ses deux filles. Les sauvages, un quart d'heure après, envoyèrent demander permission de me complimenter.

Celui qui fut envoyé est un bâtard d’un français avec une sauvagesse ; il parle bon français et même toutes les langues sauvages des nations les plus voisines ; il est payé du roy comme interprète. Dès l'instant qu'ils furent informés que je le trouvais bon, ils entrèrentau nombre de 20 à 25, le grand chef à leur tête, et plusieurs autres des bandes particulières. En défilant devant moi, tous me présentèrent la main, ensuite s'assirent sur des bancs, tirèrent leurs calumets et se mirent à fumer ; l’un d’entre eux, après, qui passe pour le meilleur or2teur me parla longtemps, je l’écoutai attentivement, assis dans un fauteuil. Quand il eut fini, l'interprète me rendit son discours; il consistait à dire

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ue, me considérant comme l’un des chefs des français, il venait me témoigner la joye qu’ils avaient de me voir chez eux, qu’ils remerciaient Dieu de m'avoir

réservé de tout danger dans le long voyage que j'avais ait, et qu’ils me priaient de les prendre sous ma protection. Ma réponse fut que j'étais envoyé pour visiter les fortifications principales du pays, et qu'ayant appris à Montréal leur fidélité et leur affection au roy leur père, j'étais venu pour les connaître et pour juger, de concert avec le commandant et les missionnaires, de la force de l’enceinte de leur village, et des augmentations dont elle pouvait être susceptible pour les garantir des insultes des nations, leurs ennemis, ainsi que la déffense qu'on pouvait tirer du fort du roy, uniquement construit pour les soutenir, et que je voyais avec plaisir qu’ils étaient en disposition de secander, en cas d’attaque, les troupes de Sa Majesté.

Ce discours leur ayant été rendu, on leur distribua en présent deux bouieilles d’eau de vie qu'ils se versèrent à la ronde et burent à ma santé ; ensuite on leur délivra de ma part un rouleau de tabsc; dès l'instant qu'ils le virent, l’orateur m’harangua ::e nouveau pour me dire que ce tabac, eu égard à la disette qu’il y en avait dans le pays. leur était d’un si grand secours, qu'ils le considéraient comme une man:e qui les ramenerait à la vie. Comme ces gens là ne parlent que par figure, ils voulurent me faire entendre qu’ils en avaient autant de besoin que de vivres, à quey répondu que j'étais bien aise par ce petit besoin de les avoir secourus à leur satisfaction. Après quoi, leur pipe finie et leur calumets en poches, ils sortirert en défilant, me prenant Ge nouveau la main, et en emportantleur tabac sur l'épaule qu'ils distribueront entre eux.

Na.—La coutume parmi les sauvages est de partager les présents jusqu'aux plus petits enfants, d’une manière que s’ils sont d’une nature à ce que quelqu'un d’entre eux n’en puissent faire usage, les père et mère en profitent.

Le grand chef était vêtu d'un habit rouge galonné d’or et d'argent, que le roy leur fait donner en présent ; la plus part des autres, des bandes particulières avaient des médailles d'argent pendues au coi, tous étaient

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sans culottes, couverts d’un breguet à la ceinture, d’une chemise, d’une couverture de laine et d’une paire de mitasses aux jambes.

Na.—Que les sauvages envilagés sont divisés par famille du nom de quelque animal. Ceux de ce village en forment trois, savoir : du nom de loup, de l'ours et de la tortue, et chacun est divisé en deux bandes, commandées chacune par un chef ; néanmoins tous chefs particuliers sont subordonnés au grand chef du village.

Je sortis de là pour aller rendre visite aux Jésuites missionnaires ; leur maison est dans le fort du roy. J'entray dans leur église, à laquelle ils communiquent par une galerie ou corridor couvert. L'église cst fort propre. Il n’y a point de bancs, mais seulement un réduit dans le milieu, contourné d’une balustrade où se tiennent les femmes. Les hommes sont en dehors, et tous y sont à gencux, ou assis.

Les missionnaires sont seigneurs de l’endroit et des

environs ; ils parlent la langue sauvage.

Les sauvages de ce village sont un composé des cinq nations iroquoises. Ils prétendent qu'ils ne se sont séparés des leurs que pour embrasser la religion catholique, à laquelle ils ne sont attachés qu'iutant que leurs intérêts s’y trouvent.

Les Jésuites prétendent ne retirer d'eux aucune rétribution pour les sacrements, comme le mariage, les baptêmes, et même pour les enterrements ; mais qu’au retour de leur chasse pendant l’hivert, ils font quelques présents de pelleteries à l’église, capables de fournir à son entretien et à celui des ornements.

De là, étant muni du plan du village et du fort y adhérant, j'en parcourus l’enceinte. Comme on en a traité dans le mémoire envoyé à la Cour, on en dira rien ici, on se contentera de discourir de la construction de leurs cabanes, et de l’ordre que l’on y observe.

Na.—Si l’on veut avoir une connaissance plus étendue de la force de l’enceinte de ce village et du fort du roy y adhérant, il n’y a qu'à lire le mémoire envoyé à la Cour sur cet objet, il en fait mention,

Les sauvages sont cabannés suivant comme le plan le représente; leurs maisons sont en figures de quarrés

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