‹ Voyages et mémoires sur le Canada [microforme]Chapitre 18 sur 78 · PR · texte numérisé non relu

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Les sauvages de ces deux nations vivent assez d’intelligence. A la fin de septembre, ils abandonnent le village pour aller hiverner dans le bois avec femmes et enfants ; ils s’éloignent jusqu’à 250 et300 lieues, y vivent de la chasse et ne s’en reviennent au plustôt, qu’à la pentecôte, chargés de pelleteries. Pendant l’été, ils se nourrissent des denrées qu’ils achètent en troc des pelleteries ou avec de l’argent. Les chiens sont pour eux surtout un mets friand. Ils ne cultivent point la terre d'autant que comme ils font beaucoup de commerce avec les habitants d'Orange, le profit qu’ils en tirent suffit pour se procurer des français établis dans le villags, tout le nécessaire à la vie.

Les français qui habitent dans ce village habitent un canton séparé, sont tous marchands et négociants pour traiter des pelleteries des sauvages en troc de marchandises quelconques. Ils ne s’en tiennent point à ce petit trahc, ils les employent à en porter chez les cinq nations ou chez les Anglais, et plus communément, à en rapporter d’étrangères qu'ils répandent dans la colonie malgré la rigueur des ordonnances et le tort que cela fait au commerce français. Ils n’y sont soufferts que des missionnaires qui sont seigneurs du lieu, De là, il est à croire qu'ils n’y résident point impunément, d'autant que ces prêtres informés du profit qu'ils font, exigent d’eux une forte reconnaissance,

Après la visite des sauvages, l’on m'appritqu’il y avait fête chez les Nipissingues et les PSP 2 LR occasionnée

ar une vingtaine de sauvages Algonkins du village de

écancour qui étaient venus leur rendre visite, qu’il y avait trois jours qu’elle durait, qu’il y avait eu deux festins à chacun desquels on avait mangé une vache dépecée, dont les morceaux et tripailles avait bouilli dans de l’eau avec du bled d'inde, que le liquide de ce ragoût formait ce qu’on nomme la sagamité, que le singulier de ce festin est que la nation qui régale ne peut en profiter, et qu'aujourd'huy c'était le jour des danses. On m'invita de les approcher pour être témoin de la singularité de leurs plaisirs ; un des sauvages m’apporta une chaise. Les femmes commencèrent, Elles étaient une dizaine, sur les ailes, de chaque côté, trois Dettes filles, et toutes rangées en ha ye, elles at-

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tendaient le moment de se mettre en branle ; il fut annoncé par un coup de baguette sur le tourygan, au bruit du chichicoua et par un cris que fit un des joueurs d'instruments ; ensuile, mises en branle et en cadence, elles ne font que glisser les pieds l’un après l’autre :Iternativement, de manière que lorsqu'un est en avant l’autre reste en arrière ; ei.es tiennent les bras morts et les yeux baissés; dans cet état elles dansent environ un quart d'heure, et finissent au cry d’un des joueurs pour prendre haleine. Après quoy elles recommencent ; enfin elles répètent tant de fois que cela ennuye.

On nomme tourygan une espèce de tambourin fait d’une peau de chevreuil, appliquée sur un petit baril défoncé.

Et chichicoua une espèce de vessie enflée appliquée au bout d’un petit bâton d’un pied de longueur dans laquelle sont des pois ou quelques grains de plomb, de manière qu’en la secouant, il en sort un bruit d’uu son tel qu’on peut se l’imaginer.

L'une de ces femmes tenait au bout d’une baguette une chevelure d'anglais. En ayant demandé la raison, l’on me dit que c'était une veuve, et que cette distinc tion lui était dévolue dans les fêtes pour la consoler de la mort de son mari qui avait été lué en guerre,

Après cinq à six répétitions, elles se mirent à danser en rond sans se tenir les mains ; pour lors, elles forment un véritable cercle, et n’avancent en tournant sur la droite qu’en glissant les pieds sans les élever de terre, et en remuant toujours les bras. Cette façon de danser, à mon avis, doit être pénible.

Après que les femmes eurent finies, les hommes à leur tour se mirent en branle. L'un d’eux commença par celle de la découverte de la guerre. Il était tout nu, à l'exception de son bragué.

Na.—On nomme bragué, un morceau d’étoffe qui cache !a nudité sur le devant et sur le derrière ; il est attaché à un cordeau qui tourne autour des reins.

Cette danse finie qui dura un bon quart d'heure à différentes reprises, un autre sauvage se mit en liste pour faire celle d'enlever la chevelure.

Na.--La découverte n’est autre chose que de faire marcher un homme sur les aisles et à la tête du party

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qui va en guerre, pour éviter les surprises et les embuscades, Quand il a apperçu l’ennemy, il vient avertir son monde pour le disposer à le recevoir, Si l'ennemi est reconnu plus fort, on l’évite ; s’il est plus faible que le parti, on l’attaque et on le défait en détail.

l est d’usage parmi les sauvages d'enlever la chevelure de l’homme qu’ils ont tué ou qu’ils ont mis hors d'état de défense, d'autant qu’un homme mort depuis peu qui avait souffert cette opération est un exemple qu’ils se portent à cette cruauté, suivant comme ils trouvent de facilité à l’exercer. Un troisième sauvage, enfin, releva celui-cy pour faire la danse du blessé. Elle n’est autre chose que de rabattre, atteint d’un coup de fusil, sur le gros du party.

Ces danses sont si composées et obligent à tant de mouvements et de contorsions, que les sauteurs de la foire St. Germain et nos fameux danseurs de la comédie ne sauraient plier le corps, le raccourcir, l’allonger, le courber avec autant d’agilité.

Les femmes étaient en souliers sauvages, vêtues de gros bas, d’une espèce de jupe nommée matchicoté qui ne descend que jusqu'aux genoux, plus ou moins, ornée de galons, de rubans ou d’or ou d’argent, et à 9 à 10 rangs d’hauteur, de mantelets de soie, de taffetas satins et même de damas, et le col et les bras garnis de croix, médailles d'argent, de colliers de porcelaine, de bracelets et tout ce qui peut faire parure en ce genre. Leurs cheveux étaient graissés, assemblés comme pour en faire une cadenette, ou une queue, ou mis dans un étuy de 6 à 8 pouces de long fait de peau gommée, et les hommes étaient tous nuds, comme on l’a dit, mais, avant de se meltre en branle, ils se débarassent d’une couverture qui les enveloppe depuis les pieds jusqu’à la tête. Ils portent les cheveux fort courts, ont les oreilles ouvertes le long de la bordure, pour la facilité d’y appliquer des pendans. Ils y en mettent de toute espèce, même jusqu'à des couleuvres,.

Après la dernière danse je me retiray, en prenant la main d’une des danseuses. De retour chez les pères, on sonna la prière. Je me rendis à l'Eglise où était déjà un grand concours de monde. Le prêtre ayant entonné un hymne, les sauvages se mirent à

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chanter en leur langue ; jamais chœur de religieuses ne forma un chant plus doux, plus sonore et plus d’accord. Elles sont assises sur les jambes, et ne causent ni par leurs mouvements. ni par leurs gestes et encore moins par leurs langues, le moindre scandale et la moindre indécence,

La bénédiction donnée, le feu prit à la cheminée de la cuisine de MM. les Sulpiciens. Sauvages et français tous s’empressèrent de l’éteindre. Il ne causa d’autre mal que de retarder le souper. Il était dix heures quand l'on se mit à table, et minuit quand l’on se retira. On y fit grande chair en chevreuils, tourtes, poulets, pigeonneaux et veaux ; il * eut du vin de toutes espèces, même à la glace.

Na.—A souper, «1: trouva l’ancien de MM. les Sulpiciens, blanc comme un cygne, âgé de 91 ans, missionnaire chez les différentes nations, depuis 62 ans et plus, mangeant comme le plus fort de nous de tout indifféremment, sans la moindre incommodité, lisant sans lunettes comme à 15 ans, une mémoire charmante, et racontant avec un discours autant badin que fleuri, discourant avec lui sur les mœurs, coutumes, façons et politiques des sauvages.

Pendant le souper, ils m’invitèrent le lendemain à un calvaire qu'ils ont établi à mi-côte des hauteurs qui enveloppent ce village. Il consiste en trois chapelles de maçonnerie qu’on apperçoit de plus de 2? lieues au large ; mais, comme il y a # de lieue toujours en montant, j'y renoncay d'autant qu’il n’y avait ni chevaux ni voitures pour m'y porter, que par la chaleur excessive qu’il faisait, c’aurait été un voyage que d’y aller à pied, et que d’ailleurs j'aurais perdu du temps, dont je n'avais pas de trop pour arriver le lendemain un peu à bonne heure à Montréal.

Na.-— Qu'en dessous de ce cal”aire, au pied des hauteurs, est une ferme établie sur les bords du lac, éloignée du village d'environ une demie lieue, apparte-

nant à MM. les Sulpiciens, et que les terres des environs sont bonnes à la culture.

Après m'être informé de tout ce qui intéressait cet établissement, je voulus agiter le dénombrement des sauvages, nation par nation. Ces Mrs. parurent se con-

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sulter pour me répondre : les uns l’avancent d’une façon et les autres d’une autre, de manière qu'on ne put trop le constater qu’au hazard, ainsi qu’on l’a dit au mémoire à la Cour, et que je crus m’appercevoir que sous prétexte que l’hivert, la plupart des sauvages étaient en chasse, et l’été en traite avec les flamands établis à Orange, ou avec les marchands répandus le long de la rivière de ce nom, et plus ordinairement avec d’autres résidents à Chouaghen. Ils étudiaient la connaissance que je désirais.

On nomme Chouaghen un établissement anglais à titre de poste avancé du gouvernement, scitué sur le sud du lac Ontario et à 30 lieues du fort de Frontenac, Mon avis serait que comme on y attire beaucoup de sauvages sous l’appas de l’eau de vie qu’on y débite sans réserve et sans discrétion, et qu'il s’y fait un commerce de castors et de toutes pelleteries préjudiciable à celui que le Roy à intérest d'établir à son profit en cette colome, qu’à une prochaine rupture avec cette nation, l’on s’en empara et qu’on se fortifia de façon à ne pouvoir être enlevé d’un coup de main.

Le fort de Frontenac est un poste du Roy établi sur la gauche du canal de la décharge des eaux du lac Ontario, daus la rivière de Cataraquoui.

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