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enfin sur les habitations établies dans les environs et des moyens de les augmenter. De toutes ces connaissances prises a été formé le mémoire envoyé à la Cour. Ce serait une répélition que d’en traiter davantage ; ainsi on ne parlera icy que de ce qui peut avoir échappé en rapport à quelques uns de ces objels.
Dans les conversations tenues avec le commandant, officiers, particuliers et autres, je crus m’appercevoir qu’il y avait entre eux beaucoup de mésintelligence. Je ne me trompais point. Mr. de Lusignan même sen ouvrit avec moi; il se répandit beaucoup en plaintes, sur la conduite de tout ce qui était sous ses ordres, que les uns étaient des ivrognes, et que d’autres, sans avoir selon lui, d’autres raisons que beaucoup d’humeur, ne les voyaient point ni lui ni sa famille, Cet exposé combiné avec ce que m'avaient dit ses officiers, je fus en état de constater que leur mésintelligence provenait d’où ? du maudit intérest. Mde. Lusignan avait un magasin de toutes sortes de marchandises, même des prohibées, qu’elle tirait de la Nouvelle Angleterre par voye üGes sauvages, qu’elle souffrait impatiemment que d’autres qu’elle y fissent le moindre commerce, et que cominre elle délivrait le plus souvent en payement de ce qu’elle achetait de l’eau de vie, elle engageait son mary à défendre à qui que ce soit d'en vendre en gros ni en détail dans ce fort. En un mot, elle voulait s'approprier le privilége exclusif de tout acheter et débiter ; elle étendait même ses droits jusque sur ,e geinseing. Tous les autres, révoltés de ce despotisme, disaient que le commandant n’était point compétent de leur empêcher la traite d'aucune marchandise quelconque, qu'il leur était permis autant qu’à lui de gagner de l'argent et qu'enfin ils ne cesseraient point ni leurs mouvements ni les petites relations qu'ils avaient établis à cet égard.
Des difficultés de cette nature entre officiers me parurent nouvelles, d'autant qu’en France, si l’on connaissait dans un corps qui eut le moindre intérest, dans tel commerce que ce fût, hors celui qui se fait par mer, en gros, on le forceraitl à renoncer à son emploi. L'esprit et les sentiments qui y règnent sont absolument opposés à celui des troupes de cette colonie. Je le dis et le répète,
un officier dans ce pays ne se prête aux intérests du Roy et du service, qu’autant que le sien particulier s'y trouve ; il serait bon, je crois, de reformer cette façon de penser, el pour y parvenir, mon avis serait qu'on défendit tout commerce quelconque aux officiers sous
eine d’être cassés, mais que l’on prit sur le revenu de Lt des postes à leur profit, ainsi qu'il est proposé, page 32, ou sur ie produit des congés que l’on vend tous les trois ans pour chacun des dits postes, de quoy faire une gratification à ceux qui y seraient employés et dans les forts proportionneilement au plus ou moins de difficultés qui se rencontreraient pour y vivre.
Enfin, il n’y avait point jusqu'au garde magazin nommé Laforce qui ne fut en butte au commandant, et cela pour le débit de l’eau de vie aux habitantsetaux soldats. Le premiersoutenait qu’il lui fût permis d’en débiter, et l’autre prétendait que ce privilège lui était déféré de droit à titre de cantine. Débat sur débat survenu ; enfin, il arriva que quatre à cinq soldats désertèrent, et qu’on en attribua la raison aux dettes qu’ils avaient contractées en la dite cantine, Plaintes sur plaintes de la part du dit Laforce à Mr. Varrin, commissaire à Montréal, dont l’effet a été d'obtenir un ordre de Mr. de Longueuil, commandant général en cette colonie, après la mort de Mr. le Marquis de la Jonquière, portant deffense à Mde. Lusignan de vendre
orénavant, et en même temps le garde magasin se trouva revêtu du privilège d'en débhiter. Il est aisé de sentir combien ce commandant souffrit de l’exclusion qu’on lui donnait, et encore de la préférence que l’on accordait sur lui,—à qui ?—à un garde magasin protégé du dit corimissaire, D'où s’en suivaient des soupçons que trop bien fondés que le protecteur retirait la moitié du profit.
C’est dans ces entrefaites que j’arrivay au fort. Mon avis serait que pour soutenir chacun dans ses droits, que vu la malheureuse habitude que les habitants er les soldats de cette colonie ont contractée de boire de l’eau de vie le matin, soit qu'ils travaillent dans Ja journée ou qu soient dans l'inaction, et l'usage des çantines établies au profit de l’état major dans les
places de guerre, que le Commandant dans les postes et forts de cette colonie, eut seul le droit de faire débiter de Peau de vie dans un endroit éloigné de son logement, et établi à titre de cantine, mais à un prix fixé par M l’Intendant, relativement aux frais qu'il en coûterait pour le transport d'une barrique d’un quart où d’une velte de cette liqueur.
J’appuyerays cet établissement sur le bon ordre à observer dans les cantines, sur la deffense d’en vendre à crédit aux soldats, sous peine de perdre les dettes qui pourraient être contractées, et qu'aux heures permises, etenfin, que personne n’est plus en état que le Commandant de soutenir cette règle ; à charge que s'il y contrevenait, d'être déplacé et privé pour toujours de tout autre commandement quelconque.
Le soir, mon dessein était d'aller reconnaître le lac St-Sacrement. Je pris des arrangements pour partir le lendemain à bonne heure ; Mr, de Lusignan voulut être du voyage et comme il nous restait encore beaucoup à parler de ce fort, nous remimes à en discourir de nouveau à notre retour.