ROUTE DU FO:'T ST. FRÉDÉRIC AU LAC ST, SACREMENT
Sortis du Fort St, Frédéric et embarqués entre 7 à 8 heures du matin sur le même batteau qui m'y avait amené, et sous la conduite d’un homme pratique pour remonter cette rivière.
Suivis assez son milieu, vus à l’ouest le domaine du Roy qui s'étend jusqu'aux limites de la concession du nommé Lafonderie, et le moulin dont on a parlé dans le mémoire de la Cour; et à l’est la pointe à la chevelure qui fait partie d’une seigneurie de 6 lieues de face à la rivière sur autant de profondeur concédée à Mr. Hocquart,
Na.—Cette pointe ressemble à une presqu'île d'autant qu’elle est contournée d’un marais vazeux en été, et totalement couvert d’eau en hivert. Le dit fort St,
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Frédéric y aurait été mieux placé qu’à l'endroit où il est, et aurait inquiété, par un feu razant, tout ce qui aurait passé par la rivière.
Au delà du dit moulin est la pointe de Longueuil, et tout vis-à-vis se trouve l'entrée des eaux dans le marais susdit,
Au dessus de la dite pointe est l’anse à Corbin, un peu au delà la pointe de ce nom, et à peu près par leur milieu, débouche de l’autre côté un ruisseau qui sort de terrains défrichés.
Plus loing apperçu à l’ouest la pointe à la croix, et un peu au delà du même côté, celle de Beaurozier, avec anse du même nom tout joignant ; un peu plus avant, la rivière se retrécit sur environ 600 toises de longueur à 150 de largeur, et par le travers de cette distance, débouche au côté de l’ouest la rivière à la Barbüe qu’on ne peut guère pénétrer qu'environ une lieue, attendu qu’elle est traversée de quantité d'arbres et de rapides que produisent les hauteurs d'où elle débouche.
Plus loing la rivière s’élargit et forme à l’est une presqu'île, sur laquelle on prétend avoir vu un essaim de mouches à miel. Cela ne serait pas surprenant, d'au. tant que dans cette partie de rivière, le climat y est incomparablement plus chaud qu’à Montréal, et que d'ailleurs il se pourrait qu’elles provinsent de la Nouvelle Angleterre où il y en a beaucoup.
Au delà de cette presqu’ile, la rivière s’élargit encore, et plus avant, toujours sur les terres de l’est, est l’anse au Panier et la pointe de ce nom.
Na—Qu'étant par le travers de cette anse le nommé Boileau, notre conducteur apperçut un orme qu’il connaissait creux, dans lequel il soupçonnait que des serpents à sonnettes se retiraient. Il faisait grand chaud et le ciel était net; ainsi, quoique notre voyage fut de 6 lieues pour aller et autant pour revenir, il nous restait assez de temps pour rejoindre le fort frédéric; d’ailleurs, curieux de connaître ces animaux, poussés à terre tout de suitte, notre guide y ayant descendu le premier, À peine eût-il fai, vingt pas qu’il en apperçut un, roulé, qui dormait tout auprès de l'arbre sus-dit, et comme il s'était muni d’un aviron, il l’assomma dans
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uninstant. Je l’avais suivi de près. Ainsi, je fus témoin de cette exécution. Il lui coupa ensuite la teste qu’il cacha sous une grosse pierre, et il se mit à écorcher animal jusqu'aux sonnettes seulement, et à l’ouvrir pour en tirer la graisse. C’était une femelle de 3 pieds 10 pouces de longueur, tête blanche, pleine de trois petits, longs déjà de 6 à 7 pouces. Cette opération finie, il se baissa pour prêter l'oreille au pied de larbre ; en se retirant il prétendit entendre le bruit de quelques sonnettes, partant, qu’il yen avait autre Comment faire pour l’obliger à sortir ?—on frappa beaucoup contre l’arbre ; il ne venait point et nous n'avions point de hache pour le couper ; nous nous ävisämes d’un expédient qui réussit : ce fut de faire une fusée avec de la poudre, et de la pousser, allumée, dans le trou de l'arbre ; la première s’éteignit,mais la seconde fit déloger l'animal. A peine la tête parut-elle an dehors, qu'on la saisit contre terre avec encore un des avirons ; on la fui coupa tout de suite; alors il fut aisé d’attirer le corps ; il avait mesure comme l’autre de 4 pieds 3 pouces de longueur sur 10 de grosseur en circonférence ; on lui fit la même opération. C'était un mâle. On en fit fondre la graisse au soleil pour en avoir Phuile qu'on dit meilleure pour guérir des rhumatismes. Je m'en emparay, ainsi que des sonnettes, mais moins par besoin que par curiosité,
Où prétend que cette huile est si subtile à l'instant qu'elle est faite, qu’en en mettant tant soit peu dans le creux de la main, elle transpire de l’autre côté.
Après cette opération, on reprit la leste au bout d’un couteau, et d’un autre on ouvrit la gueule pour y découvrir où se tient le venin. C’est dans un pelit sac logé dans la partie inférieure et couvert d’une pointe avec laquelle il le darde.
Ces animaux ne sont point dangereux ; au moindre bruit qu'ils entendent, ils fuyent, Ils ne s’élancent qu’autant qu’on les inquiète, qu’ils sont roulés et de leur longueur seulement, de manière qu’il est aisé de s’en garantir ; c’est ordinairement aux jambes qu’ils s'attachent. De tous les remèdes dont on se sert pour prévenir les suites fâcheuses de leur morsure, le plus sûr aujourd’hui c’est le sel mâché que l’on applique à
l'endroit ou l’on a été piqué ; ainsi tous les voyageurs des pays d’en haut en sont munis; plus on avance vers le sud, plus ces animaux sont communs. Au détroit par exemple, il y en avait une si grande quantité qu'on ne pouvait aller dans les bois sans des précautions. On ne les a détruits totalement qu’en y répandant des cochons. Ces animaux immondes leur font une si cruelle guerre, qu’ils les mangent plus vifs que morts,
Ensuitte du même côté est l’anse à la bouteille, dans laquelle est la pointe aux Gravois; plus avant, sur les terres de l’ouest est l’anse à cadanarette. C’est l'endroit le plus large de la rivière; on estime une grande demie lieue d’un bord à l’autre.
Depuis là jusqu’à la pointe à Carillon, située encore sur les terres de l’ouest, il n’y a plus ni cap, ni anse, ni pointe, et du côté de l’est sont seulement deux pointes ; ensuitte la rivière à Desjardins, du nom d’un sergent qui s’y est pendu, et au delà, sur le retour de la droite du cap au diamant, est le marais des serpents à sonnettes qui pénètre, portant canots, deux grandes lieues dans les terres.
Na —Joignant la dite pointe à Carillon dont on a parlé amplement dans le mémoire de la cour, est l'endroit nommé vulgairement le campement de monsieur de St. Pierre.
De là, en avant, coltoyant toujours la rive de l’ouest, dcublé la pointe du chenal qui conduit au saut du lac St. Sacrement, laissé sur la gauche un platier couvert de joucs, fait à sa pointe d’amont la traversée du chenal pour joindre la rive du sud, cotoyé les bords et mis à terre vis à vis une petite ile de sable, située à 40 toises en dessous du dit saut.
Na—Qu'en cotoyant les bords de ce chenal, l’on apperçoit un serpent à sonnettes qui traversait la rivière, qu’on luitira plusieurs coups de fusil, et qu’on ne le tua qu’à l'instant qu'il joignuit la terre de l’ouest ; on fût le prendre. Il était long de 4 pieds 7 pouces, et on lui fit la même opération qu'aux deux autres cydessus.
Na.—On estime du dit campement susdit de Mr. de St. Pierre jusqu’au dit saut # de lieue,
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Ensuitte suivi un sentier qui traverse le portage du lac St. Sacrement et abboutit à la rivière de la décharge de ses eaux, Le chemin est un peu montagneux à l'entrée, mais plus avant, il est plat et uni; le bois même y est assez clair, on estime aussi cette traversée 4 de lieue.
a.—Ce portage est la route la plus fréquentée que tiennent les sauvages attachés à notre gouvernement pour aller faire la traite du castor et de leurs pelleteries chez les Anglais, d’où ils rapportent en échange quantité de marchandises prohibées. Cette rivière de la décharge des eaux du lac St. Sacrement est estimée 80 toises de largeur mesurée vis-à-vis l'endroit où débouche le sentier cy dessus, et sa longueur une demie lieue depuis sa séparation d'avec le lac jusqu’à la chute de ses eaux. On observe que dans son cours elle est traversée de cinq isles.
Parvenus à l'endroit de ce portage, on aboutit à ce sentier. L'on découvre dans le fond de cette rivière quelques unes desiles sus-dittes, et plus loiug,des montagnes fort élevées que l’on assure former le sud du dit lac, de sorte qu’il s'étend vers le nord ; il s’élargit à mesure que l’on pénètre, et sa traversée estimée 18 lieues de longueur est si coupée d’une si grande quantité d’iles, qu'un voyageur ne saurait les compter.
Le portage qui suit est de cinq lieues, toujours à travers le bois ; il joint la rivière d'Orange, où l’on sem: barque jusqu’à la ville de ce nom, ou bien l’on s’arrête chez des marchands anglais nommés Ledis, établis à la rive du sud et à une lieue seulement du dit portage, ou eufin au fort de Parasto, construit à la rive gauche, à l'endroit où la rivière de ce nom se confond dans selle d'Orange. On prétend que ce fort est totalement construit en bois, que de là jusqu’à la ville, il n’y a que 10 lieues, et que si l’on ne veut s’y reudre par eau, il y a un grand chemin formé au coté du sud, propre à pied, à cheval et à toutes voitures,
Cette rivière d'Orange est estimée large vis-à-vis l'habitation des sus-dits marchands de 180 toises ; elle y est même assez rapide. Elle reçoit dans son cours jusqu’à cette ville, au côté du Sud la rivière du Soleil levant, celle des Iroquois et deux autres du nom de
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Corbac. Ces deux dernières conduisent au poste de Chouaguen dont on a parlé, page 70.
Na.—Encore qu’indépendamment de la route par ce lac que les anglais sont pour se porter sur nos possessions, il en est encore un autre par la rivière au Chicot. Il est vrai que celle-ci est plus longue que l’autre, que la navigation y est point aisée, et que le portage le plus resserré d’entre cette rivière et celle d'Orange est au moins de 12 lieues; mais comme on l’a pratiqué dans la dernière guerre pour aller dévaster quelques uns de leurs villages, et prendre le fort de Parasco, ils peuvent s’en servir également pour se rendre sur nous; aussi l’on serait d'avis de construire un fort en pieux. Au portage du Saut du Lac de St. Sacrement est un autre au débouché de la ditte rivière au chicot. Sûrement ces établissements nouveaux contiendraient nos voisins et leur donneraient de l’inquiètude, principalement s’il était possible d'attirer à ce dernier un village sauvage à titre de mission ; si l’on répugne à ce parti, il faut renoncer aux habitations qu’on a dessein de former toul le long de la rivière du lac Champlain jusqu’au marais à Sonnettes, du côté de l'Est, et du coté de l'Ouest jusqu’au campement de Mr. de St. Pierre, à moins que pour en assurer la tête et les protéger, on ne voulut établir la ditte mission sur la rivière à des jardins ; ou à partir du dit marais des serpents à sonnettes, dont on a fait mention cy-dessus
Du retour du dit portage, embarqués à quatre heures du soir, repris la route qu’on avait tenue en venant, essuyés un orage furieux, et des lames qui traversaient le bateau de part en part, et arrivés au fort St. Frédéric par un temps fort obscur entre 10 à 11 du soir.
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