‹ Voyages et mémoires sur le Canada [microforme]Chapitre 37 sur 78 · DE LA VILLE DES TROIS-RIVIÈRES · texte numérisé non relu

DE LA VILLE DES TROIS-RIVIÈRES

Le nom de cette ville semble indiquer que trois rivières y affluent, tandis qu'il n’y 2 que celle de St. Maurice qui forme quatre isles à son débouché dans le fleuve St. Laurent, où elle se confond par trois passages qui ont donné lieu à son étimolcgie.

Elle est située à la rive du nord du fleuve, à peu près à moitié chemin de Quéhec à Montréal ; C’est en quelque façon l’entrepôt de la communication d’une ville à l’autre. On la d'stingue eu deux parties, l’une haute et l’autre basse; la première occupe le sommet de la hauteur des terres, et l’autre est établie le long du fleuve. Son état major consiste en un gouverneur, un : lieutenant de Roy, un major et un âide major ; il y a en outre un garde magasins qui fait les fonctions de sublélégué à l’intendance. La justice est royale ; elle est composée d’un lieutenant général, d’un procureur du Roy et d’un greffier.

Élle renferme dans ses murs une maison de cin

' récollets qui sont curés de la ville, une église paroissiale et un couvent de neuf religieuses Ursulines, qui sont chargées de l'hôpital miliiaire. Les habitants y sontplus adonnés à la culture des terres qu’au commerce. C'est l’endroit de tout le Canada où on travaille le mieux les canots d’écorce dont on se sert pour voyager dans les v pays d’en haut.

Son gouvernement comprend 16 à 17 villages, entr'autres deux sauvages nommés St. François et Bécan-

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court ; il s’en forme même un troisième d’Algonquins à trois lieues au dessus et du même coté du fleuve, à l'endroit nommé la pointe du Lac. Il y avait déjà lors de mon passage neuf maisons bâlies.

D'ailleurs cette ville est le rendez-vous le plus fré-

uenté des nations errantes nommées Têtes de boule,

ontagniers et plus communément Gens de terre, qui y viennent faire la traite de leurs pelleteries.

Avant l’incendie du 19 au 21 mai de cette année qui a consumé 4 maisons, entr'autres celles des religieuses, elle étuit fermée d’une enceinte de pieux de 10 à 12 pouces de diamètre sur 12 pieds de hauteur, que le feu a brûlée, de manière qu'aujourd'hui elle est ouverte. Dans les arrangements que les particuliers prennent pour rétablir leurs maisons, on serait d'avis de les assujettir à des alignements et même à les construire en maçonnerie autant qu’il sera possible. On représente à cet égard que les his y sont rares, éloignés et par conséquent fort chers.

Qu'’à la vérité la pierre la plus à portée, et la plus à la bienséance du transport ne se peut tirer que de Ste. Anne et des Grondines. villages distants de 8 à 10 lieues de la ditte ville, mais que le terrain y est propre et d’une bonne qualité à faire de la brique. Qu'un particulier s'offre d’aitirsr de France à ses frais et dépens, des ouvriers experts en ce métier, moyennant que la Cour voulut lui accorder pour neuf ans le privilège exclusif d'en vendre, avec la permission de tirer de la terre, de la travailler, d'étendre ses briques et de construire ses fourneaux sur l’endroit nommé la :0ommune de la ville.

L'ôn doit sentir combien cet établissement sera avantageux au public pour la bâtisse des maisons, et au roy pour former une nouvelle enceinte et y construire des casernes de maçonnerie,

Tous les bois du crû des environs n’étant pas propre au rétablissement de la dite enceinte, l’on serait d'avis, eu égard à ce qu’on ne pourrait qu’à grands frais et de fort loing attirer l'espèce convenable, comme cèdres rouges et chènes, réputés les plus durs, de fermer cette ville d’un bon mur crénelé, de 2 pieds d'épaisseur sur 12 de hauteur, bien flanqué, et derrière lequel serait

une banquette en terre de 3 pieds de haut sur 6 de Jarge.

On dira sur l’objet des cazernes que la garnison actuelle n’est que de deux compagnies, que cy-devant elle était de quatre, mais qu’on estime qu'il faudrait la rendre forte de 6. Bien des raisons concourent à cazerner le soldat. La discipline et le bon ordre s’y établissent e! s’y soutiennent mieux que s’il était logé chez les habitants avec lesquels il est toujours à appréhender qu’il ne contracte des liaisons qui l'en rendent trop partisan, D'ailleurs, il est de l'intérêt du gouvernement d’assujettir et d'attirer le plus de sauvages que l’on peut, avec attention néanmoins que, comme ils conservent toujours avec le gros de leur nation une intelligence capable de nous nuire, dans les circonstances d’une guerre, d’être toujours assez en force et à portée de leur résister.

On objectera peut-être que ces casernes et cette enceinte seront d’une grande dépense. On en convient, mais comme elles tendent les unes à soulager les habitants de la ville, et l’autre à donner, suivant les circonstances, un asile assuré à ceux de la campagne, on pourrait s’y soumettre, les uns par une imposition sur les maisons de l'endroit, et les autres par une autre sur chaque arpent qui se trouve défriché dans l'étenduu du gouvernement.

Les bâtiments du roy en cette vilk sont, savoir : l’un à titre de magasin, uu autre pour prison, un 3me à usage de corps de garde, et un 4me servant de poudrière,

Le premier à titre de magasin m'a paru en bon état, il n’est question que de veiller à son entretien.

Le second pour prison exige des réparations en toutes espèces d'ouvrages. GCep-ndnat les plus urgentes sont le rétablissement à neuf de la couverture et celle des voûtes qui sont lézardées ; si inieux l’on aime pour plus de solidité les démonter et les refaire entièrement (b.

(1) Visités de nouveau ce bâtiment à un second voyage fait aux trois rivières ; il est bon ; see voutes sont saines ; leurs lézardes ne peuvent engendrer de mauvaises suittes. [1 n’y a qu’à le bien entretenir; surtout la couverture qui demande un entier rétablissement. (Note en marge du manusorit.

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