RÉFLEXIONS
Il y a lieu de croire :
1° Que les sauvages ne se sont révoltés contre l’achèvement du fort que par les conseils des missionnaires qui, sentant que plus le poste serait d’une forte résistance, plus il balancerait leur autorité : que d’ailleurs, leur maison et leur église s’y trouvant renfermées, ils seraient éclairés de trop pres et gêués dans leur conduite pour les secours spirituels.
2° L'opposition que les sauvages ont fait à l’achèvement de l’encuinte, au pourtour du village, n'a été appuyée que de la liberté d’entrer et sortir en toutes circonstances, prétexte frivole et suggéré par des marchandes nommées Désaulniers y résidentes pour lors, qu se seraient trouvées lraversées par une clôture, ans le commerce qu’elles y faisaient de marchandises prohibées.
Mon avis serait de représenter à ces sauvages que sa Majesté ayant leur sûreté à cœur, n’avait saisi le dessein de contourner leur village d’une enceinte de pieux que pour les mettre à l'abri de leurs ennemis, que le côté de face au fleuve restant ouvert, ils étaient exposés à toute insulte de leur part, que d'ailleurs le fort était un azile assuré pour leurs femmes, leurs enfants, leurs effets les plus précieux, et pour eux-mêmes en s’y retirant, après avoir fait les derniers efforts à la deffense du village, et qu’enfin tous ces ouvrages devaient leur être un témoignage de la confiance qu'avait sa Majesté en leur fidélité ; partant, qu’ils devaient concourir à leur achèvement,
Indépendamment des ouvrages nécessaires à la perfection de l’enceinte du village et du fort, on serait d’avis d’éclaircir les environs, à la portée du fusil, en coupant tous les arbres et broussailles qui s’y trouvent. affin de découvrir tout ce qui débouchera des bois, et meltre par cette précaution, à l'abride l’insulte ordinaire, qui n’est proprement qu’un assassinat et que les sauvages nomment communément coups, les sentinelles et patrouilles destinées à veiller à la sûreté de ce poste.
x "+ DU VILLAGE DES DEUX MONTAGNES
Ce village est situé au côté du nord de la rivière des Oulaouais ditte commuriément la grande rivière, à sept lieues du précédent, et à 10 de Montréal. fi est composé d'Irogüois, d’Algonkins, de Nipissingues et de français. Ces derniers n’y sont établis que pour faire la traite aux pelleteries et le commerce de toutes sortes de marchandises, même des prohibées que l’on tire de la Nouvelle Angleterre.
Toutes ces nations sauvages sont commandées par des chefs particuliers indépendants les uns des autres, et vivent assez d'intelligence ensemble, néanmoins leurs habitations à chacune sont séparées par cantons. Les Algonkins et Nipissingues peuvent fournir environ 113 guerriers et les Iroquois 115, et tous ensemble
F à L RAT TA 1 j F agit Li
femmes et enfants compris forment un village de mille soixante âmes.
Les prêtres sulpiciens de Montréal en sont les seigneurs et les missionnaires. L'un d’entre eux nommé Mr. Piquet, qui y résidait cy-devant, autant zélé pour la sûreté des sauvages que pour leur conversion, enfanta pendant la guerre dernière, plusieurs projets d'ouvrages qu’il a fait exécuter, pour mettre ce village à l’abri d'insultes des ennemis.
Le plan cy-joint représente au pourtour du village une enceinte G H 1 K flanquée de redoutes en bois aux quatre angles du quarré, et de quatre redents de figures différentes, formées de pieux et distribuées au grand côté de face au nord. Cette enceinte aurait suffi si on l’eut continué le long de celui de la rivière, ainsi que l’ont demandé cy-devant et le requièrent encore les sauvages aujourd’hui.
Indépendamment de cette enceinte, il a été formé en pieux une figure pentagonale E M N O P, dont deux fronts ont été tronqués pour construire le petit fort de maçonnerie Q R S T, dans lequel sont renfermés le presbytère et l’église.
Les ouvrages de ces deux dernières figures, construites en pieux seulement, avec banquette imparfaite dans leur pourtour, sont d’une faihle existence, et ces derniers quoique flanqués et faits en maçonnerie auraient pu présenter une plus forte deffense ; enfin, dans la confiance apparente que plus il y aurait d'ouvrages et plus difficiies seront l’attaque de ce village, ce missionnaire fit construire en avant de cette première enceinte deux redoutes # F, de pièces sur pièces, qui subsistent encore, et semblent par le peu de rapport qu’elles ont avec les ouvrages précédents, y avoir été plantées au hazard.
Les vues de ce missionnaire s'étant tronvées remplies pour la sûreté des sauvages, il songea à établir un bâtiment pour leur utilité et bienséance ; à cet effet il fit construire celui cotté B, pour assembler les iroquois et y tenir leur Conseil. Il est loué etentretenu aujourd’hui par le compte du Roi pour loger les officiers et les soldats du’poste ; peu après, il fit élever l’autre bâtiment cotté D à mèmes fins, pour les Algonkins et Nipissingues ; il
est resté imparfait, et il y a apparence qu’on a renoncé à son achèvement. Il n’y aurait rien à dire sur tous ces ouvrages s’ils avaient été construits aux dépens de ce missionnaire ; mais il m’a été assuré que le roi avait payé la plus grande partie de leur dépense.
L'est étonnant qu'on s’y soit prêté avec si peu de connaissance de l’employ, et qu’on n’ait pas réduit ces ouvrages à ceux proposés cy-après, savoir : à l'enceinte G HT K qu’il faut entretenir en bon état, et au fort de maçonnerie Q R S T, dont les troupes s’empareront dans les circonstances d’une attaque, en élevant néanmoins une banquette au pourtour intérieur des murs, et en formant un bastion d’égale capacité des autres à l’angle de la gauche du côté du sud de ce quarré.
Tous les autres ouvrages seront détruits ; et des redoutes I F, il en sera établi une à l'angle K, en la place de celle qui s’y trouve qui n’a point de deffense,
Le côté de face de la rivière sera contourné d’une enceinte en pieux, semblable à celle du pourtour du village, et de la figure marquée au plan.
En outre, mon avis serait qu’on fit un éclairci de 250 toises de largeur au pourtour de cette enceinte pour découvrir tout ce qui pourra sortir des bois.
Les raisons pour lesquelles on s’est déterminé à fortifier ces deux villages sauvages, plutôt que d’autres frauçais, ne se présentent point d’abord ; il faut les chercher. Les uns paraissent favorables aux sauvages, et les autres au service.
Les premières sont qu’en supposant ces sauvages agir, dans les circonstances d’une guerre, de concert avec nous, ils se porteraient au Loing à la découverte des mouvements des ennemis, et que dans le cas d’être apperçus et suivis, il leur serait avantageux de rabattre dans un azile assuré ; d’ailleurs, leur village se trouvant contourné d’une enceinte de gros pieux et bien flanqués, leurs femmes, leurs enfants s’y trouvent à l’abri de toutes sortes d’insultes par surprise.
Les autres sont que ces sauvages entretiennent toujours avec les nations dont ils sont originaires beaucoup de liaison et d'intelligence; partant, qu’il est bon de les éclairer de près. Néanmoins, sans leur marquer le
moindre soupçon, au contraire, il faut leur faire sentir que sa Majesté a tant de confiance en eux et y prend tant d’intérest, qu’elle les fait soutenir par un poste de ces troupes, et que si elle les tient enfermés dans un fort, c’est en vue de faire plus de résistance en leur faveur. Si cependant, l’on apperçoit que ce fort leur fit ombrage, et qu'ils fissent des représentations pour l’éloigner, il n’y aurait qu’à leur répliquer que s'ils sont vraiment attachés au Roy, ils ne sauraient qu’approuver les mesures que sa Majesté prend à leur deffense, et qu’en s’y opposant, ils nous donnent des soupçons de leur fidélité.
Du village de lu Prairi, du Fort St. Jean et de la communication d’un de ces endroits à l’autre.