DU VILLAGE SAUVAGE NOMMÉ COMMUNÉMENT FORT ST. LOUIS
Ce village nommé tel à cause du sault de ce nom qu'il faut passer pour s’y rendre de Montréal, est situé à 3 lieues de la ditte ville, au dessus de l'ile aux hérons et à la rive du sud du fleuve St. Laurent ; il est composé uniquement de sauvages i-oquois originaires de ceux qu’5n norme les cinq nations ; ils y sont divisés en trois familles, et chacune d’eiles en deux bandes commantées par des chefs particuliers, mais tous subordonnés à un seul à titre de grand chef.
Je désirai savoir le nombre des guerriers et même celui des personnes à chacune des bandes, mais le commandant du poste que le Roy y tient ne put me satisfaire. Je m'adressay aux Jésuites missionnaires qui 1e répondirent qu’il y avait tant de mouvements parmi ces gens là, qu’on ne saurait en constater un état juste ; cependant qu'on y estimait 200 guerriers et 10 à 11 cents âmes.
Je crus m’appercevoir que ma demande était indiscrète, e: que ces pères étudiaient au militaire les connaissances tendantes à partager par la suitte l’autorité dont ils semblent être en possession aujourd’hui. Il serait cependant à propos d’avoir tous les ans un dénombrement détaillé de la force de ce village, tant pour juger de son progrès que des ressources qu’on pourrait en tirer dans les circonstances d’une guerre. Péndarit la dernière, eu égard à la position avancée de ce village et à l’intelligence que les sauvages y pouvaient entretenir avec ceux des nations d’où ils sont sortis, on avait saisi le dessein d’y établir un fort quarré de la figure marquée au plan, et capable par sa construction, d'y conserver en sureté les posies des troupes réglées que l’on y tient, et de s’y deffendre contre toutes autres attaques qu'avec du canon; à cet effet pour donner plus de résistance, on résolut son enceinte d’un mur de maçonnerie, percé de créneaux, et avec banquette volante sur le derrière, tel que le profil le représente, mais lorsqu'elle fut à moitié faite, les sauvages s’opposèrent à son achèvement, disant qu'apparemment ils nous étaient suspects, et que la partie de
face au village tendait à les désoler et à les soumettre à notre discrétion ; pour calmer leur inquiétude on fut obligé d'arrêter, et même au lieu d'étendre les figures en E G, de réduire et de la fermer par ordre de Mr. de Beauharnois en A... B... D... E..., avec des pieux.
C'est dars ce fort, tel qu’il est aujourd’hui, que se tiennent les troupes du poste, et si le projet avait eu son entière exécution, la maison des missionnaires et l’église devaient y être renfermées.
Indépendamment de ce fort, les sauvages avaient requis une enceinte de pieux, au pourtour du village. A quoy consenti et travaillé, mais quand il fut question de la faire régner le long de la partie de face à la rivière, jamais ils ne voulurent la souffrir, de manière qu'aujourd’hui, le village est ouvert, que les ouvrages faits en maçonnerie sont en pure perte. que le fort n'étant fermé sur deux ”*‘#s que par des pieux, le poste peut être enlevé de vi ‘:-ce par des nations ennemies aitirées par les sauvages .omiciliés ; que sait-on, peutêtre par eux-mêmes, si leurs intérêts pour lors les conduisaient à se séparer de nous.