‹ Voyages et mémoires sur le Canada [microforme]Chapitre 57 sur 78 · LES · texte numérisé non relu

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La carriole attelée et Mr. Rigaud rendu à l’intendance, nous nous mîimes en marche en suivant Mr. de la Corne

et Marin qui nous conduisaient ; sorti par la porte de St. Laurent, traversés la faux bourg de ce nom, ersuitte une plaine, plus loing un bois clair, au delf une campagne, et arrivés sur les bords de la rivière des prairies vis-à-vis l’église de St, Vincent de Paul, situé en Pisle Jésus.

Na.—On estime la traversée de l’ile de Montréal trois lieues à trois lieues et demie ; les chemins y sont beaux, et les terres propres à toutes sortes de productions. On y voit quantité d'habitations éparses çà et là, dépen-

.dantes des paroisses voisines.

- Descendus la ditte rivière sur la glace pendant au moins une demie lieue en cotoyant toujours les bords de l’isle Jésus, montés ensuitte les terres à l’endroit d’une habitation du nom de la Belle, traversés ensuitte la dite isle, parvenus sur les bords de la rivière de son nom qui la sépare d’avec la grande terre, obligés de remonter sa rive droite un quart de lieue pour trouver un endroit propre à y descendre, fait sa traversée sur la glace, et arrivés à l’habitation de Mr. de la Corne ; il nous y attendait avec un bon diner et les façons du monde les plus aimables et les plus prévenantes ; après le repas, raisonné sur la seigneurie, visité un moulin à farine et trois tournants qu’il y a fait construire et deux autres à scié. Cet établissement a dû coûter beaucoup ; aussi augmente-t-il considérablement le revenu de la terre. On le fait monter en totalité, bon ou mal an à 12000 fres.

Na.—Cette seigneurie est extrêmement étendue ; les terres y sont bonnes, le pays y est plat : de là pour aller au village du lac des deux Montagnes, il n’y a qu’à suivre les bords de la grande terre ; on estime 7 lieues d’un endroit à un autre : et la traversée de l’isle Jésus une lieue, y compris le passage de la rivière de ce nom, partant, de Montréal et Terrebonne entre 4 lieues et demie à cinq lieues.

Après avoir discourus sur le pays qui est un des meilleurs de la colonie avec Mr. son frère, nous proposâmes d’aller coucher à la Chenaye, seigneurie avec église située à une lieue & au dessous ; fait le chemin totalement sur la rivière ; descendus chez Mde. Lamothe, marchande, y reçus au mieux, bien à souper et encore

mieux à coucher, y servi proprement ; passés la nuit fort à notre aise, dans des lits propres de façon à la duchesse, & montés en voitures le lendemain entre 6 à 7 heures du matin.

Na.— Par le détail de l’ameublement de cette maison, l’on doit juger que l’habitant des campagnes est trop à son aise, et que ce serait faire le bien de la colonie en général de le charger un peu pour l'obliger comme on l’a dit cy-devant à venir en ville y apporter des denrées et s’y procurer en marchandises ce dont il peut avoir besoin.

A la sortie de chez la ditte dame Lamothe, entrés dans la ditte rivière Jesus, cotoyés toujours les terres de la gauche, vus la pointe de l’isle de ce nom où cette rivière se confond en celle des prairies, néanmoins continués toujours à marcher le long de la grande terre du nord, passés devant le débouché de la rivière de l'Assomption; plus loing le long de la Seigneurie de Repentigny, laissés à droite deux islets et la pointe de l’isle de Montréal, entrés dans le fleuve et parvenus chez le capitaine de la côte de la paroisse de St. Sulpice, où pris des chevaux frais ; continués à marcher à portée des terres, en laissant à droite les isles mentionnées en la journée du 12 février. Mis à terre chez le curé de Berthier pour y changer de chevaux, mais il n’y eut pas moyen d’en avoir ; repris les nôtres pour aller chez La Noët habitant de l’isie au Castor, suivis pour cet effet le même chemin qu’on avait tenu le dit jour en montant.

Parvenus chez le dit La Noët, tous les chevaux des maisons voisines étaient à voiturer du bois ; il fallut en chercher en lisle Dupas ; heureusement qu'il s’en trouva deux et fort vigoureux. Après nous être chauffés et réposés, montés en voiture, cotoyés la dite isle au Castor, ensuitte la grande terre jusque vis-à-vis l’habitation d’un nommé Pelon ; là notre voiturier se défiant que la grande quantité de neige qui était tombée depuis

2 jours ne lui permettait pas de traverser le lac St, François, il prit le parti de monter sur les terres ; entrés dans un bois où le chemin tortueux, raboteux et serré, obligeait à des précautions pour ne pas le manquer à sa sortie ; descendus dans la rivière de Masquilongé, remontés son cours pendant une bonne dernie heure, et mis à terre pour changer de chevaux à sa rive gauche. Il commençait à se faire tard, le mauvais temps continuait : ces inconvénients présentaient qu'il aurait été prudent de rester en cet endroit, mais ©" aurait été par trop mal logé, d’autant que cette maison n’est point sur la route qu'on tient d'ordinaire en hiver, de sorte que les chevaux attelés, rembarqués en carriole, remontés encore la dite rivière assez longtemps, puis ensuitte suivis les terres de la gauche pendant un bon quart d'heure, entrés dans un bois plus ou moins épais et traversés de distance à aütres quelques campagnes ; au delà, passés sur des ponts de rondines les rivières d'Omachis, et arrivés chez Lesueur, y mangés un morceau, et y couchés, le temps ne permettant pas d’y aller plus loing.

La neige ne discontinuait point depuis ? jours ; il en était tombé une si grande quantité, que le matin, m'étant mis en chemin pour aller chez le curé de ce village, à qui j'avais laissé en passant deux louis, pour me procurer quelques pelleteries.j’enfoucay jusqu'à la ceinture et je fus obligé de revenir sur mes pas; mon hôte voyant mon embarras, m'y conduisit en carriole non sans peine ; y parvenus, je reçus de ce prêtre 12 marthes des prix de % à 10 frs., et de retour à la maisou, chauffé et monté en voiture, suivi le chemin de terre qu'on pratique en été. Il traverse des boïs, des campagnes, et conduit chez un cabaretier établi dans l’anse au fond du lac, sur la seigneurie de Tonnancour. Y renosés et chauffés, ensuitte remontés en carriole, entrés tout de suite dans le lac. Il faisait une poudrerie qui asie de voir 20 pas devant soy ; d’ailleurs, les

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cheains étaient couverts de neige et les bâtisses étaient rabattues, Notre conducteur paraissait embarrassé, d'autant qu’il ne pouvait distinguer les endroits pris par la gelée depuis longtemps, d'avec d’autres qui ne pouvaient l’être que de la veille ; il allait néanmoins toujours son train, Cependant avec beaucoup de précautions, et nous étions attentifs, autant que lui, à tout ce qui pouvait favoriser la marche, quand tout à coup nous découvrimes plusieurs traines qui venaient à nous et qui nous a;nrirent que, plus nous avanterons, plus nous trouverions de neige et même de l’eau sur la glace, qu’ils avaient été forcés de gagner la terr?, que nous ferions bien de suivre leurs traces. Nous en fûmes occupés ; elles nous conduisirent à terre un peu en deça du ruisseau qui fait tourner le moulin de la ditte seigneurie, ensuitte au village sauvage qui se forme à la pointe du lac, et un peu plus loing sur le fleuve, rangés la rive au nord pendant 3 petites lieues, repris la terre pour entrer dans la ville des Trois Rivières et débarqués au gouvernement. Il n’était guère que 10 à 11 heures du matin ; nous trouvâmes Mde. Rigaud plus malade qu'à r°tre passage et de maux compliqués de grossesse, qui annonçaient qu’elle n’était point sans danger. Passés le reste de la journée sans sortir.

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