‹ Voyages et mémoires sur le Canada [microforme]Chapitre 56 sur 78 · SECOND SÉJOUR A MONTRÉAL DEPUIS LE 30 FÉVRIER JUSQU'AU 7 MARS · texte numérisé non relu

SECOND SÉJOUR A MONTRÉAL DEPUIS LE 30 FÉVRIER JUSQU'AU 7 MARS

Il me serait bien difficile du temps que j'ai employé en cette ville, logé aussi agréablement que je l’étais, je ne pouvais trop me soustraire au plaisir, d’ailleurs aucun objet de rapport à mon métier ne m’y occupait. Je proposai cependant aux chefs de la colonie de visiter un emplacement, le plus propre à mon avis pour y placer les casernes projettées dans le mémoire sur cette ville, mais inutilement, l’un des jours l’on était affairé, et dans d’autres il faisait trop mauvais pour sortir ; enfin on ne put trouver l’instant d’y aller. Je pris le parti de n’en plus parler. J’offris ensuite de donner connaissance du mémoire que j'avais formé sur tous les postes et villages sauvages situés en deçà des pays d’en haut, à quoi consenti. Monsieur le général fixa jour pour cela ; je le lui lus en entier, mais, si à la hâte, parcequ'l était pressé, qu'il ne put en avoir saisi qu’une idée imparfaite, d'autant que, comme il est accompagné de plusieurs plans, l’examen d’un seul, pour bien comprendre son utilité, et ce qu’on y propose, demanderait une demie heure d'attention au moins.—La lecture finie, il se contenta de lever mon travail et de m’en demander copie, et même d'ajouter que pour m’en épargner la peine, il le ferait transcrire par un négociant de la ville ; ce parti ne m’ayant point paru prudent, je crus ne devoir m'y prêter, d'autant que, quoique mon travail ne traite que du bien et de la sûreté du pays en général, il y a des endroits qui font mention de quelques intérêts particuliers, et qui répandus dans le public, il s’en serait ensuivie des raisonnements plus ou moins hazardés ; je résistai donc en disant que j'en chargerais mon dessinateur. Reste à savoir si le temps que je demeurerai dans la colonie et les aff:ires qui me restent à traiter, lui en donneront le loisir. Je proposai ensuite à Mr. Bigot d'en prendre inspection, mais surchargé d’affaires, il la remit à son retour à Québec, de sorte que n'étant a occupé comme je l’ai dit de rien qui eut rapport

mon métier ; il y avait soir et matin grande chène et beaucoup de jeu et grande assemblée, enfin l’on

à — 156 — pourait dire. comme Lafontaine, c’était toujours les mêmes notes et pareils entretiens.

Le lendemain de notre retour du lac, Mr. l'Intendant sentant sa présence nécessaire en cette ville, saisit le dessein de ne repasser à Québec qu’à l'ouverture de la navigation sur le fleuve. Toutes les dames en étant informées souscrivirent de grand cœur à ses diles dispositions ; elles y engagèrent même quelques uns des cavaliers qui avaient monté avec lui, mais moi je le priai de trouver bon que je descendisse. Ce ne fut pas sans beaucoup d’instances pour me retenir qu’enfin, il consentit que je repasserais.

Les jours gras venus, il y eut le dimanche une bénédiction de trois drapeaux, dont on voulut décorer la milice du parti destiné pour la belle rivière, où tout le monde fut invité. On rabattit de l’église chez Îe général ; y diné et soupé grandement ; le lundi et le mardi suivant on les passa au palais. 1l y eut beaucoup de jeux, de commerce et de hazard, et 40 converts tous les soirs ; on y reçut les masques qui apportèrent des momons. On fit face à tout ce qui fut présenté de leur part,

Le jour des Cendres, fais mes adieux chez l’état major, pris congé du général, et arrangé notre voyage avec Mr. Rigaud, lui pour s’en retourner aux Trois Rivières, et moi à Québec ; et convenus que comme c'était le même chemin à tenir, nous partirions ensemble et en même voiture avec son valet seulement ; je pris des arrangements pour renvoyer le mien par des carrioles d'habitants, mais quoique nous nous fussions proposés d’aller en voiture, nous ne pûmes refuser aux instances de Mr. le chevalier de la Corne, de passer à Terrebonne, seigneurie appartenante à Mr. son frère, d’y diner et d’aller souper chez Mde. Lamothe, marchande résidente en celle de Lachenaye, située à une lieue au dessous de l’autre.

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