‹ Voyages et mémoires sur le Canada [microforme]Chapitre 59 sur 78 · LE 14 SÉJOUR AUX GRONDINES · texte numérisé non relu

LE 14 SÉJOUR AUX GRONDINES

Verglas, neige, pluye, poudrerie toute la nuit et la journée, qui nous obligèrent à séjourner en cet endroit. Le maître de la maison était un homme de 68 ans, vert encore, vif et plein de bon sen: ; j'ai dû m’appercevoir par les différents raisonnemenis qu’il me tint, que les Canadiens demandent d’être menés avec douceur et d’être un peu flattés. [Il me représenta à cet égard le caractère de Mr. de Vaudreuil; ue l’émulation de la part des habitants, lorsqu'il voyage d’une ville à l'autre, était si grande pour l’accompaguer que tout le monde voulait le suivre, et cela parce qu’il savait en captiver les cœurs par des façons affables, et qu’aujourd’hui, pour les obliger à se prêter aux plus petites occasions du service, on ne les menaçait que de prison et de châtiments, d’où s’en suivrait un éloignement pour tout ce qui intéressait le gouvernement ; on doit conclure de là qu’on ne saurait donner trop d'attention au choix que l’on fait du général à commander en ce

pays.

k*x LE 15

Mortésen carriole entre 6 à 7 heures du matin, suivis encore le même chemin qu’on avait tenu en montant, passés à Deschambeaux, au Cap Santé, à la Pointe aux Trembles où changés de chevaux chez le nommé Grenier, marchand, continués à marcher par les côtes dépendantes de la paroisse de St. Angustin, le moulin de ce nom, la rivière et côte du cap rouge par Ste, Foye, et arrivés à Québec entre 9 à 10 heures du soir.

Ces voyages sont penibles de toute façon ; en hivert on y souffre du froid. S'il tombe de la neige, à moins d’avoir une carriole fermée comme une chaise de poste, on y en est rempli ou mouillé quand il pleut ; d’ailleurs, on y est tourmenté par les différents cahots de la voi-

ture ; jamais si bien couché que chez soiet fatigués de mille façons, soit à monter ou à descendre les côtes, et toujours à la veille de s’y précipiter du haut en bas. Cela n’est pas sans exemples, d'autant que la neige y rétrécit le chemin ; cela est si vrai que le 14 de ce mois le profil des terres de celles à Pagé était tellement chargé de neige, que pour que la carriole trouve son assiette sur la ferme, il fallut qu’elle en embarquât au moins plein un tombereau. Je ne saurais considérer ces sortes de voyages agréables, mais bien à charge, quand on est obligé de les faire en cette saison.

Fait à Québec, le 16 Mars 1753.

FRANQUÉ.

Page 1