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DU FORT ST FRÉDÉRIC

Ce fort est situé sur les bords de la rive de l’ouest du lac Champlain, vis à vis l'endroit nommé la pointe à la chevelure, à 45 lieues du Fort St. Jean, et à 6 du sault de la décharge des eaux du lac St. Sacrement.

Les fortifications consistent en une redoute de la figure représentée au plan, cov ’erte en bois, et en une enceinte de 6 bastions qui l'enveloppe.

La redoute est le premier ouvrage de ce fort. Sa construction est des plus soiides, ses murs sont d’une épaisseur capable de résister au canon, percés d’embrazures et renforcés à leur sommet d’un machicoulis qui en deffend l’accès. La distribution de ses bâtiments comprend un rez de chaussée qui sert de magasin aux vivres, deux étages affectés au logement du commandant. des soldats, du garde magasin et de l’armoirie, et dans le milieu, une poudrière. En avant de la face de son entrée estun fossé traversé d’un pont lévis.

Dans cet état elle aurait suffi contre des sauvages et même contre toute attaque de vive force ; on y trouve de deffaut que le manque d’eau. L'objet de son établissement est d’harceler, au passage nommé le détroit de la rivière, tout ce qui peut descendre du lac St, Sacre.

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ment. de la rivière à Chicultu, et de toutes autres qui débouchent des possessions anglaises, dans le lac Champlain.

Indépendamment de cet objet, il est à présumer que les vues du gouvernement étant de pénétrer le pays de plus en plus par des habitations, et de les y soutenir par un poste capable d’une forte résistance, l’on a saisi le dessein d’enfermer cette redoute dans une enceinte de 6 bastions. On ne voit rien qui ait pu combattre un projet aussi étendu, si non qu’eu égard à ce que ces derniers ouvrages sont dominés de 97 pieds d’une hauteur de roc située à 99 loises. et en avant de la face droite du bastion de la baye, l’on aurait pu porter la défense de ce fort en général sur la pointe à la chevelure, que la nature à circonvenu d’un marais qui aurait accru les difficultés de son attaque. D'ailleurs, les terres n’y étant point aussi élevées que de l’autre côté, le feu aurait été plus razant sur le passage nommé le détroit de la Rivière.

Ce parti n'ayant point eu lieu, il faut chercher à tirer avantage de cette enceinte ; mais auparavant, ilconvient de constater en quoi elle consiste, et la force que présente la construction.

L’enceinte composée de 6 bastions, d'autant de courtines, flanquée dans toutes ses parties et percée de créneaux en dessus de la banquette de 12 pieds de largeur, est trop faible contre de l'artillerie et trop résistante contre de la mousqueterie ; néanmoins, en cet endroit elle offre une deffense qui éloigne les approches et obligerait à du canon pour la prendre ; bien des difficultés se présentent pour l’y conduire; mais aussi, y

arvenu, la partie crénelée serait bientôt renversée et autre en dessous facilement ruinée. Pour lors, le parti le plus prudent serait, après avoir fait les derniers efforts pour empêcher d’y monter, que la garnison s’y retira dans la redoutte, où, en la supposant munie d’eau, de bois. de vivres et de munitions de guerre, l’on se deffenderait par un feu d'autant plus assuré qu'elle découvre toute l1 campagne, et que l'ennemi ne saurait faire entre elle et la ditte enceinte le moindre établissement sans en être vu jusqu'äu pied,

De ce détail l’on doit juger de la deffense de ce fort. On y ajoutera que les ponts n'ayant que peu d’étendue, l’espace que la fortification comprend est serré, et qu’on pe se garantira du feu de revers de la ditte hauteur, qu'en l'occupant par une lunette de 25 à 30 toises de face, ouverte par le coté opposé à la ditte enceinte, et avec une communication conformément au projet joint au plan.

Au pourtour intérieur de ce fort sont des batiments, les uns construits en bois et d’autres en maçonnerie, et tous à usage de logements et de magazins.

Indépendamment de ces ouvrages, sont d’autres rés tés en souffrance, néanmoins indispensables à l'utilité et au secours de la garnison, savoir :

10 Il n’y a point d’eau dans le fort, et en le supposant bloqué, il faudrait de nécessité ouvrir la porte pour en aller prendre à ja rivière, inconvénient qui entraiuerait bien des accidents. Pour rémédier à ce défaut, il faut établir une citerne qu’on remplira aisément d’eau de pluie, au moyen des gouttières à placer au pourtour de la couverture de la redoute.

20 Les guérites de pierre construites aux angles des bastions, n'étant point habitables par leur peu de capacité, il en faut d'autres en bois, dans les endroits seulement où le service exige des sentinelles,

Trois des augles des bastions flanqués tombent en ruines ; dans peu, on sera obligé à leur rétablissement.

Le tableau de la porte de l'enceinte périclitte, plusieurs pierres en sont déjà détachées. On ne saurait manœuvrer le pont-lévis sans Courir risque de le renverser. D'ailleurs, la plupart des murs de l'enceinte souffrent ; l’on serait assez d'avis de croire que c’est plus par un défaut de construction que par le poids des terres.

Il faut des cordes de rechange aux ? ponts lévis ; celles d'aujourd'hui ont rompu en voulant les lever ; d’ailleurs, il faut les manœuvrer tous les jours, au moins celui de l'enceinte, affin d'assujettir le soldat à un service régulier.

Les cabanes des soldats sont ruinées ; il faut de nécessité en faire de nouvelles. T/on serait d'avis qu’on les

construisit à ? rangs F'uu sur l’autre au pourtour des murs de la redoutte.

Eu égard à la chaleur du climat, il est de nécessité de pratiquer une cave à l'officier commandant. Iln’y a qu'un four dans la redoute. On estime très utile d’en construire un second pour faire face aux mouvements du service en temps de guerre.

Les latrines sont saillantes sur la courtine d’entre les bastions du moulin et de la baye, et d’une construction légère, totalement en bois et de peu de durée. L'on serait d'avis, lorsqu'elles péricliteraient, qu’on les rétablit plus solidement et sur les fronts d’entre les bastions du lac St. Sacrement et de la redoutte. La porte du magasin à poudre est trop faible ; il faut la garnir de tôle. La couverture de la redoutte n’est que d’une simple planche ; il pleut partout dans le grenier ; on ne saurait trop, sion veut éviter le dépérissement des voûtes des planches et de la charpente. y appliquer du bardeau ou la doubler d’une autre planche en sens contraire à la première.

Enfin, il faut tous les ans travailler aux mêmes réparalions qu’exige en général l’entretient des ouvrages et des bâtiments quelconques.

L'on ajoutera à tout ce qui vient d’être dit sur l’état actuel de ce fort, que le terrain qu’il comprend est trop serré, et que dans le cas d’y réfugier les habitants qu’on y attire, tant dans la partie d’en deça le long du lac Champlain, que dans celle d’au delà, et qui dans une pro: haine rupture avec nos voisins, seraient les premiers en prise, on ne pourrait les y contenir avec les bestiaux qu'ils ameneraient en secours à la garnison.

D'ailleurs, il y a autour du fort, un moulin construit en pierre appartenant au Roy, un terrein à titre de son domaine, spacieux, défriché, et prêt à mettre en culture, et plusieurs cabanes dans les environs pour y loger un vacher, des chartiers, des chevaux et des vaches qu’on y entretient et dont l'utilité est affectée à voiturer, pendant l’hivert, le bois nécessaire au chauffage, et à procurer des douceurs à tout ce qui est altaché au service,

L'exploitation de ces différents objets se faisant par économie, il n’est pas possible qu’élle ne soit sujette à

bien des abus, et quoique la connaissance ne soit pas de mon ressort, les difficultés qui s’y rencontrent parmi ceux qui en jouissent, m'ont fait saisir les moyens d’y remédier ; on les rapportera cy-dessous après avoir. discouru du projet de ce fort. Le sommet de son enceinte, étant dominé de la hauteur qui est en avant de 27 pieds à la distance de 99 toises, il est tout simple de croire qu’on doit être vus de revers, dans les fronts opposés et collatéraux à la ditte hauteur ; partant, que c'est un défaut essentiel qui ne peut se corriger que par un ouvrage en redoutte. ou lunetie à y placer à cet effet. Ayant considéré que la lunette projetée entraînerait une communication à double sappe de 6 toises de largeur au plus, ainsi qu’on la pratique en tous les ouvrages avancés, l’on a cru, eu égard au pen de capacité de ce fort, devoir tirer les branches de |: ditte com. munication, des extrêmités de la gorge de la ditte Innette droite aux angles de l'épaule des bastions de la Baye et du lac Champlain. Par ce moyen, il se trouvera un terrein susceptible d’un établissement de bâtiments, capables de suppléer à ceux du fort, et affin de couvrir les murs de la ditte enceinte, on l'enveloppe d’un chemio couvert dont le parapet de 12 pieds d’hauteur sera élevé au niveau du cordon. Ce chemin couvert règnera le long des branches de la communication et même au pourtour des faces de la lunette. Le projet, joint au plan, fait connaître toute la deffense qu’on en tirera, et la nécessité indispensable de s’en emparer pour battre en brèche la ditte enceinte. Ces ouvrages bien formés, seront d'autant plus 1espectables, que le monde que les anglais pourraient employer à un siège de cette nature, n'étant point accoutumé à une attaque d'ouvrages semnblables, y serait fortembarrassé. L'on peut connaître, par linspection du plan, que toutes les partit s du projet se flanquent. et qu'il n'y a que les deux faces de la lunette qui n’ont qu’une deffense directe, défaut qu’on reprocherait à tout autre terrein qu’icy, ou sa qualité, totalement de roc, supprime tous les moyens ordinaires d'y cheminer., Si la cour adopte ce projet, il sera aisé, au moyen du profil cy-joint. d'en faire l’estimation. On ircline d'autant plus à son exécution, que ce fort étant l’'appuy de nos établissements de ce côté-là, et le lac St.

Sacrement donnant des facilités à nos voisins d'y parvenir, ainsi qu'à nous d’aller sur eux, on sera dans la nécessité, dans un cas de guerre, d’y tenir toujours beaucoup de monde.

On ne propose rien sur la redoute. On observe seulement que dans le cas que l'enceinte bastionnée serait prise, les troupes qui auraient été commises à sa deffense, seraient forcées de s’y retirer, que pour lors on y serait les uns sur les autres, fort à l’étroit et dans l'infection, d'autant qu’il n’y a point de latrines On dira de plus que le canon de l’assiégeant traversant la ditte redoutte par les croisées, ébranlerait les murs de refend qui soutiennent les voûtes, et que, si ce qu'on rapporte de leur mauvaise construction est vray, on ne tiendrait pas longtemps dans cet ouvrage, sans courir les risques d’être abimé sous ses ruines

Quant aux moyens à remédier à l'exploitation de la régie par économie, de tous les objets relatifs au bien de la garnison en général, l'on serait d’avis d’afferiñer le moulin, de donner en rente le terrein à titre de domaine du Roy, de faire une gralification à tous ceux qui jouissent des dities « vaches » proportionnellement aux douceurs qu’ils en retirent ; et qu'après avoir fixé la quantité de bois (arbitraire aujourd’huy) qu’il faut par chambre de soldats, aux officiers et employés quelconques, suivant les différents grades, on fit un marché avec quelques habitants des environs pour le voiturer. L'on saurait au moins ce qu’il en coûterait tous les ans. L'on osvrait assurer que cette dépense, comparée avec celle qu'occasionne la régie par économie, pour emplette de chevaux, des voitures, des vaches, leur nourriture et les harnais quelconques, le roy y gagnerait un grand tiers au moins.

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