‹ Voyages et mémoires sur le Canada [microforme]Chapitre 6 sur 78 · MANIÈRE DE PRENDRE LES ANGUILLES DANS LE FLEUVE ST, LAURENT · texte numérisé non relu

MANIÈRE DE PRENDRE LES ANGUILLES DANS LE FLEUVE ST, LAURENT

L'on tend des clayes (A) sur toute la largeur du terrain que la mer découvre, ces clayes sont faites de brins de bois tendre et pliant d'un pouce environ d'épaisseur, sont hautes de quatre à cinq pieds, longues de six à sept, posées debout bien droites en files et soutenues par des arcs boutants (B) contre le courant du fleuve, de deux en deux ou de trois en trois sont posés des angoulements (C) qui sont des espèces de paniers faits de même bois que les clayes, en figure de cônes de deux pieds de diamêtre à l’un des bouts et de trois pouces au plus à l’autre, ce dernier entre dans un trou de six pouces percé dans le milieu d’un coffre (D)

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fait en planches de deux pieds d’hauteur, d'autant de largeur et de trois de longueur ; d’ailleurs sur l’un des cotés de la grande ouverture du dit engoulement se place en retour autre claye (E) dont on va faire connaître l’usage cy après. (voir plan).

Tout cet appareil bien dressé, l’on sait par expérience que les anguilles suivent toujours la marée ; de là, il est évident que lorsqu'elle descend, celles qui cotoyent les bords du fleuve St Laurent viennent lutter contre les clayes (A) que cherchant à les pénétrer, elles se trouvent barrées par celles (E), posées en retour, et que ne trouvant pas de passage que par la grande ouverture de l’Angoulement (C), elles y entrent, le pénètrent jusqu’à son extrémité où elles tombent dans le coffre (D), d’où elles ne sauroient sortir. C’est là où l’on vient les prendre quand la marée est totalement basse.

Na.—Que pour empêcher tout cet appareil d’être souJevé par l’eau, on le charge de pierres.

Ces anguilles se salent dans des barriques et sont envoyées aux iles méridionales et en Furope, cette pêche fait une partie du commerce de Québec—on en mange beaucoup à Louisbourg ; la façon la plus simple’'de les cuire est de les mettre détremper, ensuite les griller comme les anguilles fraîches, ou bien après qu'elles sont desallées, de les boucanner, c’est de les pendre à un clou saillant ou contre cœur de ia cheminée, par le milieu à deux pieds environ au dessus du feu.

Pour lors la fumée, la flamme et la chaleur les pénétrant lentement, les font cuire à petit feu ; on les ser en sortant de là sans le moindre apprêt. Elles sont tendres et délicates, et la façon des Canadiens est de les couper avec des mauvais ciseaux, afin de ne point infecter un couteau qui y aurait touché.

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Embarqués à trois heures du matin, et suivis toujours la rive du Nord.

Passez par le travers de la paroisse des Ecureuils. Vers plus loin un moulin à scie, établi à la chûte d’un ruisseau dans le fleuve.

Au delà est un vallon que parcourt la rivière de Jacques Cartier, à gauche de son débouché sont deux maisons, et environ à cent toises en déça est la roche de ce nom. Beaucoup plus près de la Rive du Nord que de celle du Sud, elle découvre dans les marées ordivaires, mais dans les hautes, elle ne paraît point ; il faut s’en défier.

Na.—Ce Jacques Cartier passe suivant la tradition du pays pour le premier navigateur qui a découvert le Canada ; son batiment se brisa contre la dite roche et contraint de mettre à terre avec son équipage, il hiverna le long de cette rivière, et y en construisit un autre,

On estime une lieue de l'Eglise de Neuville à celle des Ecureuils, et autant de cette dernière à la dte Rivière.

A deux lieues au dessus de cette rivière est le Cap Santé, au sommet duquel est batie l'Eglise de la paroisse de Porineuf, après l’avoir doublé environ deux cents toises, l’on traverse le fleuve pour se porter à la rivière du Sud. L'endroit où l’on aboutit se nomme le Platon, ii y a une maison située sur une grève que le fleuve par succession y a établi sur un lit de rochers.

Le, traversée du fleuve est estimée à $ de lieues.

Nu-—L'endroit de ce Platon est connu de tous les voyageurs, par les mesures que l’on y prend pour traverser lé Richelieu dont où parlera cy-après. On y attend le vent favorable, la marée montante, vu un éclaircy pour éviter les roches qui en rendent le passage dangereux.

De Québec au dit Platon il y a 12 lieues.

Au delà cotoyé la Rive du Sud à la distance de 7 à 8 ts. C’est un rocher à pic qui la forme ; il s’étend jusque vis-à-vis l’ancienne église du village de Lothinière, sur plus de 60 pieds d’hauteur.

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