‹ Voyages et pensées militairesChapitre 10 sur 16 · DE S I D I - P O N T R A I L L E S I D Q · texte numérisé non relu

DE S I D I - P O N T R A I L L E S I D Q

et je me complais dans cette pensée. Cette vie est faite au rebours du paradis terrestre : elle ne renferme qu'un seul fruit qui ne soit point poussière, où l'on ne trouve pas le néant. Heureux ceux à qui ce fruit-là n'a pas été inconnu !

Maintenant, le bonheur de nos deux amants fut court. Le lendemain du jour où se passa la scène que nous venons de raconter, M. de Bresmes revint de chez son caïd, après avoir tué je ne sais combien de sangliers. M. de Bresmes, c'était le réveil.

Mais le souvenir du songe est resté. A Theure de la séparation, ils se sont juré , en quelques paroles furtives, qu'ils ne s'oublieraient jamais, et que même sur cette terre, si la mort ne se mettait pas entre eux, ils se réuniraient un jour. Je trouve merveilleux qu'ils aient tenu aussi longtemps leur serment. Tous les deux boivent continuellement un breuvage mortel à la mémoire des tendresses sacrées. Le monde verse à celle-ci son assoupissement, la guerre verse à celui-là ses ivresses. Quitterait-elle bien pour toujours, malgré l'ennui qu'ils lui inspirent, ces salons où elle a repris le cours de ses monotones plaisirs? Et lui, pourraitil s'éloigner de ce pays rempli d'excitantes émotions comme l'onde verte de l'absinthe, où régne, où triomphe cette vie militaire si chère à l'esprit

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