ES ESPAGXE ET EX ITALIE
ESPAGNE passait alors par une des périodes les plus bouleversées de son histoire. Encore semi-moresque, peuplée de chrétiens, de mores et de juifs, vivant côte à côte et sans se pénétrer, elle présentait une confusion singulière de moeurs^ de langues, d'institutions, de croyances et de costumes. « Chez le comte de Haro, il y a des chrétiens, des juifs et des mores. Il laisse à chacun sa foi et se dit lui-même chrétien sans qu on sache bien quelle est sa religion » (Tetzel). Les élégantes de Burgos « s'habillent, boivent, mangent et vivent à la façon rnoresque; elles sont brunes avec des yeux noirs, et dansent des pas fort gracieux dans le goût moresque ». Les hommes « luttent à
la lance, parent les coups avec leurs écus comme le font les Mores quand ils combattent et se tiennent à cheval à l;i moresque, les étriers très courts et les genoux plies pour ainsi dire sous la selle. » Le roi de Castille lui-même, cet abominable Henri IV YImpuissant, « qui exhalait une odeur insupportable, et se délectait dans la puanteur du fumier, sans parler du reste 1 », mange, boit, s'habille, parle à la moresque, et reçoit Rozmital assis par terre à côté de la Reine -. « Il est, dit encore Tetzel , l'ennemi des chrétiens et vit comme un infidèle. » « A partir de Medinaceli, commence la Tei^j^a Ethnicorum, la terre des païens qui ne permettent à aucun chrétien d'habiter parmi eux. »
Au milieu de cette population hétérogène, remuante et passionnée, aussi ardente à la bataille qu'aux fêtes, aux danses, et aux « taureaux », la guerre civile est en permanence. Vassaux contre leur évêque, mores contre chrétiens ; en Aragon et en Castille^ deux rois se disputent le trône ; la Navarre et la Catalogne, sont déchirées par les luttes intestines les plus sanglantes. En Galice, à Saint-Jacques de Compostclle, un seigneur met le siège devant l'Eglise même -^ où repose le grand
1. Chronique de Palencia, citée par M. Fabié dans son excellente préface des Viajes por Espana .Madrid, 1879).