Charlotte de Savoie
3. Sur cet usage général au xv' et au xvf siècles, voir dans la Revue des deux mondes, Juin 1893, les Livres de civilité.
l'ordre du Roi. Elle donna la main aux autres voyageurs. Le dîner fut magnifique et personne ne peut imaginer le luxe de l'argenterie ; le service était fait par les comtes et les seigneurs les. plus puissants. Le Roi invita Monseigneur à venir le voir à Paris, lui promettant des fêtes brillantes, et l'engageant à rester avec lui six mois ou un an. Il le défraya de tout pendant son séjour. On croit que le Roi et la Reine n'ont jamais témoigné autant d'honneur à personne ». (Teizel).
« Le Roi n'est pas grand ; il a les cheveux noirs, les yeux enfoncés dans la tête, un nez long, les jambes courtes. On dit qu'il est l'ennemi des Allemands. Son plus grand plaisir est la chasse. Comme séjour, il préfère les petites villes aux grandes. Il a soixante gardes qui couchent tout armés devant la porte de son appartement. La Reine est une assez belle femme, mais il y a ici les plus jolies jeunes femmes de la chrétienté ». (Tetzel).
Il faut bien croire que les charmes des dames d'honneur et la beauté du pays de Touraine firent une vive impression sur nos amis; car, en quittant la cour^ ils sont pris d'un véritable accès d'enthousiasme : « Le royaume de France, dit Schaschek, est magnifique, et d'une abondance extrême en toutes choses, si tant est qu'il existe son pareil parmi les royaumes chétiens. » Et Tetzel à son tour : « De tous les pavs que j'ai jamais visités, la France est celui qui est le mieux pourvu de tout ce
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queriiomme peut imaginer. »I1 est regrettable que cet éloge ne soit pas accompagné d'une appréciation du caractère tYançais. Qui sait? Peut-être nos voyageurs auraient-ils terminé leur panégyrique, comme ils l'ont fait tout à l'heure pour les Anglais, par quelque coup de boutoir à notre adresse.
Après le détour qu'ils viennent de faire pour voir Louis XI, Rozmital et ses compagnons reprennent la route de Saint-Jacques de Compostelle. Ils passent pas Sainte-Catherine de Fierbois qui attirait alors une foule énorme de pèlerins, On y voyait, « avec les reliques de la sainte, treize statues d'hommes et de femmes, de grandeur naturelle et fondues en cire ». A Chatellerault, réception princière chez Charles d'Anjou, frère du roi René, qui fait admirer à ses hôtes des pièces d'orfèvrerie en or, d'un poids extraordinaire. A Blaye, « ville de passage obligatoire pour tous ceux qui se rendent à Saint-Jacques de Compostelle », on traverse la Gironde. « Les Rois d'Angleterre, dit Schaschek, ont autrefois possédé cette ville pendant cent cinquante ans. Mais elle fut recouvrée par une femme prophétesse, qui reprit même aux Anglais tout le royaume de France. Cette femme, fille d'un berger, fut pourvue par Dieu de tant de vertus que, tout ce qu'elle entreprenait, elle le menait à bonne fin. Mais, dans une dernière bataille, elle fut prise par le roi d'Angleterre et conduite en Angleterre. Par son ordre, on la promena dans la ville de Londres, montée sur un
DE LA RENAISSANCE d3
cheval d'airain {sic). Puis elle fut brûlée, et ses cendres jetées à la mer ». Sont-ce les gens de Blaye qui racontaient de cette étrange façon l'histoire de Jeanne d'Arc, trente-cinq ans après sa mort ? Ou plutôt le narrateur, comprenant mal le français, a-t-il travesti le récit véritable qu'on lui faisait? Nos honnêtes bohèmes sont sujets à caution, surtout en matière de léçjendes et d'histoires du temps passé. Ainsi, à l'église de Saint-Romain de Blaye, on leur fait visiter le tombeau où Roland est enterré avec son oliphant, et Tetzel écrit gravement : Roland avec Holopherne {Ofyfernusj.
De Blaye, la troupe traverse Bordeaux, Dax, Bayonne, sans incident notable, et pénètre en Espagne par Fontarabie.
LEO "DE T\pZMITAL