‹ Voyages et voyageurs de la renaissanceChapitre 28 sur 55 · I. Le Fojîdaco dei Tedeschi, actuellement la douane · texte numérisé non relu

I. Le Fojîdaco dei Tedeschi, actuellement la douane

tiens qui ne voulurent pas l'accorder, et c'est moi qui servis, dans cette négociation, d'interprète auprès du Doge. » Il fallait donc rentrer chez soi bon gré mal gré, et l'on se remit en route par Trévise, Gratz, Neustadt et Vienne.

L'empereur d'Allemagne, Frédéric III, était à Gratz, et Rozmital, toujours de plus en plus à court, « tenta de lui emprunter de l'argent. » Mais, comme le Doge de Venise, l'empereur fit la sourde oreille : « il refusa, et ne lui fit d'autre honneur que de lui donner un tonneau de vin, avec de bonnes paroles. » Les nobles voyageurs n'obtinrent même pas l'autorisation devoir les plus belles pièces du trésor impérial, conservées au château. On ne leur montra qu'une robe de damas rouge, bordée de perles et de pierres précieuses : elle passait pour valoir au moins cinq cent mille écus d'or; « Est-ce bien vrai? se demande Schaschek, un peu piqué, sans doute, comme son maître, du refus de l'empereur ; — les chambellans l'assurent, mais nous ne le croyons guères. » Entre temps, comme on donnait à Gratz des joutes en l'honneur du souverain, nos braves bohèmes ne manquèrent pas d'y prendre part et de se distinguer, comme toujours, dans leur sport favori.

Cependant les embarras financiers augmentaient rapidement ; il fallait bien, coûte que coûte, faire face aux dépenses journalières du voyage. A Neustadt, la détresse est à son comble et le malheureux Rozmital en est réduit à « mettre en gage

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chez un juif de la ville, pour douze cents gulden, un brassard orné de pierres fines qui en valait dix mille. » Cela fait et ses dépenses de retour assurées, il se présenta chez la femme de l'empereur Frédéric, Eléonore de Portugal, qui se trouvait à Neustadt, et pour laquelle il apportait des lettres de son frère, le roi de Portugal. « Elle l'accueillit très affectueusement, lui demandant des nouvelles de son frère, comment il l'avait reçu, si le Portugal lui avait plu Tous les jours, nous étions

admis dans ses appartements ; nous allions au bal, en traîneau. Elle eut beaucoup de plaisir à voir les nègres et le singe que son père avait donné à Monseigneur. Elle fut surtout charmée quand le joueur de luth de Monseigneur lui joua des danses portugaises qu'il avait apprises dans ce pays; elle voulut que son fils apprit à les danser. » (Tetzel).

« De Neustadt à Bade, 4 miles; de là à Vienne, 4 autres miles. De Vienne à Blatna, 27 miles ; tout le monde connaît la route. » Ainsi termine le narrateur officiel; Tetzel dit quelques mots de plus :

« Monseigneur voulait rentrer directement à Blatna, mais le roi et la reine de Bohème lui firent dire d'aller d'une traite à Prague. Une procession de religieux vint au devant de lui, avec un cortège d'étudiants, le clergé, beaucoup de seigneurs et de membres de la noblesse. Cent trompettes et une foule nombreuse lui faisaient escorte. Le roi était à une fenêtre et assistait à l'entrée. Monseigneur dût se présenter sur l'heure à la cour, devant le roi

et la reine qui allèrent à sa rencontre et le reçurent

avec la plus grande cordialité Monseigneur ne

voulut pas nous laisser partir et nous dit de l'accompagner chez lui à Blatna, où nous fûmes fêtés pendant quatre semaines. Puis je pris congé de lui ; il me fît cadeau de deux chevaux. »

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