I. Bruxelles
Philippe le Beau, qui prend la route de terre et traverse la France, emmène avec lui un archevêque, un évêque, « moult d'aultres gens de son Conseil, » quatre chevaliers de la Toison d'or, dixsept seigneurs, chambellans et autres, quarantedeux gentilshommes, sans compter le personnel de service. Quant à l'archiduchesse, elle a une suite de douze gentilshommes et d'une vingtaine de dames d'honneur. A Saint-Jacques de Compostelle, l'archevêque donne au prince « vingt muids de vin. quatre cents moutons, trente-six bœufs, trente-six veaux, mille gélines (poules), quatre cents livres de cire en torches, etc. » Et, comme ces cadeaux de bienvenue se renouvellent plus ou moins dans toutes les grandes villes, on peut se figurer quelle était l'importance du convoi, et avec quelle lenteur il devait se mouvoir, traînant après lui de pareils impedimeiita par les mauvais chemins de l'Espagne. « Et devez entendre, dit encore Antoine de Lalaing, que beaucoup de seigneurs, gentilshommes et officiers du roy étaient à pied ou très mal montés, parce que les aucuns avoient leurs chevaux en Castille, les autres n'avoient encore acheté chevaux tant pour la cherté que pour ce qu'on recouvroit mal à manger pour lesdits chevaux. D'autre part, les piétons étoient tant travaillés de la grande chaleurqu'il faisoit, que maints en étoient malades et mal hayttiés (portants). Et si ne pouvoit on recouvrer ni bœufs, ni charrettes, pour mener les bagages du roy, des princes, gen-
tilshommes et officiers de son hôtel ; et, quand l'on en avoit. après que les bouviers avoient fait deux ou trois journées, ils s'enfuyoient de nuit atout (avecj leurs bœufs, sans payement, en laissant leurs charrettes chargées*. »
Charles-Quint va en Espagne par mer et s'embarque à Flessingue (septembre iSiy); il avait alors 17 ans. Son escorte se compose « d'une quarantaine de gros puissants bateaux, tous bien équipés, pourvus et étoffés de toutes choses requises pour voyager, tant des gens de guerre, artillerie, poudre et autres munitions de guerre, avec force et grande habondance dé vivres, » Ces vaisseaux de haut bord qui « de loin sembloient être autant de châteaux en mer, alloient par ordre et en deux belles (ailes), dont le roy et l'amiral faisoient la pointe. Une demie-douzaine de légers bateaux, bons aux voiles » servaient d'éclaireurs « pour découvrir la mer et aller devant et au large. Et ose bien dire, ajoute Laurent Vital, qui faisait partie du voyage, que, pour douze jours que le roy tint la mer, après Dieu et ses saints, il en fut le sire et le maître. »
Voici du reste un des meilleurs chapitres de la relation de Laurent Vital ; il est intitulé : A quoy le Roy passait son temps sur la 711er, et de son accoustrement.
« Sitost que le jour étoit venu, les trompettes du