‹ Voyages et voyageurs de la renaissanceChapitre 31 sur 55 · I. Id. I · texte numérisé non relu

I. Id. I

roy montoient au plus matin sur le chasteau derrière, pour sonner et donner le bonjour au roy de quelque gorgiase aubade; puis, ce faict, pareillement les fiffres et tambourins d'Allemagne faisoient leurs devoirs trois fois le jour, du matin, au disner et au soupper du roy, ainsi que de quatre heures après disner. Or, tôt après que le roy étoit du matin levé et puis accoutré légèrement et chaudement contre le froid procédant des impétueux vents marins, avoit fait faire par son couturier un pourpoint de satin cramoisy, à haut collet doublé d'écarlate, et par dessus mettoit un collet à manière d'un pourpoint sans manches, qui se cloait (fermait) avec une aiguillette et était plein de martres. Puis, par dessus ses chausses d'écarlate, avoit des triquehouses (grands bas) à manière de chausses marinières, ayant de hauts souliers doublés d'écarlate. Il faisoit trousser ses cheveux (se faisait coiffer), puis mettoit pardessus un double bonnet d'écarlate qui se blouquoit (bouclait) sous le menton, tellement que le vent ne lui pouvoit nuire. Puis par dessus avoit vêtu une robe à haut collet, ceinte par dessus, qui étoit de velours tanné, pleine (fourrée) de agneaux de Romanie ; laquelle robe lui tenoit le corps, ensemble le col et les bras en chaleur. Et quand tout ce avoit vestu, si ne sembloit-il point que avist (qu'il eût) trop de charge ni d'empêchement, tant aisément se trouvoit-il dedans.

« Ainsi accoutré sortoit de sa chambre et se

alloit donner le bonjour à madame sa soeur ^ et aux dames et damoiselles tous les jours. Puis, montoit sur le tillac du château et se mettoit à genoux sur des coussins devant la remembrance (représentation) du Crucifix, pour faire ses prières et dévotions, où il étoit bien une bonne heure; et parfois son chapelain lui lisoit une sèche messe... Ses dévotions achevées, trouvoit le déjeuner prêt, à la fois (tantôt) d'une soupe et chapon bouilli par-dessus, à la fois des carbonnées (carbonades), à la fois une soupe de poudre de duc- trempée en vin, ou de rôties à la malvoisie, selon que les médecins disoient, ou que le roy demandoit de avoir, en attendant le dîner qui se apprétoit comme sur les dix heures. Pendant lequel temps, se promenoit ou devisoit à quelqu'un ; parfois se occupait à regarder la flotte des navires de son armée qui lesuivoit en deux ailes, et comment ces puissants bateaux passoient et tranchoient légèrement les grandes ondes d'eau qui parfois élevoient ces grosses navires hautes à merveille, puis se ravaloient quant et quant. Et, quand les bateaux alloient du plein rencontre heurter ces vagues d'eaux, l'eau écumoit et s'éievoit tellement que bien souvent venoit frapper contre les voiles, et parfois passoit outre les dits bateaux. A la vérité

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