‹ Voyages et voyageurs de la renaissanceChapitre 54 sur 55 · TD^C · texte numérisé non relu

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L'Apologie et traité contenant les voyages faicts en divers lieux par Ambroise Paré de Laval au Maine, conseiller et premier chirurgien du roy, qui se trouve à la suite de ses œuvres (Paris 1614,, est moins un journal de voyage^ que le récit des opérations faites par le célèbre chirurgien pendant qu'il suivait l'armée depuis Turin en i536, jusqu'à Moncontour en iSôg.

Voici quelques extraits qui donneront une idée de sa manière :

Au voyage de Metz en i552, Paré parle des sorties que les assiégés faisaient sous les ordres de Monsieur de Guise : « l'alarme se donnoit en tout leur camp .le camp de l'Empereur et des assiégeants), et leurs tabourins sonnoient plan, plan, ta, ti, ta, ta, ta, ti, ta, tou. touf, touf. Pareillement leurs trompettes et clairons ronfloient et sonnoient boute selle, boute selle, boute selle, monte à cheval, monte à cheval, monte à cheval, boute selle, monte à cavaL à caval. Et tous leurs soldats crioyent à l'arme, à l'arme, à l'arme, aux armes, aux armes, aux armes, à l'arme, aux armes, à l'arme, aux armes^ à l'arme, comme l'on fait la huée après les loups ; et tous divers langages, selon les nations, et les voyait-on sortir de leurs tentes et petites loges, drus comme fourmillons lorsqu'on découvre leurs fourmilières, pour secourir leurs compagnons qu'on égosilloit comme moutons. La cavallerie pareillement venoit de toutes parts au grand gallop, patati, patata, patati^ patata, ta, ta, patata, pata, ta, et leur tardoit bien qu'ils fussent à la meslée, où les coups se départoient, pour en donner et €n recevoir. »

Ambroise Paré est appelé auprès de Philippe de Croy. seigneur de Havre, en Flandres, qui était très gravement malade. « L'ayant veu, dit-il, je m'en alloy promener en un

jardin, où je priay Dieu qu'il me fit cette grâce, qu"il guarist et qu'il bénist nos mains et ces médicamens, à combattre tant de maladies compliquées. Je discourus en mon esprit les moyens qu'il me fallait tenir pour ce faire. On m'appela pour disner : j'entray à la cuisine, là où je vis tirer d'une grande marmite demy mouton, un quart de veau, • trois grosses pièces de bœuf, et deux volailles, et un bien gros lopin de lard, avec force bonnes herbes : alors je dis en moy-même que ce bouillon de marmite étoit succulent, et de bonne nourriture... » Paré commence son traitement et termine ainsi son ordonnance : « Pour la syncope qui procédoit de la débilitation des forces naturelles, falloituser de bons alimens succulens, comme œufs mollets, raisins de damas confits en vin et sucre, aussi pannade faicte de bouillon de la grande marmite (de laquelle j'ay parlé ci-devant) avec blancs de chappons, et ailes de perdrix hachées bien menu, et autres viandes rosties faciles à digérer, etc.. »

Pendant le séjour d'Ambroise Paré en Bretagne, « Monsieur d'Estampes, gouverneur de Bretagne, pour donner passe-temps et plaisir à mes dits seigneurs de Rohan et de Laval et autres gentilshommes, faisoit venir aux festes grande quantité de filles villageoises pour chanter des chansons en bas-breton, où leur armonie estoit de coaxer comme grenouilles, lorsqu'elles sont en amour. Davantage leur faisoit danser le triori de Bretagne, et n'estoient sans bien remuer les pieds et fesses. Il les faisoit moult bon ouyr et voir. Autres fois^ faisoit venir des lutteurs des villes et villages, où il y avoit prix ; le jeu n'étoit point achevé qu'il n'y eust quelqu'un qui eust un bras ou jambe rompue, eu l'espaule ou hanche démise. »

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Voyage de Thomas Platter ^Extraits)

2 1 juillet iSgg. — «On tient la ville d'Orléans pour une des plus agréables et des plus belles de France^ à cause de ses grandes places, de ses maisons élégantes, de son air pur. de son eau excellente et de sa riante situation. De là le proverbe : Paris pour le monde, Orléans pour pille, Poitiers (une grande et triste ville i pour pillage, et Chambord pour château... Les rues de la ville sont fort belles, bien pavées et larges. Les maisons souvent en pierres de taille, sont bien alignées et bien construites. C'est ce qui a valu à la ville sa réputation de beauté. La place du marché est assez éloignée ; mais à cause des grands et beaux arbres dont elle est couverte, les Orléanais viennent, en été, y chercher l'ombre et la fraîcheur. Il y a aussi une grande et belle place garnie de quelques arbres devant l'habitation du maréchal de la Chastres lOÙ logeait le roi ; c'est la qu'une grande quantité de personnes viennent se promener après souper... En passant sur le pont pour me rendre dans le faubourg, je vis une masse d'hommes et d'enfants qui se baignaient dans la Loire. Quelques-uns se jetaient du pont en bas, malgré sa hauteur. Beaucoup de personnes, et notamment beaucoup de femmes, les regardaient faire, bien que, suivant la coutume du pays, aucun d'eux n'eût le moindre vêtement.

« La pureté et la bonté de l'air qu'on respire à Orléans engagèrent le roi Philippe-le-Bel à y créer, en i3i2, une Université qui passe encore aujourd'hui pour une des plus importantes de France surtout en ce qui concerne l'enseignement du droit. Ce qu'il fautprincipahment remarquer, c'est le nombre considérable d'étudiants allemands, tant princes^ comtes et nobles que non nobles, qui fréquentent

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l'université; ils sont en général de deux à trois cents. Ils n"y sont pas seulement attirés par la pureté avec laquelle on parle le français à Orléans (l'Orléanais est, dit-on l'Attique de la France)^ mais aussi par les privilèges exceptionnels dont ils y jouissent. Seuls en effets entre toutes les nations, les membres de la nation germanique peuvent en tout temps porter la rapière et la dague; seuls ils peuvent sans être inquiétés par leguet^ aller et venir toute la nuit; seuls enfin^ si quelque tort leur est fait, ils peuvent en appeler directement au parlement de Paris.

« Le lendemain de mon arrivée à Orléans, j'assistai au dîner du roi Henri IV. 11 était assis à une longue table et n'avait auprès de lui que son bâtard César, Monsieur, âgé de quatre ou cinq ans. Celui-ci était à la gauche du roi et avait ses serviteurs particuliers. La nef royale était d'argent doré et fort belle. On y mettait tout ce qui appartenait à la table royale. On porta au roi une foule d'excellents mets. L'échanson les saupoudrait d'un peu de pain, les goûtait puis les présentait au roi. A chaque plat nouveau on étendait devant le roi une serviette de fine toile blanche. Lorsque le roi refusait d'un plat, on l'enlevait aussitôt. Son vin était dans une petite bouteille de verre recouverte d'osier; chaque fois qu'il désirait boire, on lui en versait dans un verre à pied en crislal, au fond duquel étaient des pimprenelles. Le roi but à trois reprises, et chaque fois il vida son verre.

« Tout le temps du repas, plusieurs personnages de distinction se tinrent debout à ses côtés ou derrière lui. L'un après l'autre ils lui parlèrent à l'oreille, de sorte qu'il n'eut pas un seul moment de tranquilité pendant tout le repas. Parfois il donnait une courte réponse ; le plus souvent il gardait le silence.

« On raconte que le roi Henri 111, à son retour de Pologne, fit faire une balustrade autour de l'endroit où il était assis à table, afin de pouvoir manger plus tranquillement et plus convenablement, et de n'avoir point toute sa cour pendue à son cou. Cette nouveauté déplut aux

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Français ; ils pensèrent que le roi voulait adopter des manières allemandes, et renoncer à la familiarité amicale qui avait régné jusque-là entre lui et eux. Aussi s'abstinrent-ils de paraître aux repas du roi, où n'assistèrent plus que les domestiques. Le roi, voyant cela, fit enlever la balustrade et reprit l'ancien usage. »

« A la porte principale, et aux différentes portes de la maison, se tenaient les gardes suisses; dans la salle même les gardes écossais qui, en toute circonstance, se tiennent auprès de la personne des rois. Ces gardes portent les armes royales brodées or et argent sur leur uniforme.

« La salle du repas était si absolument pleine de monde qu'on pouvait à peine y faire un pas. J'étais tout près de la table. On laisse entrer n'importe qui sans la moindre difficulté; mais il est interdit de porter un manteau, afin de laisser voir tout ce que l'on a sur soi. Après dîner, le roi joua quelques instants aux dés dans la salle, puis son carrosse le conduisit au jeu de paume. »

Août 1599. — « Rouen est la capitale de la Normandie. Cette ville est regardée comme la seconde de France pour sa population et sa richesse... On a jeté sur le fleuve un magnifique pont en pierres de taille très régulières, a treize arches hautes et larges portant sur des piles énormes. Mais, à l'époque de mon passage, plusieurs de ces arches étaient rompues, et l'on ne pouvait y passer. Aussi traversait-on le fleuve sur de petits bateaux de plaisance, couverts de branchages et de verdure. Une longue table placée au milieu du bateau permettait d'y manger, d'y boire et de s'y divertir assis à l'ombre, comme sous une tonnelle de jardin. »

La majeure partie du journal de Thomas Flatter est prise par le récit de ses excursions autour de Montpellier et jusqu'en Espagne. A Marseille, « presque toutes les femmes portent de superbes colliers de perles de 5oo à 1000 couronnes; ce sont des cadeaux apportés des Indes par leurs maris ou leurs amants. Elles sont très belles, très empressées et très coquettes. » Les Avignonnais, — Avignon était

encore ville italienne, — aiment passionnément le jeu, les danses, les mascarades, les processions et la comédie. Le Mardi-Gras, les troupes de masques dansent « en pleine rue la danse des cerceaux, à laquelle prennent part beaucoup de jeunes gens et de jeunes filles de la noblesse, vêtues de blanc et couvertes de bijoux. Chacun danse, tenant en l'air un demi-cercle blanc et or. C'est admirable de les voir passer et repasser sous ces cercles, s'enroulant, se déroulant et s'entrecroisant en cadence au son des instruments. »

Platter se rend par Perpignan à Barcelone, et profite de l'occasion pour dire son mot sur l'organisation politique de l'Espagne, sur sa richesse et ses ressources. Il nous apprend que « les auberges ne fournissent que la table, le couvert et le lit; il faut porter soi-même son boire et son manger qu'on vous prépare d'ailleurs à peu de frais. »

« Les espagnoles aiment beaucoup la toilette. Le bas de leur robe est garni d'un cercle de bois pour la tenir bien tendue et permettre de marcher avec plus de gravité ; aussi portent-elles généralement des caleçons sous les jupes. Les patins sont d'une hauteur prodigieuse; avec de pareilles chaussures, les femmes ne peuvent guère marcher seules ; d'ordinaire, elles se font conduire par un laquais, marchant à leur droite en les soutenant des deux mains. Au bal, ellesquittent leurs patins et s'en servent en guise de tabourets. La mode est de se mettre outrageusement du blanc et du fard sur la figure, la gorge et les mains. Une grande mantille en crêpe noir couvre leur figure et tout le corps, leur permettant ainsi de voir sans être vues... Leur danse favorite est la sarabande exécutée par plusieurs couples qui jouent des castagnettes. On appelle ainsi un petit instrument de bois singulier, dont j'ai envoyé un spécimen à Bâle. »

«Une des spécialités de Barcelone est le travail du cuir. Ce sont les corroyeurs de cette ville qui préparent ces beaux cuirs espagnols argentés, dorés, peints ou frappés, avec lesquels on fabrique de si beaux sièges. On en fait même de> tapisseries d'été pour les appartements, en raccordant en-

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semble diverses pièces dont les ornements se ressemblent. Quand l'ouvrier connaît la disposition d'une chambre, il arrange ses dessins de manière à simuler les socles, les lambris, les montants des portes et des fenêtres, à l'endroit précis où ils doivent figurer. En hiver, ces tapisseries sont remplacées par des étoffes de drap pour tenir les pièces chaudes. »

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Coryat's crudities Extraits.

« Quant aux rues de Paris le jour de la Fête-Dieu , elles étaient ornées plus somptueusement qu'à aucun jour de l'année, chaque rue un peu importante étant tendue des deux côtés, depuis le toit jusqu'au pied du mur, de riches tapisseries, les plus coûteuses que l'on put trouver. L'aspect de la rue Notre-Dame était d'une pompe exagérée et qui dépassait de beaucoup les autres. Et, pour ajouter encore à la magnificence de la Fête-Dieu, les rues, en grand nombre, étaient garnies des plus riches buffets d'argenterie que j'ai vus de m.a vie; car on étalait publiquement sur leurs tables une quantité de vases à boire et de la vaisselle de grand prix. Au milieu du buffet étaient dressés des crucifix d'or et d'autres statues magnifiques. Dans beaucoup de places, j'ai remarqué, près de ces buffets, des rochers artificiels, composés avec la vraie quintessence de l'art, où l'eau s'écoulait par des robinets sur la mousse et un lit de petites pierres que les latins appellent Tophi.

«Le 23 Mai, dans l'après-midi, je me rendis au Palais du Roi qui s'appelle le Louvre... J'y remarquai ce qui suit : une belle cour quadrangulaire, entourée de beaux logements sur quatre étages de hauteur^ dont la façade est travaillée d'une manière exquise en pierre de taille^ et décorée de superbes colonnes et d'images admirables en pierre semblable. Pour monter^ il y a trois ou quatre paires d'escaliers^ dont l'une est de toute beauté. Le plafond de ces escaliers est admirable^ construit en forme de voùte^ avec des sculptures, des cannelures, des grappes de raisin et beaucoup d'autres choses d'un travail excellent. La grande chambre est très longue, large et haute; son plafond est doré et sculpté richement à hauts-reliefs. La chambre voisine, qui est la chambre de

parade, est très belle, décorée d'un plafond d'une splendeur merveilleuse, si richement doré et d'un art si exquis, bien qu'il soit en bois, qu'un étranger imaginerait à première vue que c'est du cuivre ou de l'or battu.

« Je visitai également la chambre où la Reine Marie de Médicis couche souvent; j'y ai vu une sorte de balustrade avec des petits balustres richement dorés, qui entoure son lit.

« Ensuite, j'allai dans une salle dont la beauté surpasse à mon avis non seulement toutes les salles du même genre qui existent dans le monde, mais toutes celles qui ont jamais existé depuis la création; c'est une galerie, dont la description demanderait un grand volume. Elle est divisée en trois parties, deux côtés à chacune des extrémités, et une promenade large et spacieuse. Un des côtés, quand je le vis était entièrement achevé, et contenait des portraits des rois et des reines de France, peints à l'huile sur panneaux. Le plafond de la plus admirable et la plus étincelante beauté est dans le genre antique et représente Dieu, les Anges, le soleil, la lune, les étoiles, les planètes et d'autres figures célestes. Certes, sa beauté est tellement inexprimable qu'un homme peut à peine la comprendre dans son esprit, s'il ne l'a pas vue d'abord avec ses yeux corporels. A l'entrée de la longue galerie est une porte dorée, décorée de quatre colonnes de marbre couleur de chair mêlée de quelques veines blanches. Elle a en largeur environ dix de mes pas, et plus de cinq cents en longueur, ce qui fait au moins un demi-mille. De chaque côté se trouvent quarantehuit trumeaux de pierre de taille blanche, chacun de douze pieds environ, entre lesquels sont les fenêtres.. . A l'extérieur, du côté de la rivière, quatre colonnes superbes de pierre de taille, décorées de belles sculptures, ajoutent un grand ornement à la façade extérieure du bâtiment. A l'ouest de la galerie se trouve un jardin de toute beauté partagé en huit compartiments.

« La longue galerie, quand j'étais là, n'était pas achevée;

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une moitié seulement était plancheyée, et la toiture encore bien rustique ; le quart à peine des fenêtres et des trumeaux était terminé. Car on dit que toute la longue galerie sera faite pour correspondre au premier côté qui est presque achevé. A l'extrémité de cette longue galerie, deux cents maçons travaillaient tous les jours à la pierre de taille pour terminer ce côté, près duquel se trouve un beau palais nommé les Tuileries

« Le 26' de mai je me rendis au susdit palais qui sera réuni au Louvre par cette fameuse galerie, quand elle sera enfin terminée.

« Le palais des Tuileries est un bâtiment des plus magnifiques contenant bien des chambres somptueuses. La chambre de parade est de toute beauté ; le plafond peint à l'antique, les boiseries ornées de peintures à l'huile, parmi lesquelles les neuf Muses, sont excellemment peintes. Dans une des chambres qui a un plafond précieusement doré, se trouve une table en marbre de diverses couleurs, et si habilement marquetée d'ivoire qu'on l'estime cinq cents livres sterling. L'escalier est très beau et bordé d'une jolie balustrade en pierre blanche supportée par des petits piliers de cuivre faits au tour. Il est en forme de vis et surmonté d'un toit somptueux avec des ouvertures, comme des fenêtres, pour laisser l'air entrer. Au sud du palais règne un joli promenoir garni de plomb et à découvert... la vue est des plus agréables au-dessus de la balustrade sur le jardin des Tuileries... »

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loDoci SiNCERi Zinzerling' Itinerarium Galliœ Lyon lôiô. 1. Zinzerling, né dans la Thuringe vers iSgo, mort vers i6i8.

Extrait de la Préface. — « Le but que je vise est

celui-ci : être utile surtout aux étrangers qui désirent consacrer trois ans au moins au voyage de France, et apprendre la langue française tout en suivant les autres exercices. D'après le plan que j'ai tracé, ils devront suivre cinq itinéraires distincts. Le premier commence à l'arrivée d'Allemagne en France, et finit à Orléans ou à Bourges ; le second traverse les populations riveraines de la Loire jusqu'à Nantes, puis La Rochelle, Bordeaux avec retour sur Poitiers ; le troisième passe par le Limousin, le Périgord, la Gascogne, le Languedoc, la Provence, le Dauphiné, le Lyonnais, la Bourgogne, jusqu'à Paris; le quatrième mène en Angleterre et en Belgique, en allant par la Normandie pour revenir par la Picardie ; le cinquième parcourt une autre partie de la Bourgogne, Lyon, et ramène en Allemagne par la Savoie et la Suisse. Tu te rendras deux fois à Paris et à Lyon; de même pour Orléans à cause de la commodité du voyage par eau. Je ne suis pas d'avis que tu répètes ta visite dans d'autres localités.

« Voici comment j'ai fixé la durée de chacun de ces voyages : supposons que tu as terminé le premier pendant l'année de ton départ, en été ou en automne, et que tu passes à Orléans, à Bourges et à Moulins tout le temps qui reste jusqu'à la Im de mai de l'année suivante. Les cinq mois, suivants seront consacrés au second itinéraire, en faisant à ton gré des séjours dans les plus jolies villes du pays de la Loire. Tu passeras l'iiiver à Poitiers et l'été dans les environs. A l'automne, tu fais ton quatrième voyage ; tu hivernes à Paris. Au printemps de la quatrième année, tu te rends en Angleterre et en Belgique, pour en revenir;

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et à l'automne, tu retournes dans ta patrie par le cinquième itinéraire. Si donc tu es parti de chez toi au printemps de la première année, et que tu y rentres à la fin de l'automne de la quatrième, tu auras consacré trois ans et demi à voyager dans ces royaumes, républiques et principautés. Du reste, je fixecesdélaisnon pour ceux qu'un but particulier conduit dans des lieux déterminés, mais pour ceux qui peuvent et veulent consacrer du temps à ce voyage. Ceux qui ont besoin de l'exécuter plus rapidement, peuvent joindre ensemble le second et le troisième itinéraire, et

supprimer tout ou partie du quatrième

« Les Français ont un caractère de feu ; chez eux la bile domine. De là cette vivacité d'esprit, ces résolutions rapides et mobiles, ces colères violentes et subites, qui s'apaisent comme un incendie qu'on éteint dans l'eau. Tout en eux, la physionomie intrépide, les mouvements, les gestes, porte l'empreinte d'une élégance virile; et les étrangers, même les plus voisins, ne parviennent pas à les imiter, bien qu'ils affectent de le faire. La timidité est inconnue aux enfants, on leur en fait même le reproche. Les Français plaisantent avec facilité, et improvisent avec une grâce sans égale. J'ai souvent entendu des femmes du grand monde disserter aisément et avec élégance sur les matières les plus graves de la politique, de la morale, de la physique, etc. ; on trouve en effet une quantité de livres de ce genre dans la langue française qui admet la terminologie latine et grecque.

« Les Français sont fort bien disposés pour les étrangers, surtout quand ces derniers, dépouillant leur air grave et morose, se conforment au génie de la nation. Jusque dans leurs repas, ils sont fidèles à leur caractère, et recherchent l'élégance dans la façon de servir. Ils placent la table au milieu de la salle, afin que chacun puisse s'en approcher et s'en éloigner à son gré. Leurs viandes sont savoureuses et bien assaisonnées, le vin franc, sans être pur, mais coupé d'eau, de peur qu'il n'échauffe le foie. Leur façon de dîner

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et de souper montre qu'ils mangent pour vivre et ne vivent pas pour manger.

« Les repas prolongés pendant plusieurs heures leur déplaisent; ils détestent l'ivresse et les provocations à boire. Le matin, ils mangent les viandes bouillies, le soir les viandes rôties, ce qui est excellent pour conserver la santé. Ils consomment moins de ragoûts et de légumes que les Allemands, et détestent beaucoup de plats qui passent ailleurs pour délicieux; on ne te servira jamais du choux, ou entier, ou haché menu, et macéré dans le vinaigre choucroûte), ni des viandes farcies de raifort, ni des choses analogues qui plaisent à d'autres nations. Tu verras rarement des viandes fumées, des pommes, des poires, des raves séchées au soleil ou au feu. Ils mangent beaucoup de choux et de raves avec du hachis, et on leur sert fréquemment des cardons, des asperges, des artichauts et autres légumes de cette nature, suivant la saison. Ils aiment beaucoup déjeuner le matin avant de sortir, mais légèrement, avec un verre de vin et une bouchée de pain ; cela fortifie le corps^ réjouit l'àme et consomme les crudités de l'estomac.

« Ils se servent, pour combattre le froid, de cheminées et non de poêles ; usage singulier pour ceux qui ont l'habitude de se chauffer à ces derniers, mais plus salutaire pour la santé. En effet, les émanations du poêle chargent la tête et, quand on sort, la moindre impression de l'air froid vous fait frissonner. Pour moi que la demi-chaleur de la cheminée satisfaisait médiocrement dans le principe, la vapeur d'un poêle, que je trouvai deux ans plus tard à Lyon, me parut, à mon grand étonnement, presque intolérable. La même chose m'arriva quand, après avoir été privé d'un lit de plume édredon , je recommençai plus tard à m'en recouvrir. Tant il est vrai que l'habitude est une seconde nature.

« On peut voyager en France avec plus de sûreté que partoutailleurs. Je ne sais si cela tient à la prohibition faite aux voyageurs de porter des armes à feu : les seuls qui

puissent en porter sont les cavaliers de la maréchaussée qui chevauchent deux à deux armés de leurs escopettes, le long des grands chemins. Grâce à leurs armes ils mettraient en fuite un nombre quadruple de voleurs^ s'ils les rencontraient. Quant aux facilités de transport, il y a des voitures publiques qui vont et viennent entre Paris et plusieurs localités. On trouve partout des chevaux de louage^ excepté dans les lieux où les ordinaires sont organisés, et ces ordinaires sont de deux sortes : les rapides que l'on appelle postes, et les plus lents qui sont les relais. En outre, l'avantage que l'on tire de la navigation sur la Loire, la Garonne, et le Rhône, n'est pas médiocre ; mais, pour voyager sur ces deux derniers fleuves, il ne faut pas se confier au premier venu, mais choisir un marinier habile ; le Rhône est dangereux à cause de sa rapidité, la Garonne à cause de sa marée et de son agitation...

« Dans ton voyage en France, tu rencontreras ça et là beaucoup de choses qui sont rares surtout chez nous et que tu pourras te procurer à bon compte. A Marseille, on trouve des curiosités très habilement fabriquées avec de la nacre et des coraux, sans parler de diverses marchandises apportées d'Orient et de Turquie ; à Monpellier, le précieux Alkermes et les poudres odorantes ; à Carcassonne des peignes de buis merveilleusement travaillés ; à Montauban, à Montpellier et surtout à Châtellerault, à Moulins en Bourbonnais, des étuis à couteaux, à ciseaux et autres instruments semblables d'une grande élégance. A Limoges, tu admireras les œuvres exquises des Mabreaux t ...

I Les frères Mabreaux couteliers aussi habiles que célèbres.

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