PROCEDES DU POETE
Le poète, après avoir conçu son plan, ne doit versifier que les endroits qui lui paraîtront de pure déclamation et devant servir au récitatif; dès qu'il sentira sa verve s'animer et demander du chant mesuré, il faut qu'il écrive en prose.
Si c'est un père, par exemple, qui exige de sa fille le sacrifice de son amour, il écrira : « Fille cruelle ! tu veux donc ma mort ! Quoi ! l'ami le plus tendre, qui sauva les jours de ton père; à qui j'ai promis ton
cœur, comme la seule récompense qui puisse égaler le bienfait, tu le refuses ; tu refuses de m'obéir ! Fille cruelle ! tu veux donc ma mort ! »
Les duos, les trios, les quatuors, les chœurs, doivent être écrits de même. Envoyez ce canevas à Haydn, sa verve s'échauffera sur chaque morceau ; il n'en suivra que le sentiment général, et sera libre dans sa composition, pourvu qu'il ne sorte pas du genre, et prévoie, à quelques égards, le diapason de la voix à laquelle le morceau est destiné. Qu'il se garde bien de croire que les paroles feront passer un morceau que sans elles il rejetterait comme médiocre : non ; il faut que chaque morceau de symphonie soit tel qu'il n'y désire plus rien pour l'effet, l'unité, la fraîcheur et la nouveauté des idées. Le frein dont on le dégage lui impose la loi de bien faire : on ne le rend libre, on ne brise ses fers, que pour avoir un résultat supérieur à celui du compositeur qui travaille sur les paroles, et qui a mille difficutés à vaincre.