DES LARMES
On dit qu'un auteur a le don des larmes quand il sait mieux qu'un autre nous attendrir, nous émouvoir, attaquer notre sensibilité. Il n'est pas ici question d'un auteur larmoyant qui ne traite que des sujets du dernier pathétique, qui n'a de connaissances que parmi les malheureux; qui, dans le cours de son drame, se reprocherait deux instants de bonheur s'il les procurait à ses personnages; qui, enfin, soupire, sanglote, exclame à tout propos, et semble se trouver dans une mer de délices quand il nage dans les pleurs. Ce don factice des larmes ne fait éprouver que le dégoût aux âmes vraiment sensibles aux bonnes choses. Mais je parle d'un auteur qui, sans efforts et sans exagération, sait nous attendrir : celui-ci fait couler nos larmes avec délices; l'autre, tout au plus, nous les arrache