ORIGINES
Selon les historiens : « Si Rome a été fondée par un fils du dieu Mars et par le nourrisson d'une louve, Paris le fut par un prince échappé au sac de Troie, Francus, fils d'Hector, qui, devenu roi do la Gaule après avoir hàti la ville de Troyes en Cliam|iagn(\ vint fonder celle des Parisiens et lui donn.i le nom du beau Paris son oncle. »
Pour expliquer cette haute opinion des savants historiens, un autre historien non moins savant nous (k^montre que le mot Paris se compose de deux mots, savoir: le radicale Par ou Bar, et le mot Isis, « attendu qu'il a été trouvé sur le territoire de Paris une statue de cette déesse, ce qui prouve ahondamment que Francus, qui veut dire Français, est le fondateur de Paris. * »
Il existe cependant d'autres opinions dignes d'être étudiées. Si on daignait nous écouter sur ce point, nous dirions que le fondateur de Paris, ce fut le hasard. Il y avait une île dans un pays sauvage: figurezvous une peuplade dispersée qui cherche à s'abriter contre ses ennemis; cette peuplade traverse le fleuve et se barricade sur ce grain de sable que protègent les eaux. Cette peuplade de bateliers et de pêcheurs, lasse d'errer de rive en rive, de la rivière au fleuve, du fleuve à la mer, veut prendre dans l'île quelques jours de repos. Après la palissade, voilà la tente qui se dresse. Les vents sont mauvais; le fleuve est un autre ennemi . qui vient menacer à son tour; pourquoi ne pas élever un mur contre les tempêtes de l'occident '! Cependant on a eu le temps de s'apercevoir que l'île était fertile; pendant que les pêcheurs s'aventurent .sur leurs barques, les plus paisibles de la colonie défrichent le sol par distraction, par curiosité, par instinct pour l'avenir. Quelque temps se passe ainsi; l'heure est venue de
* Voir, pour plus de liiuiirros. les mémoires de l'Académie des inscriptions Pl hrlli's-letlres, qui foiinnillenl de preuves tmit aussi authentiques.
ROMAN DE L'HISTOII'.K 157
partir, de marcher à l'aventure comme autrefois; mais l'amour du sol a pris ces hordes nomades; ils ont semé, ils veulent recueillir. Ils se complaisent d'ailleurs dans ces quel([ues enjambées de terre défendues des bêtes et des hommes, des ennemis de toute espèce, où ils peuvent avoir chacun un arbre, un épi et une maison. Ils se décident à rester; les plus aventureux et les plus jeunes iront courir au loin à la découverte, mais ils reviendront. Dès ce jour, Paris exista. Au lieu de queli|ues palissades, où étaient suspendues toutes fumantes encore les peaux de bêtes, l'industrie, fdle delà paix, envoie des barques chercher des pierres sur les rives voisines, élève des murs, les couvre de chaume ; et voilà une bourgade qui vit et palpite. Laissez-la respirer un peu, vous la retrouverez bientôt avec des mœurs, gouvernée par des lois. Aujourd'hui elle s'appelle Loutouhezi; plus tard César passera qui lui donnera son acte de naissance; plus tard la bourgade sera la ville universelle, elle sera tout à la fois Babylone, Athènes, Home: mais, quelles que soient sa fortune et sa gloire, elle n'oubliera pas qu'elle est sortie d'une famille de pêcheurs, et pour ses armoires elle prendra un vaisseau.
J'ai commencé par citer l'histoire, j'ai fini par produire le roman. Comme il arrive souvent, le roman n'est-il pas plus vraisemblable que l'histoire?
Aujourd'hui Paris n'e.st plus une île déserte, une bourgade, une grande ville, c'est une nation où fourmillent mille peuples divers. Cette nation a autour d'elle, pour la défendre des barbares, ses grandes murailles comme la Chine.