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ACADÉMIES

Rien ne fait vivre plus longtemps (jue le ridicule. Ce (jui manque aujourd'hui à TiVcadémie française, ce n'est ni Balzac, ni Lamennais, ni Béranger, ni la phalange radieuse des jeunes esprits; ce sont les épigrammes de Piron.

A l'Académie des inscriptions et belles-lettres, l'esprit ne vit (pie de ce qui n'est plus. On admire beaucoup les tableaux d'Apelles et de Zeiixis, parce (ju'on ne les a jamais vus. Aussi, sur la tombe de tous les membres de cette Académie, on grave toujours ces vers de Piron :

Ci-gil un aiiliqviairo opiniâtre et brusque.

Il est esprit et coips clans une cruche ét]-us(pic.

SUR l'kSIM; IT DU PEUPLE

Tout l'esprit du monde est à Paris. Les Parisiens sont le peuple le plus spirituel du globe; mais, comme a dit Montaigne, il faut à toute heure lui désenseigner la sottise.

Il y a le Parisien qui nait à Paris, le Parisien par excellence; celui-là voit le monde par un trou; il étudie le CŒur humain, le sien et celui de sa voisine aux théâtres des boulevards; il croit à tout : on lui cria un matin d'ouvrir sa fenêtre pour voir passer Véquinoxe porté sur un nuage; — il ouvrit sa fenêtre. —

LOLN Di: l'AUIS 149

I,;i vie (Ifi chritonu.

.l'ni I)eau m'attaclior n la balustrado et vouloir re- .tfarder ilans la rue, je no sais quelle symphonie d'avril, toute parfumée de fleurs de pommier et de lilas, m'attire vers la jeune fouillée, dans la prairie qui étoile sa robe et dans la forêt toute vierge encore.

(Juand le carnaval vient d'agiter à Longchamp son dernier grelot , quand les prédicateurs romanesques ont égrené leur chapelet, quand les peintres et les sculpteurs ont repris à l'atelier les tableaux et les marbres exposés, il n'y a plus rien de bon à faire à Paris, si ce n'est do s'en aller. Adieu, madame la marquise; que le vent d'avril vous soit léger! Allez revoir vos cl);'itoaux, vos paysages, vos hirondelles. L'heure est venue, partez. On a déjà recrépi les donjons héréditaires et les villas rustiques; la violette parfume le sentier du parc et la roche de la montagne ; la primevère embaume l'avenue et la prairie; le bocage chante de plus belle; et, dans la sylvestre église, monsieur le curé a chassé l'araignée de votre banc. Allez! allez! fuyez Paris; la vie est là-bas avec le soleil. Allez! allez! ne fût-ce que pour reposer votre cœur et votre esprit.

Écrivez-moi comment se passent chez vous les bons et les mauvais jours. Parlez-moi surtout du chri-

teau de Kerkado. Grâce aux grandes pluies de ce printemps, le lac doit promener un peu d'eau ; il est réduit à la condition du mauvais riche qui demande de l'eau dans les enfers. Charles X, passant par là dans une chassa, dit en voyant le pont du lac de Kerkado : (( Il faudrait vendre le pont pour avoir de l'eau. ))

Adieu, madame, que les rossignols de votre parc, qui sont plus poêles que moi, me dispensent de rossignoler des vers, — et que les roses de votre parterre vous chantent comme Orphée — un vieux rossignol de ma connaissance — le poëme des parfums !

Ah ! la vie de château! c'était bon quand il y avait des châtelains et des châtelaines, quand Paris était à Versailles, à Saint-Cloud, â Chambord, â Anet, à Fontainebleau ! Mais, aujourd'hui que Paris esta Paris, il n'y a plus que des revenants dans les châteaux. On y va coucher son esprit et son cœur pour six mois. Il y a des exilés qui laissent à Paris leur cœur et leur esprit. Ah! la vie agreste, les forêts ténébreuses, la montagne et la vallée qui chantent un duo, les voix de l'inhni qui parlent du ciel à la terre, les voix des ar bres, des fleuves, des oiseaux et des roses qui parlent de la terre au ciel ! Oui, tout cela est fort beau; mais, quand on est au milieu des merveilles de la belle sai- .son et qu'on voit passer la locomotive aux ailes de llamme qui va vers Paris, on s'écrie : Ah! quand viejidra Vliiver! Et on donnerait, l'hiver venu, sa part du paradis de Mahomet pour sa part de Paris.

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