‹ Voyages humoristiquesChapitre 81 sur 102 · I.K IMtKMl-: 1)1-: V loLA.N T K · texte numérisé non relu

I.K IMtKMl-: 1)1-: V loLA.N T K

Eiloêtiiit la lill'dc P.iliiia, la Ijcllc Violaiito.

Oiiand le quinziènio |>nnt('ni|)s eut flomi sur ses joncs, le peintre, s'agenouilla devant sa fille, conime (l(>vaiil nnc inraiiedc la sainte Vierife Maiie. reine des animes.

« Violante, Violante, lis épanoui dans mon amour sur les ilôts bleus de la belle Venise, ta gloire en ce monde sera incomparable : la Vierge que je vais peindre pour l'Eglise de la Rédemption sera ton image fidèle, o Violante!

« Car tu es l'image des saintes fdles qui sont la-haut dans le ciel où est Dieu.

« Car l'or de tes cheveux est tombé du ciel comme un rayon d'amour; car la flamme qui hiit dans tes yeux, c'est la flamme divine que les anges allument sur leurs trépieds d'argent. »

Et, disant ces mots, le peintre prit sa palette, et peignit pour la gloire de l'Art et pour la gloire de Dieu.

La Vierge qui s'anima sur le panneau de bois de cèdre fut un chef-d'œuvre tout rayonnant d'amour et de vérité.

Quand le tableau fut achevé, la belle Violante s'envola comme un oiseau pour aller chanter sa chanson. Elle était née pour aimer comme toutes les filles de la terre. Dieu lui-même, qui aime la jeunesse en ses égarements, jette des roses odorantes siu' le chemin de Madeleine pécheresse.

Comme elle allait chantant sa chanson, elle rencontra Titien et son ami Giorgione.

— Mon ami Titien, quel chef-d'œuvre tomberait de nos palettes si une pareille fille daignait monter à notre atelier! Quelle Diane chasseresse lière et élégante ! Quelle Vénus tout éblouissante de vie et de lumière !

— Si elle venait dans mon atelier, dit Titien tout ému, je tomberais agenouillé devant elle et je briserais mon pinceau.

Violante alla dans l'ateher du Titien : il ne brisa point son pinceau. Après avoir respiré avec elle tous les parfums enivrants d'une aube amoureuse, il la peignit des fleurs à la main, plus belle que la plus belle.

Giorgione vint pour voir ce portrait;'mais Titien cacha la femme et le portrait.

Longtemps il vécut dans le mvstère savoureux de cette passion si éblouissante et si fraîche : c'était le l'avon dans la rosée.

UIORGIONE 295

Un jour, plaignez la fille de Palme le Vieux 1 Titien exposa le |ioili'ait de sa maîtresse. Tout le mumle allait l'aimer, mais raimait-il encore?

L'Art est un paradis teirestre où l'amour vient s'épanouir, tantùl conunc un beau lis digne du rivage sacré, tantôt comme une belle lose pleine d'altière volupté.

Après avoir souri aux Vénitiens par les yeux et les lèvres de sa maîtresse, Titien, enivré par le bruit... (Plaignez Palme le Vieux, qui ne voyait plus sa fille que dans les Vierges de la Rédcuqilion!), Titien métamorjihosa Violante en Vénus sortant de la mer vêtue de vagues transparentes.

L'Art avait étouffé l'Amour; Violante était si belle, qu'elle se consola dans sa beauté ; son règne était de ce monde, elle régna.

Un soir, à l'heure du salut, elle entra à l'église de la Rédemption. La voyant entrer, on disait autour d'elle : Voilà Violante qui se trompe de porte.

En respirant les fumées de l'encensoir, elle tomba agenouillée devant un autel où son père venait prier souvent. L'orgue éclatait dans ses louanges à Dieu ; les jeunes Vénitiennes chantaient avec leurs voix d'argent l'hymne à la reine des anges.

Violante leva les yeux, ces })eaux yeux qu'avaient allumés toutes les passions profanes.

Son regard tomba sur une figure de Vierge, la plus pure, la plus noble, la plus adorable qui fût dans l'église de la Rédemption.

— Sainte Marie, mère de Dieu, nuu'mura-t-elle doucement, priez pour moi.

Elle était frappée de la beauté toute divine de cette Vierge, qui semblait créée d'un sourire de Dieu.

— Hélas ! on me dit que je suis btdle, c'est encore un mensonge de l'amour ; la beauté, la voilà dans tout son éclat avec une pensée du ciol.

Un souvenir était venu agiter son cœur, un vagne souvenir, un éclair clans la nue.

— Quand j'étais jeune, dit-elle en contemplant la Vieigi^ quand j'avais seize ans...

Elle tomba évanouie sur le marbre : elle avait enfin reconnu cette Vierge si belle qui se détachait sur un ciel d'or et d'azui': c'était la A^ierge de Palme le Vieux.

Violante s'était reconnue.

— 0 mon Dieu! s'écria-t-elle en dévorant ses larmes, pourquoi avez-vous permis cette métamorphose?

Elle qui la veille encore se trouvait si belle dans son niii'oir de Murano, elle cacha sa ligure comme si elle voyait dansloulc l'horreur de ses égarements.

Elle se leva et sortit de l'église, respirant avec une sombre volupté l'araère odeur de la tombe.

Où alla-t-elle? Le soleil, l'amoureux soleil de Venise vuit sécher la dernière perle tombée de ses yeux. Où alla-t-elle? On était dans la saison où le pampre commence à dévoiler ses altières richesses.

Elle rencontra Paul V(''ronèse, qui la couronna des ])remières grappes dorées de la Brenta. 0 ma Vierge! disait Palme le Vieux ; ô mon Idéal ! disait (iiorgione; — ô ma Maîtresse ! disait Titien : — ù ma Bacchante ! dit Paul Véronèse.

IIYMNlî A VIOLANT K

nÉOIÉ A GIORGIONE

() fille (le l*;ilmii ! Violiuilc adorée, Porme que Tilicu jusqu'à sa mort chanta. Folle œuvre du Trî's-lliiul par le soleil floréo Comme im iniiniirc hiscil' (pi'an'osc Im llrcnlal

LA Ml" SI' DK l.'ATH LlKli 2!) 7

Fleur lin la volniitc', supcriiL' Viuhiiilo, Ton nom vient as'iler la lèvre avant le cœur, Tu soulèves l'amour sur la ^orge brûlante Où les pâles ilésirs s'abattent tous en cliœur.

0 tille (le l'Antiijue et de la Ucnaissancc! Espoir (les dieux nouveaux, souvenir des anciens, Païenne par l'éclat et la maiinificence, Histoire en style d"or des amours vénitiens,

Sur lo marbre un peu blond de Ion épaule allière, Que J'aime tes cbcveux à longs Ilots répandus! Dans ces spirales d'or que baigne la lumière, Que de l'ois, en un jour, mes yeux se sont perdus !

Palma taisait de toi si plus pun^ madone, l^a vierge de quiiize ans t'adore en ses ])ortrails, Titien taisait de toi Madeleine qui donne, Qui donne à ses amants ses visibles attraits.

0 femme! tour à tour cbastc connue Suzanne Et faible comme Hélène, — Idéal, Vérité, — Viens me dire pourquoi, divine courtisane, Pourquoi Dieu t'a donné cette ardente beauté.

C'est qu'il faut ((ue le cœur à l'esprit s'barmomse; Titien cbercbait encor les sentiers inconnus : Pour qu'il eût du génie, ô fdie de Venise! Tu sortis de la mer comme une autre Vénus.

Dans tes yeux noirs et doux sa gloire se rellèle, Car cet or qu'on croirait au soleil dérobé, Ces iH'ismes, ces rayons, ces Heurs de sa paicllc, Par im enchantement, de tes mains ont lonibé.

Oui, grâce à toi Titien réalisa son rèvc : Sans l'amour à (|uoi bon les splendeurs de l'aulcl? Dieu commence l'artiste et la femme l'achève; (Vest par la passion ([u'on devient innnort(d !

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