‹ Voyages humoristiquesChapitre 86 sur 102 · LE DERNIER SOUPER DE GIACINTA · texte numérisé non relu

LE DERNIER SOUPER DE GIACINTA

« Voici l'histoire de Schiavoni et de Giacinta , un pauvre peintre et une belle fille.

« Il commença par être peintre d'enseignes. Il était né à Sebenigo, en Dalmatie. Il vint de bonne heure à Venise, où nul peintre alors célèbre ne daigna lui servir de maître.

« Cependant Titien le rencontra un jour qu'il allait, ses tableaux à la main, les offrir à un marchand. Le grand peintre fut surpris de la touche origmale de Schiavoni. — Qui donc t'a enseigné ces tons transparents et ces belles attitudes? — Je ne sais pas. — Pourquoi cette pâleur? — J'ai faim.

« Titien prit la main de Schiavoni et l'emmena à la bibliothèque de Saint-Marc : — Voilà de quoi gagner ton pain.

« Scliiavoni peignit trois ronds près du campanile : des cavaliers sabrant leurs ennemis; un évêque qui assiste des pauvres; un roi qui distribue des récompenses à ses soldats.

« Mais, après quelques jours de repos, ^il retomba en pleine misère; il n'avait travaillé que pour payer ses dettes et passer gaiement le carnaval. Il no rencontra plus Titien, il n'osa plus aller à lui.

« Il se consolait dans l'amour d'une belle fille qu'il avait vue un soir pleurant sur le Rialto. — Pourquoi pleurez-vous? — Mon père est embarqué et ma mère est morte. — Venez avec moi, car moi aussi je pleure et comme vous je suis seul.

« Elle le suivit. Elle lui donna sa beauté , il lui donna son cœur. Mais Dieu sans doute ne bénit pas ces fiançailles.

« Pourtant ils espérèrent. Lui, le grand peintre, il avait fait

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