RÉFLEXIONS
n est oïdlnaire aux yo jageur» gui passent les mers de faire naittre âes orages; et tont c&qui ii*est point calme est pour eiïx uxw teixipé^eeoûtînaelle qui brise leurs vaisseaux contre le flrmament,. et tantôt les jette jus-» qu» dans les enfers : œ sont les manières de. parler do quelques-uns. Pour moi^ sans ampliâeTi ks choses, je vous dirai que la mer Baltique est célèbre en naufrages, et qu'il est raÈre d'y passer pendant Tautonmej car elle n'est^intnavigable l'hiver, sans v être pris du mauvais temps. Nous avons été obligés de rei&<^r en cinq ou six endroits; et ce passage, qu'on fait^ ordinairement en trois ott quatre jours, nous a retenais.
Ces dlsgr&ees ont servi à quelque chose, el le temps que nous sommes demeurés à l'aïkcre n a pas été le plus mal employé de nm vie. «Tailais tous lesjours passer quelques heures sur des rochers escarpés, où la hauteur^ies précipices et la vue de la mçr n'entretenaient pais mal mes rêveries* Ce futdans ce» conversations intérieures que je m'ouvris tout entier à moi-même, et que j'allais ctarcher dans les replis de mon cœur les senA« mcnts les plus cachés et les déguisements les plus secrets, pour me mettre la vérité devast les yeux, sans fard, teUe qu'elle était ea.
IV r£flei:ion3
effet. Je jetai d'abord la yue sur les agitations de ma vie passée, les desseins sans exécution, les résolutions sans suite, et les entreprises sans succès. Je considérai l'état de ma vie présente, les voyages vagabonds, les changements de lieux, la diversité des objets, et les mouvements continuels dont j'étais agité. Je me reconnus tout entier dans l'un et dans l'autre de ces états, où l'inconstance avait plus de part que toute autre chose, sans que Tamour-propre vînt flatter le momdre trait qui empêch&t de me reconnaître dans cette peinture. Je jugeai sainement de toutes choses. Je conçus que tout cela était directement opposé à la gociÊb^ de la vie, qui consiste uniq^u^ement dansle repos; et que cette tranquillité d'&me si heureuse se trouve dans une douce profession, qui nous arrête comme l'ancre fait un vaisseau retenu au milieu de la tempôte/Tous ees desseins vagues, ces vues qui s'étendent sur l'avenir, les Chimères, les imaginations de fortune, sont des fantômes qui nous abusent, que nous prenons plaisir de nous former, et avec lesquels notre esprit nous joue. Tous les obstacles que l'ambition fait naître, loin de nous arrêter, doivent nous faire dé-' fier de nous-mêmes, et nous faire appréhender davantage.
Vous savez, monsieur, comme moi, que le choix d'un état est cequMl y a de plus difficile dans la vie : c'est cequi fait qu'il y a tant de gens qui n'en embrassent aucun, et ^ui, demeurant dans une indolence continuelle, ne vivent pas comme ils voudraient»
mais comme ils ont commencé, soit par la crainte des fâcheux événements, soit par l'amour de la mollesse et la fuite du travail» on par quelques autres raisons.
Il y en a aautres qu'un échec ne flxe pas HMNtM C0UE6C LIBRARY SEQUCITOr •lUSW.IlOWUNO MVQHMI iiJiW ^oogle
RÉPLIxioNS ▼
entièrement, et. se laissant toujours emporter à cette légèreté qui leur est naturelle, pour être dans le port, ils n*en sont pas plus en ïepos z ce sont de nouveaux desseins qui les agitent et de nouvelles idées de fortune qui les tourmentent. Ces gens ne changent que pour le plaisir de chaufirer, et par une légèreté naturelle ; ce qu'ils ont quitté leur platt toujours infiniment davantage que ce qu'ils ont pris. Toute la vie de ces personnes est une continuelle agitation; et si on les voit quelquefois se fixer sur la fin de leurs jours, ce n'est pas la haine du changement qui les retient, mais la lenteur de la vieillesse, incapable de mouvement, qui les empêche de rien entreprendre : semblables à ces gens inquiets qui ne peuvent dormir, et qui, à force de se tourner, trouvent enfin le repos que la lassitude leur procure.
Je ne sais lequel de ces deux états est le
§lus à plaindre, mais je sais qu'ils sont tous eux extrêmement fâcheux. De \k viennent ces dérèglements de l'&me, ces passions immodérées qui font qu'on souhaite plus qu'on ne peut ou qu'on n ose entreprendre ; qu'on craint tout, qu'on espère tout et qu'on cherche ailleurs un bonheur qu'on ne peut trouver Sue chez soi. De là viennent ces ennuis, ces égoûts de soi-même, ces impatiences de son oisiveté, ces plaiutes qu'on fait de ce qu'on n'a rien à faire. Tout déplaît, la compagnie est à charge, la solitude est affreuse, la lumière fait peme, les ténèbres affligent, l'agitation lasse, le repos endort, le monde est odieux; et Ton devient enfin insupportable à sollôme. Il n'y a rien que ces sortes de péronés ne veuillent; et la prévention qu'ils t d'eux-mêmes les pousse à tout entreendre. L*ambition leur fait tout trouver isçible; mais le courage leur manque et leur
d byGoogle
f I RÉnjoEiom
irrésQhxtîQQf le»: «vrête. L!élèiperaeiit(ïeB au«
treSf qub'ilB) fimt cantinaiieilemen't; xiôTaiiit' le» yeux, s^rt tantlik à eolreteiûr leurs vagues^ deeseins et àuiaffîeister leur ambôtion, et taân tôtt, les exposer e» preié: àla^jaioasie^Itl sonS&exit lni^patiemHient la fôitime des nxL*très ; ils souhait eiSit leur «baiseement : parce qufils n'ont p« sféteîrer^.etîla^ des*nic*i©|i de leur fiortnnB pacœ qu'ils dilseapèrent d^es faire iHie pare&e»
Osa gens aeciœent) eemlniniiélleQQaexit. hi CtDHSvté de leor mauvaise fortune, se pic^ ënant toujouira det la d ui^eté dia siècle et^ae la ; dépravatioa du. genre humai» : ils eirtrep!Wii>t nent des vc^ages de long cours; ils ffarrachent de leur patrie, et cherchent dès climats qu'un autre soleil échauffe. Tantôiip ild se commettent à; l'inclémeiree de la- mer, et tantôt rebutés, ou de son calme ou de ses orages, ils se reqiettent sur terre. Aujourd'hui la mollesse de l'Italie leur plaît, et ils ; n'y sont pas pluîtôt qu'ils regrettent la France avec tous ses plaisirs^ Sortons de la TfUe dira run,la vertu y est, opprimée, le ^ce'et le luxe y régnent, et je ne sanirai» plus y supporter le bruit.J^tournonsàla ville^ dirais t-îf bientôt après» je, laoBguis dans la solin tude : l'homme n'est, pas né pour vivre^avee* les bêtesf et il y ai trop, loingtemp» que je n'entends plus ce doux:fraeas' qui se trouve, dan» la cenfosion de' la ville. Un vc^ag^ n'est pas plus t^ :ffm, qu'il en en^epreim un autoe. Ainsi, se^ fuyant lioujours^M-mème.
il ne peut s'-éviter ; il ^ port© touiours avec lut son inconstance; et la source de son mai estdans lui^même^ sans qWil lax^onnaisse.
À,,.-;.- ^^"''Wjr>^,./ //^f
VOYAGE m MPONm ^
Les voyages ontîeurs traTatnc comme lenrs plaisirs; mais îes fatig-aes qui se trouvent dans cet exercice, loin de nous rebuter, accroissent ordinairement Tcnvie de voyager.
Cette passion, irritée par les pehies, nous engage insensiblement à aller plus loin que nous ne voudrions; et Ton sort souvent de chez soi pour n'aller qu'en Hollande, qu'on se trouve, je ne sais comment, jusqu'au bout du monde. La même chose m'est arrivée, monsieur. J'appris à Amsterdam que la cour de Danemark était à Oldembourg, qui n'en est qu'à trois journées : j'eusse témoigné beaucoup de mépris pour cette cour, et bien peu.de curiosité, si je n'eusse été la voir.
Je partis donc pour Oldembourg; mais I0 hasard, ^ me voulait conduire plus loin, en avait fait partir le roi deux jours avant que j'y arrivasse. On me dit que je le trouverais encore ^ Altona, qui est à une portée de mouiih
.. yr. X A ^^'^ '^^'
quet de Hambourg. Je crus êtreoblipré d'hon neur k poursuivre mon dessein et à faire en' core deux ou trois jours de marche pour voil
)ce que je souhaitais. De plus, Hambourg esl js ^l'j X une ville anséatique fameuse pour le commerce qu'elle entretient avec toute la terre, el . recommandable par ses fortifications et sol
; gouvernement. J'y devais rencontrer la cou
'] de Danemark; je n'y vis cependant qu'uni
I partie de ce que je voulais voir : je n'y trou
î vai que la reine mère et le prince Georges
'" son fils, qui allaient aux eaux de PyrmonI
! Je vis Hambourg, dont je fus fort conteni
mais, après avoir tant fait de chemin pov voir le roi, je crus devoir l'aller chercher dai la ville capitale, où je devais infaiUiblemei le trouver. J'entrepris le voyage de CopenhJ gue. M. l'ambassadeur me présenta au r(^ j'eus l'honneur de lui baiser la main et i l'entretenir quelque temps. Le séjour que j fj. r/J fis à Copenhague me fut infiniment agréable et j'y trouvai les dames si spirituelles et s bien faites, que j'aurais eu bien de la peine les quitter, si l'on ne m'eût assuré que j'i j trouverais en Suède d'aussi aimables. \Jt\
! trôme envie que j'avais de voir aussi le roi 4
j >, Suède m'engagea à partir pour Stockholn
î ■ , , , , Nous eûmes l'honneur de saluer le roi et i
l'entretenir pendant une heure entière. Ayaj connu que nous voyagions pour notre eu site, il nous dit que la Laponle méritaitd'é
DE LÂPONIS 9
?ae par les curieux, tant par sasituation que pour les habitants, qui y vivent d'une manière tout et fait inconnue au reste des Européens, et commanda môme au comte Steint-Biellce, grand trésorier, de nous donner toutes les recommandations nécessaires, si nous voulions faire cer voyage. Le moyen, monsieur, de réisister au conseil d'un roi, et d'un grand roi eomme celui de Suède! Ne peut-on pas avec W)n aveu entreprendre toutes choses? et peuton être malheureux dans une entreprise qu'il % lui-même conseillée, et dont il a souhaité k succès? Les avis des rois sont des commandements : cela fut cause que, après avoir mis ordre à toutes choses, nous mîmes à la voile pour Tomo le mercredi 23 juillet 168!, sur le midi, après avoir salué M. Steint-Bielke, grand trésorier, qui, suivant l'ordre qu'il avait reçu iurol son maître, nous donna des recomknandations pour les gouverneurs des pro- ^ces par où nous devions passer.
I Nous fiimes portés d'un sud-ouest jusqu'à ITecsoI, où l'on visite les vaisseaux. Nous ad- Éirftmes, en y allant, la bizarre situation de Stockholm. Il est presque incroyable qu'on ^t choisi un lieu comme celui où l'on voit eette ville pour en faire la capitale d'un royaume aussi grand que celui de Suède. On dit que les fondateurs de cette ville, cherchant an lieu pour la faire, jetèrent un bâton dans la mer, dans le dessein de la bâtir au lieu où
^igteed by GoOglC
îù VOYAGS
il s'arrêterait : ce bâton s'arrôta^ où Yt>Jï vmt présentement cette ville, quin^a ricnd'aflCteax que sa situation; car les bâtiments en sont fort superbes et les habitants fortr civils.
Nous vîmes la petite île d' Aland, k quarante milles de -Stockholm; cette île est très-fertae et sertdorretraite aux élans, qui y passent de Livonie et de Carélie, lorsque ITiiver leur a faut un passage sur les glaces. Cet animal est de la hauteur d'un cheval et d'un poil tirant sur le blanc; il porte un bois comme un daim et a le pied de même fort long; mais il le surpasse en légèreté et en force, dont il se ! sert contre les loups, avec lesquels il se bat souvent, La peau de cet animal appartient au roi; et les paysans sont ol?ligés, sous peine de la vie, de la porter^u gouverneur.
En quittant cette île, nous perdîmes là terre . / de* vue, et ne la revîmes que le vendredi matinr, k la hauteur d'Hemen ou Hemesand, éloir gnée de Stockholm de cent milles, qui valent trois cents^ lieues de France; et le vent demeurant toujours extrêmement violent, nous ne fûmes pas longtemps à découvrir les îîes d'Ulfen, Schagen et Ooben; en sorte que, le samedi matin, nous trouvâmes que nous avions laissé TAngermanie, et que nous étions à la hauteurii*Uma, première ville de Laponie, qui prend son nom du fleuve qui l'arrose Cette ville donne son nom à toute la province qu'on appelle Urna Lapmark. Me se
DB LAPONIE il
trQfat««iai;reiiAe4mitièaiB degré ^iongttinle et<auaoixante-clii<¥Uftè>me'<mee minirtesdûia- 'tttoiiè, éloignée de Stocklidlm i4ie' cfHt oinquas4» fBiiles, : faisant < teindron t^uatre eent eteqtmttelienresfnattgakes.
NoiK décoifrrtaïes ie t-aamedi tee Jto ide 2^^^*^^' • Quercken; et le vent, continuaat tOTfjours :Biixl-8ud-oaest, naua ût voir aur le midi la peîtite lleiie Ra^aiii; Btsnr des quatre heures du même jonr, nous nous trouvâmes à la.iiaui»\a da cap de Burackkibexi.
Quand nous eûmes passé ce petit cap, nous ^eoûimes la ierre iàt Tue; et le dimanche -7 matin, de mot a'étsvt /tenu an Bud toute la nuit, nous nous trouvâmes à la iiautenr.de 'lia&Ermr: petite die à Amitiaiilles 'ùb Tomo. Il en sortit (des pêcheuBS dai» une petite btcrqueMaussi mineexine }^n aie vu de laa vie, âiont les plaaehes étaiieiit ec^usnes ensAmbtey à la nxMhe des itâsses. ûs noua apportèrent du^^rume/m, etnoas;leur donnâmes du bisenit et -de i'«au-de*vie, avec quoi.ils s'en retournèrent tort coAt^sift».
.Le vent demeurant toujours «extrômement favorable, nous arrivâmes à une lie«e de Toiaovoù nous mouillâmes l^aacre.
Il est assez difficile de croire qu'on ait ;pu lajre un aussi long chemin que celui que aoils fîmes en quatre jours 4e temps. On eompte de Stockholm à Tomo deux cents 10^08 de Suède, p«r imty «qui valent six
cents lieues de France ; et nous fîmes tout o chemin avec un vent de sud et sud-sud-oues si favorable et si violent, qu'étant partis I mercredi de Stockholm, nous arriv&mes à h même heure le dimanche suivant, sans avoii été obligr^s de changper les voiles pendant touj le voyage.
Torno est situé à l'extrémité du goIf( Bothnique, au quarante - deuxième deg« vingt -sept minutes de longitude, et an soixante-septième de latitude. C'est la der nière ville du monde du côté du nord ; 1( reste Jusqu'au cap n'étant habité que par dea Lapons, gens sauvages qui n'ont aucune de* meure fixe.
CTest en ce lieu où se tiennent les foires ces nations septentrionales pendant rhivei lorsque la mer est assez glacée pour y ve:
en traîneau. C'est pendant ce temps qu'on voit de toutes sortes de nations du Nord, Russes, de Moscovites, de Finlandais, et d^ Lapons de tous les trois royaumes, qui ^ viennent ensemble sur des neiges et sur dej glaces, dont la commodité est si grande qu'on peut facilement, par le moyen dei traîneaux, aller en un jour de Finlande ei Laponie, et traverser sur les glaces le seii Bothnique , quoiqu'il ait dans les moij dres endroits trente ou quarante milles d Suède. Le trafic de cette ville est en po «ons, qu'ils envoient fort loin; et la rivière
OB LâPONIE 13
Torno est si fertile en saumons et en brochets, qu*elle peut en fournir à tous les habitants de la mer Baltique. Ils salent les uns pour les transporter, et fument les autres dans des basses-touches qui sont faites comme des bains. Quoique cette ville ne soit proprement qu'un amas de cabanes de bois, elle ne laisse pas de payer tous les ans deux mille dalles de cuivre, qui font environ mille livres de notre monnaie.
Nous loge&mes chez le patron de la barque qui nous avait amenés de Stockholm. Nous ne trouv&mes pas sa femme chez lui ; elle était allée à une foire qui se faisait à dix ou douze lieues de là, pour troquer du sel et de la ûirine contre des peaux de reunes, de petits-gris et autres : car tout le commerce de ce pays se fait ordinairement en troc ; et les Russes et les Lapons ne font guère de marchés autrement.
Nous all&mes le jour suivant, lundi, pour voir Joannes Tomseus, homme docte, qui a tourné en lapon tous les psaumes de David, et qui a écrit leur histoire. C'était im prêtre de la campagne : il était mort depuis trois jours, et nous le trouv&mes étendu dans son cercueil avec des habits conformes à sa profession, et qu'on lui avait fait faire exprès : il était fort regretté dans le pays, et avait voyagé dans une bonne partie de l'Europe.
Sa femme était d'un autre côté^ couchée
sur sonlit^ gtd témoignait, par ses Bottpîrs' et par ses pleurs, le re^et qu'elle avait de perdre un tel marL Quantité d'autres femmes ses amies environnaient le Ht, et répondaleait par leurs gémissements à la douleur de la veuve.
Mais ce qui consolait un peu dans une^ si grande affliction et une tristesse si générale, c'était quantité de grands pots d'argent ftîits à Tantique, pleins, les ims de vins de France, d'autres de vins dTEspagne, et d'autre»
d'eau-de-vie, qu'on avait soin de ne pas laisser longtemps vides. Nous tâtâmes de toat; et la veuve interrompait souvent ses soupirs pour nous presser de boire; elle nous fit môme apporter du tabac, dont nous ne voulûmes pas prendre. On nous conduisit ensuite au temple dont le défunt était pasteur, où.
nous ne vîmes rien de remarquable; et, prenant congé de la veuve> il fallut encore boire à la mémoire du défunt, et faire, monsieur, ee qui s'appelle libare manibus.
Nous allâmes ensuite chez tme personne qui était en notre compagnie : la mère nous reçut avec toute Tafifection possible ; -et ^es gens, quî n'avaient jamais vu de Français, ne savaient comment nous témoigner la joie qu'Us avaient de nous voir en leur pays.
Le mardi, on nous apporta quantité de fourrures à acheter, de grandes couvertures fourrées de peaux de lièvre blanc, qu'on vour
AE ULPONIE 15 \
lait donner pour un écu. On nous montra aussi des liabits de Lapons, fait» de peaux de jeunes. rennes, avec tout l'équipage, les bottes, les gants, les souUers, la ceinture et le bonnet. Noua allâmes le môme jour à la chasse autour de la maison : nous trouvâmes quantité de bécasses sauvages, et autres animaux inconnus en nos pays, et nous nous étonnâmes que les habitants que nous rencontrions dans le pa^s ne noua fuyaient pas moins que le gibier.
Le mercredi, nous reçûmes visite des ^V/*^*^^^' bourgmestres de la. ville et du bailli, qui nous ârent ofû:e de service en tout ce qui serait en leur pouvoir. Us nous vinrent prendraaprès. le dîner dans leurs barques, et nous menèrent chez le. prêtre de la ville, gendre du. défunt Tomaeus,
Ce fut là où. nous vîmes., pour la première foia.un traîneau lapon, dont nous admirâmes la atructuroi Cette machine, qu'ils appellent pufea^^est faite comme un petit canot, élevée BUT le devant pour fendre la neige avec plus de TadUté. La. proue n!esi faite que d'une seuleplauche, et le corps estcomposé de plusieurs mcttcewix de, bois qui sont cousus ensemble ayec. de gros âl de renne, sans qu'il y entre UQ seul clou, et qui se réunissent sur le devant à. un morceau, de bois afisez fort, qui ^giie tout du long parrdesaus, et qui, excé- ^t le reste de. l!oavrage,, fait le même e£Eet
19 TOYAGB
^ue la quille d'un vaisseau. C'est sur oe morceau de bois que le traîneau glisse; et comme 11 n'est large que de quatre bons doiérts, cette machine roule continuellement de côté et d'autre : on se met dedans jusqu'à la moitié du corps, comme dans un cercueil; et l'on vous y lie, en sorte que vous êtes entièrement immobile, et l'on vous laisse seulement l'usage des mains, afin que d'une vous puissiez conduire le renne, et de l'autre vous soutenir lorsque vous êtes en danger de tomber. Il faut tenir son corps dans l'équilibre; ce qui fait qu'à moins d'être accoutumé à cette manière de courir, on est souvent en danger de la vie, et principalement lorsque le traîneau descend des rochers les plus escarpés, sur lesquels vous courez d'one si horrible vitesse qu'il est impossible de se ûgurer la promptitude de ce mouvement, à moins de l'avoir expérimenté. Nous Boup&mes ce même soir en public avec le bourgmestre; tous les habitants y coururent en foule pour nous voir manger. Nous arrêtâmes ce même soir notre départ pour le lendemain, et prîmes un truchement.
Le jeudi, dernier juillet, nous partîmes de Tomo dans un petit bateau finlandais, fait exprès pour aller dans ce pays : sa longueur peut être de douze pieds, et sa largeur de trois. Il ne se peut rien voir de si bien travaillé ni de jû léger; en sorte que deux ou
DE lAPONIE 17
trois hommei» peuvent porter facilement ce bâtiment lorsqu'ils sont obligés de passer les cataractes du fleuve» qui sont si impétueuses qu'elles roulent des pierres d*unç grosseur extraordinaire. Nous fûmes obligés d'aller à pied presque tout le reste de la journée^ à cause des torrents qui tombaient des montagnes, et d'un vent impétueux qui faisait entrer l'eau dans le bateau avec une telle abondance, que, si Ton n'eût été extrêmement prompt à la vider, il eût été bientôt rempli. Nous allâmes le long de la rivière toujours chassant; nous tuâmes quelques pièces de gibier, et nous admir&mes la quantité de canards, d'oies, de courlis, et de plusieurs autres oiseaux que nous rencontrions à chaque pas. Nous ne fîmes pas ce jour-là tout le chemin que nous avions déterminé de faire, à cause d'ui^e pluie violente qui nous surprit, et nous obligea de passer la nuit dans une maison de paysan, à une lieue et 4emie de Tomo.
Nous marchâmes tout le vendredi sans l o^i-^ sous reposer, et nous fûmes depuis quatre henres du matin jusqu'à la nuit à faire trois milles; si Ton peut appeler la nuit im temps <^ù Ton voit toujours le soleil, sans que l'on puisse faire aucune distinction du jour au lendemain.
Nous fîmes plus de la moitié du chemin a pied, à cause des torrents ef[ïroyables qu'il
18 VOTABB
fallut stmnoBter. Nom fûmes môtee'oMg^ de porter notre bateau pendant quelque espace de chemin, et nous eûmes le^^aisir de voir en même temps descendre deux petites barques au milieu de ces cataractes. L'oiseau le plus Yite et le plus léger ne^peut aller doucette impétuosité; et la vue nepeufrflfuivre la course de ces bâtiments^ qui se^ dérobent aux yeux, ets^nfoneent tantôt dans les vagues, où ils semblent ensevelis, et tantôt se relèvent d'une hauteur surprenante.
Pendant cette course rapide, le pilote est debout, et emploie toute son industriel éviter^ de» pierres d'une grosseur extraordinaire, et à passer au milieu des roehers, qui ne kkis^ sent justement que la. largeur du beEteau, et qui briseraient ces petites' chaloupes en mOle pièces, si éùts y touchaient le nvoùis du monde.
Nous tuâmes ee Jour^là dans les bois deux fafeandeaux, trois canards et deux ceroeHesv sans nous éloigner de notre chemin, pondant lequel nous fûmes extrémemeirt ineem^ modes des moucheron», qui sonft là peste de ce pays, et qui nous firent désespérer; Les Lapons n'ont point d'autre remède contre ce»
maudits animaux que d'empHr de fumée le lieu où ils demeurent; et nous remarquftme»
sur le chemin que, pour garantir leur bétail de ces bêtes importunes, ils allument un grand feu dans les endroits où paissent
lem Tax^boB {que bous 'trciwv&ines toittea blandieB), à la famée duquel «lies ae mettent, et ebassent ainsi les aaovcbercMis, qui n'y saiz^aiéut durer. '
Nous fîmes la aénie cliose, «et nous sous enfermftœes lorsque uousiûme» arrivés chez un Allemand qui est depuis trente ans àmiB le pays, et qui reçoit le tribut des Lapons pefor le roi de Suèâe^ Il nous dit que ee peuple était obligé de se trouver eu un certain lieu qu^on lui assigne l'année précédente peur apporter ce qu'il doit, et qufon prenait «udinairementle temps* de rincer, à cause de la commodité qull donne <aux Lapons de venir sur les glaees par le moyen de leurs rennes.
Le tribut qu'ils pajent est peu de chose ; et aest une polîtîq^ du roi de Suède, ^, pourtenir toujours ces peuples tributaires à sa comKmne, ne les charge qve d'un médiocre impôt, de peur que les Lapons, qui n'ont point de demeure fixe, et h qui toute Téitendue de la Lapome eert de maison, n'aillent sur les terres d'im autre, pour éviter les Texations du prince de qui ils seraient trop ■surchargés. H y a pourtant de ces peuples qui payent plusieurs tributs * à difTérents États; et quelquefois un Lapon sera tributaire du roi de Suède, de celui de Danemark, "et du grand-duc de Moscovie. Os payeront BU premier, parée qu'ils demeurent sur «es État»; il l*autro» parce quil leur permet de
20 VOTAOB
pêcher da côté de la Norwége, qui lui appartient; et au troisième, à cause qu'ils peuvent aller chasser sur ses terres.
Il ne noiis arriva rien d'extraordinaire pen- 2 c^tLt dant tout le chemin que i^ous fîmes le samedi; mais sitôt que nous fômes arrivés chez un paysan, nous nous étonnftmes de trouver tout le monde dans le bain. Ces Ueux, qu'ils appellent basses-touches ou bains, sont faits de bois, comme toutes leurs maisons. On voit au milieu de ce bain un gros amas de pierres, sans qu'ils aient observé aucun ordre en le faisant, que d'y laisser un trou au milieu, dans lequel ils allument du feu. Ces pierres, étant une fois échauffées, communiquent la chaleur à tout le lieu; mais ce chaud s'augmente extrêmement lorsque l'on vient à jeter de l'eau dessus les cailloux, qui, renvoyant une fumée étouffante, font que l'air qu'on respire dans ces bains est tout de feu. Ce qui nous surprit beaucoup fut que, étant entrés dans ce bain, nous y trouv&mes ensemble filles et garçons, mères et fils, frères et sœurs, sans que ces femmes nues eussent peine à supporter la Yne des personnes qu'elles ne connaissaient point. Mais nous nous étonn&mes davantage de voir de jeunes filles frapper d'une branche des hommes et des garçons nus. Je crus d'abord que la nature, affaiblie par de grandes sueurs, avait besoin de cet
DB IJ^PONII( 21
artifice pour faire voir qu'il lui restait encore quelque signe de vie; mais* on me détrompa bientôt, et j'ai su que cela se faisait afin que ces coups réitérée, ouvrant les pores, aidassent à faire faire de grandes évacuations»
J'eus de la peine ensuite à concevoir comment ces gens, sortant nus de ces bains tout de feu allaient se jeter dans une rivière extrêmement froide qui était à quelques pas de la maison ; et je conçus qu'il fallait que ces gens fussent d'un fort tempérament, pour pouvoir résister aux effets que ce j^rompt changement > du chaud au froid pouvait causer.
Vous n'auriez jamais cru, monsieur, que les Bothniens, gens extrêmement sauvages»
eussent Imité les Romains dans leur luxe et dans leurs plaisirs; mais vous vous étonnerez encore davantage quand je vous aurai dit que ces mêmes gens, qui ont des bains chez eux comme les empereurs, n'ont pas de pain k manger. Ils vivent d'un peu de lait> et se nourrissent de la plus tendre écorce qui se trouve au sommet des pins. Ils la prennent lorsque l'arbre jette sa sève; et, après l'avoir exposée quelque temps au soleil, Ils la mettent dans de grands paniers sous terre, sur laquelle ils allument du feu, qui lui donne une couleur et un goût assez agréables. Voilà, monsieur, quelle est pendant toute l'année la nourriture de ces gens, qui cherchent avec
Ît2 f VIWA6B
sdkfteB 'deHces du bain, «t qui peuvent se pgseer d« pafaa. "^-
f9oixB fûmes assez heureux -à la «liasse le 'Art^^ «éîmanche : -nous rapportâmes quantité de -gifeier, mais nous ne Tîmes rien qui mérite 'd'être écrit, qu'une paire de ces lOTigxies l^anéfees de bois de sapin avec lesquelles )es Xapons courent d'une si extraordinaire vitesse, qu'il n'est point d'animal, si prompt • qull puisse "être, qu'ils n'attrapent facflement, lorsque la neige ^st assez dure pour les soutenir.
6es planches, extrêmement épaisses, Bont de la longueur de deux aunes et larges tf un demt-pted; elles sont relevées *en poâxte sur le devant^ et percées au milieu idans Féj^K^eenr, qui est assez considérable en cet androit pour pouvoir y passer un cuir qui tient les pieds fennes et immobiles. Le Lapon qui est dessus tient un long bâ/ton à la mam, <yù, d'un côté, est attaché un rond de bois ^fin qu'il n'entre pas dans la neige, et dé l'autre, un fer pointu. Il se sert de ce bA;ton pour se donner le premier mouvement, pour «e soutenir en courant, pour se conduire âans sa course, et pour s'arrêter quand il veut; c'est aussi avec cette arme qu'il perce les bêtes qu'il poursuit, lorsqu'il en est assez près.
Il est assez difi^Ue de se Ûgurer la vitesse <te ces gens, qui penivent avec ces insftru-
DE LAPONIB 2^
meots sorpasBer: la eooiErse âesbêtoBksiHIiw vites; mai» iL est impossible ù» ooneeTOir commraitils) peaTont se; soutenir en desce»dant les foBda pluspréeipitésy et cosmnent ils peuveiït monter les montagnee les plu»' escarpées C'est pourtant,, meioieuiv eoqu^il» font a¥eû une adxeoso: qui surpasse rimagi<^ nation» et qui est ai naturelle aux gens de* e» pays, qnet Ice femmes ne ^ sont pas moina^ adroites que leabommea à^se serrirtie cea planches. EUe&Toat visiter leurs paeenlsi, et entreprennent de ^ cetta manière les yogrageai les {dus difûeiies et lesiplos longa.
Le lundi nejfot remarquable que par la // qittntitô dfi gibiec qua nous TÎmes et qna noua tutUnes; nom. aviona ce jourt-là. {doa da vingt pièces donsr.imtcr dépense: ilestyrai:
que nous adueèàmesroin^.ou six canarda da quelques paysans qui. Tonaioit de les pian^ dre. Ces gens n'ont^point daistras arme&pour aller à la cliasse que l'avo ou TarbiUètei Ha se servent de l'aro contre les plus grandes b^St comme les ours^ les loups et les rennes sauvages; et lorsqu'ils veulex]^ prendre des animaux moinsi eonsidérables> ils em^ ploôentrarbalète^ qoi na difC^ra des nôtres que paz sa grandeur. Les^ haMtanta de oe pa^FB sont ai adraito kso sen/lr des anoea^ qu'ils sont sûrs de frapper le bvt d^anssi loin qu'ils 10 peuvent voir. L'oiseau la pluspattt ne leur échappe pas; et il s'en trouve même
24 VOIfAGE
quelques-uns qui donneront dans la tête d'une ai^ille. Les flèches dont ils se ser- V/Cnt so^t différentes : les unes sont armées de fer ou d'os de poisson» et les autres sont rondes, de la figure d'une boule coupée par la moitié. Ils se servent des premières pour Tare, lorsqu'ils vont aux gprandes chasses; et des autres pour l'arbalète, quand ils rencontrent des animaux qu'ils peuvent tuer sans leur faire une plaie si dangereuse. Ils emploient ces mêmes flèches rondes contre les petits-gris, les martres et les hermines, afln de conserver les peaux entières; et parce qu'il est difficile qu'il n'y reste la marque que le coup a laissée, les plus habiles ne manquent jamais de les toucher où ils veulent, et les frappent ordinairement à la tête, qui est l'endroit de la peau le moins estimé. j" A^A^ Nous arrivâmes le mardi à Kones, et nous , : '- y restâmes le mercredi pour nous reposer, et voir travailler aux forges de fer et de cuivre qui sont en ce lieu. Nous admirâmes les ma* nières de fondre ces métaux, et de préparer le cuivre avant qu'on en puisse faire des pelotes, qui sont la monnaie du pays lorsqu'elle est marquée du coin du prince. Ce qui nous étonna le plus, ce fut de voir un de ces forgerons approcher de la fournaise, et prendre avec sa main du cuivre qub la violence du feu avait fondu comme de l'eau» et le tenir ainsi quelque temps. Rien n'est plus
DE LAPONÎE 25
aflteux que ces demeures; les torrents qui tombent des montagnes, les rochers «t les t>ois qui les environnent, la noirceur et Tair sauvage des forgerons, tout contribue à former l'horreur de ce lieu. Ces solitudes affreuses ne laissent pas que d'avoir leur agrément et de plaire quelquefois autant que les lieux les plus magnifiques; et ce fut au milieu de ces rochers que je laissai couler ces vers d'une veine qui avait été longtemps stérile.
Tranquilles et sombres forêts.
Où le soleil ne luit jamais Qa'&u travers de mille feuillages, Que TOUS avez pour moi d'attraits I £t qu'il est doux, sous vos ombrages.
De pouvoir respirer en paixl
Que j'aime à voir vos cbânes verts, Presque aussi vieux que l'univeni, Qui, malgré la nature émue Et ses plus crueU aquilons.
Sont aussi silùrs près de la ona Que les épis dans les sillonsl
Et vous, impétueux torrents, Qui sur les rochers murmurants Boulez vos eaux avec contrainte.
Que le bruit que vous excitez Cause de respect et de crainte A tous ceux que vous arrêtez I
Quelquefois vos rapides eaux.
Venant arrêter les roseaux, Forment des étangs pacificfues Oii les plongeons et les canards.
Et tons les oiseaux aquatiques.
Viennent fondre de toutes partt»
te YOTAGB
iOhBÊitktê FoîrvMt èss.poi»M9 ,Qui, sftDs cniodre les namecons, Oaitteût îeurs '^etneare» profonttes, £t, poorpiaadn un finkàe Boit«*wii% Las de folâtrer xlans les ondas, ' S^élancent^ et saiitent sur l'eau.
Tous cas édiâces détraits, Et ces respectables débris Oa'oQ ToH sur cette noobe okscine, Soot plus baaor oua las bftlinipints Où Tor, l'azur et la peinture ^Forment Je» moindres eroeoMiits.
Le temps y laisse quelques trous Pour la demeure des hiboux; l^t les botes d'un cri funeste, Les oiseaux sacrés à la nuit.
Dans l'horreur de cette retraite Trouvent teoiofiRsnra sAr 'réduit.
Nous partîmes de ces forges, pour aller à d'autres qui en sont éloignées de dix-huit milles de Suède, qui Talentenviron cinquante lieues de France. Nous nous servîmes toujours de la môme voie, n'y en ayant point d'autre dans le pays, et continuâmes notre chemin au nord sur la rivière. Nous apprîmes qu'elle changeait de nom, et que les habitants l'appelaient Wilnama Suanda. Nous passâmes toute la nuit sur l'eau, et nous arrivâmes le lendemain» vendredi, dans une pauvre cabane de paysan, dans laquelle nous ne trouvâmes personne. Toute la famille, qui consistait en cinq ou six personnes, était dehors; une partie était dans les bols, et l'autre était allée à la pèche du brochet. Ce poisson, qu'ils
DB LAPOMIE 27
ils ne le.prenfient'poiBifeMfec éEM rêts^ comsa» on fait les ftutrea; in&i% ,ea ^umitat du fto. sur la proiMr de. leuc p^ijte; lx«quo, ils^ attidr^itlA p^8SAn^àiLaJu6ii£ d«isette:âaaua«^. et lalifijip(mQ^> a^e un. Icmgi bitoa^ acaûé^ de fer, detlaonaiûère. qui^iv nooâtxefffésente iintrident. Ils<e&.pfennfia^t/emi|tta«kitéi, 9t> d*im» grosseur eactiwiwdiQBirQ; et. la natoMé comme vme bonne mère» leur ri^teantlaifertiMiéfdela teEie^ leur aceMde rabendaacet' deseaox.
Huônl'efn ftvaoce^ daas lerpaya^ et pUia< la miser &«st Bxtrôme. Onue oonnalt pluftl'uaage; du blé : leà os de> poisson, bvoyéS; a^iea rôcoree des arbres^ Jeor sc^y^nt de pain;, et», malgcé (Bettamécbantenourriture, ieeapauyrea g&aa, vivent dans une santé parfaite. Né.
eannaiasant pioint de médeoina» il ne faùtpas s'étomer a'âe ignoi»nt aussi les maladies, et s'ils vont jus(^'à. une vieôllesse.si avancéot qa!ils passeat. ordinairement cent ans; et quelques una cent cùiquaate»
Nous, ne fîmes le samedi qj«e l<ort> peu de chemin^ éèaot restés tonii le. jaur dans imft peMte maison, qui est la dernôèra qlii a» rencontre daAS lepa^ira. Nous eûmes di£B6rents plaisirs pendant le temps que nous s^umftme» dans cette cabanne. Le premier fut de nous occuper tous ii différents exercices aussitôt que. noua fOimea aorivés* L'm
28 VOTAGE
coupait tin arbre sec dans le bois prochain^ et le tratnait avec peine au lieu destiné; l'autre, après avoir tiré le feu d*un caillou, soufflait de tous ses poumons pour l'allumer; quelques-uns étaient occupés à accommoder un agneau qu'ils venaient de tuer; et d'autres, plus prévoyants, laissant ce? petits soins pour en prendre de plus importants, allaient chercher sur un étang voisin, tout couvert de poisson, quelque chose pour le lendemain.
Ce plaisir fut suivi d'un autre ; car sitôt qu'on se fut levé de table, on fut d'avis, à cause des nécessités pressantes, d'ordonner une chasse générale. Tout, le monde se prénara pour cela; et, ayant pris deux petites barques avec deux paysans avec nous, nous nous abandonnâmes sur la rivière à notre bonne fortune. Nous ftmes la chasse la plus plaisante du monde et la plus particulière. Il est inouï qu'on se soit jamais servi en France debfttons pour chasser; mais il n'en est pas de môme dans ce pays : le gibier y est si abondant, qu'on se sert de fouet et même de b&ton pour le tuer. Les oiseaux que nous prîmes davantage, ce fut des plongeons; et nous admirions l'adresse de nos gens & les attraper. Ils les suivaient partout où ils les voyaient; et lorsqu'ils les apercevaient nageant entre deux eaux, ils lançaient leur bftton et leur écrasaient la tête dans le fond de l'eau avec tant d'adresse, qu'il est difficile de
DE I.APONIE 29
Bd figurer la promptitude aVec laquelle ils font cette action. Pour nous, qui n'étions point faits à ces sortes de chasses, et de qui les jeux n'étaient pas assez fins pour percer tusque dans le fond de la rivière, nous frappions au hasard dans les endroits où nous voyions qu'ils frappaient, et sans autres armes^ que des b&tons; nous fîmes tant, qu'en* moins de deux heures nous nous vîmes plus de vingt ou vingt-cinq pièces de gibier. Nous retournâmes à notre petite habitation, fort contents d'avoir vu cette chasse, et encore plus de rapporter avec nous de quoi vivre pendant quelque temps. Une bonne fortune, comme une mauvaise, vient rarement seule; et quelques paysans ayant appris la noavelle de notre arrivée, qui s'était répandue bien loin dans le pays, en partie par curiosité de nous voir, et en partie pour avoir de notre argent, nous apportèrent un mouton, que nous achetâmes cinq ou six sous, et qui accrut nos provisions de telle sorte que nous nous crûmes assez munis pour entreprendre trois jours de marche, pendant lesquels nous ne devions trouver aucune maison. Nous partîmes donc le dimanche du matin, c'est-à- ^^ dire à dix heures; car le soin que nous avions de nous reposer faisait que nous ne nous mettions guère en chemin devant ce temps.
Nous nous étonnâmes que, quoique nous fassions si avant dans le nord, nous ne lais-
sioDS ptSiàe venoQotrfir quanilUd'hiroi&âellei^ et i^aoïit doEMiadé. aux gens dapay^s quiiiouai coQfikiiaaieiit ce. qu'elles devenaient VfalTer» et M iàûes paasai^t dans les pays, chauds, jls nouB«6siirèrent qu'^elles. set mettadeiiLt en.pelotoBfi, e^ BjesifoQiS^^t dans la. bourbe, qui estttuibnd des laoa; qju'elles. Détendaient 1^ qUe^ie soleil, reprenafttsa vigueur, aUât dans leibnd4erX^s marais leur.rendre la vie qp»
lej&oiâ leur. avait ôtée. La! même chose m'avait été dite à Copenhague par M. ramJbassa*de^ir, et à Stockholm par quelque&pearsQnues^ mi»s j*avaiâ toujours eu beauooup de peine & croire que ces animaux, pussent vivre plus de six mois enseveli dans la terre sans aucune nourriture. C'est pourtant, la vérité; et cela m'a été. confirmé psur tant da gens» que je ne sauraiâ'.plas en douter. Nous. logeâmes ce jour-là à Coctuanda^ où commence la Laponie;\et le lendemain lundi^aprèa avoir fait quatre milles^ nous vînmes camper sur le bord da la rivière, où 11. fallut coucher sub ^iio, ^et où BOUS fîmes dea feux épouvantables pour noi» garantir de l'importunité des moucheroas. Nous tîmea un. grand, retranchement rond de quantité de g^os arbren secs, et dà plus petits pour. les allumer; nous nousjnînoiâs au milieu et .iîmea le plus beau feu qua ]'aie yu de ma vie. On aurait pu assurément charger uii de ces granda bateaux qui viennentà Poris du bois qu^ uoua conaum&mest
DK LleONlS 31
et il sto fallat peu qiràr Aouan&intmeB. le iëu % tonteia fordt. KoœdeiiBeiiff&meB au mUleu de ces feux'tcmteiaiiilit^etimaAiiocusiii^bixttB en chemin le lendernsm matÈQ, mardi, ^ur /-^ ^^*-^ iller aux minas de dnnme» <|ulA:étoi^t|i]|i8 Soignées que ide- deuK lieues. Nous primes notre chemin à Touest, suc une. petite rivi^ nommée Longasiodii, qui fonuait de temps en temps.des paysages lesphia agréaldes.que )'aie jama^ tub;^ et mpiès aiioir étéfiouyent obligés de porter noifare bateau, .âtute d'eau, nous arrivâmes là Siw)apars?a ou âuppaufiahaxa, où «ont les mintes de ouiTie. Ce lieu est éloigné d\me lieue de la rîTiAre, et il âdkit foire tout ce «hemiu à pied.
Noue ftoies extrêmement itéjpuifiy & notre arrivée, d^apprendreKjtfiliy aialliunPrançtis dans ce lieu. 'Vous nroyez, monsieur, qu'il n'y a point dtadrott, si reculé qi^ilipuâse être, où les Françaisrme se if asaent jour. U y «waât prèsde trente assqu^travaillait aux mines; il est vrai qu^il arvaiit i^s larmiibe d'un aau- Tage^qiie d'vn liomme; il ne laissa pas jde nous servir beau:to«ip, quDiqu!il eût presque oublié sa lai]ijgae;^et ILu^us fissura que depuis qu'il était en ce lieu, bœn loin d'y avoir 'vu des Françaistiln'y était Tenu aucun étranger <{dus voisin qulunlltiaien, iiuiipassail y,aen- , viron quatorae ana, et dont on n'a plus entendu parler depuis» Noim Urnes tout. doucement que e0tlKnnmeTep]:ltunpeu.da langue
32 VOTÀGV
naturelle, et nous apprîmes de lui bien des choses que nous eussions eu de la peine à sa« voir d'un autre que d'un Français.
Ces mines de Swapavara sont à trente milles de Tomo et quinze milles de Konges (il faut toujours prendre trois lieues de France pour un mille de Suède). Elles furent ouvertes, il y a environ vingt-sept ans, pçir un Lapon
nommé , à qui Ton a fait une petite rente
de quatre écus et de deux tonneaux de fa« rine; il est aussi exempt de toute contribution. Ces mines ont été autrefois mieux entretenues qu'elles ne sont : il y avait toujours cent hommes qui y travaillaient; mais présentement, à peine en voit-on dix ou douze.
Le cuivre qui s'y trouve est pourtant le meilleur qui soit en toute la Suède; mais le pays est si désert et si épouvantable, qu'il y a peu de personnes qui y puissent rester, n n'y a que les Lapons qui demeurent pendant l'hiver autour de ces mines; et l'été ils sont obligés d'abandonner le pays, à cause du chaud et des moucherons, que les Suédois appellent alcaneras, qui sont pires mille fois que toutes les plaies d'Egypte. Ils se retirent dans les montagnes proche la mer occidentale, pour avoir la commodité de pêcher, et pour trouver plus facilement de la nourriture à leurs rennes, qui ne vivent que d'une petite mousse blanche et tendre, qui se trouve l'été sur les monts Sellices, qui séparât la Norwége de
i)E LAP0I41B 33
la Laponie, daivô Iqs pays les plus sopteutrio-
Nous allftmesle lendemain, mercredi, voir Z^? ^^'^ les mines, qui étalent éloignées d*ùne bonne demi 'lieue de notre cabane. Nous admirâmes les travaux et les abîmes ouverts, qui pénétraient jusqu'au centre de la terre, pour aller chercher, près des enfers, de la matière au luxe et à la vanité. La plupart de ces trous étaient pleins de glaçons; et il y en avait qui étaient revêtus, depuis le bas jusqu'en haut, d'un mur de glace si épais, queles pierres les plus grosses que nous prenions plaisir à jeter contre, loin d'y faire quelque brèche, ne laissaient pas même la marque où elles avaient touclié;et l'orsqu'elles tombaient dans lefond, on les voyait rebondir et rouler sans faire la moindre ouverture à la glace. Nous étions pourtant alors dans les plus fortes chaleurs de la canicule; mais ce qu'on appelle ici un été violent peut passer en France pour un très-rude hiver.
Toute la roche ne fournit pas partout le métal ; il faut chercher les veines, et lorsqu'on en a trouvé quelqu'une, on la suit avec autant de soin qu'on a eu de peine à la décou* vrir. On se sert pour cela, ou du feu pour amollir le rocher ou de la poudre poiur le faire sauter. Cette dernière manière est beaucoup plus pénible, mais elle fait incomparablement plus d'effet. Nous primes des pierres de toutes