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physionomie plus variée que celui que nous avions eu sous les yeux depuis le matin. Nous nous dirigeèmes vers Montreuil-sur-Mer, et nous atteignimes | Abbeville à minuit. De Boulogne à | Montreuil la route passe par plusieurs
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villages, traverse des praieries et des
cations bâties par Vauban. et qui en font
ci bois, longe des châteaux, descend dans
FE des vallées, monte sur des collines
1 toujours fort douces. Montreuil, situé à
| Ji trois lieues de l'océan, n’a rien de remar- L. L! quable que sa citadelle et ses fortifi- M Fi | À
une place de second ordre. Avant d'arriver à Abbeville, on chemine près du bourg et de la forêt de Crécy, devant lesquels se livra la mémorable bataille perdue par Philippe de Valois en 1346, 3 et un peu plus loin, devant Valéry, qui est à droite, à l'embouchure de la Somme, k et où Guillaume de Normandie s'embarqua avec cent mille hommeë, sur onze
cents voiles, pour aller débarquer à Hastings. Au nom de ces lieux mémorables, sous un ciel brillant d'étoiles, ii me semblait voir, comme dans ces poétiques peintures du passage de la mer rouge et du festin de Balthazar, par Martyn, les masses françaises, anglaises, normandes se déployer dans la plaine et sur le rivage, et leurs armes étinceler au milieu des ombres. Cette image grandiose me poursuivit une partie de la nuit.
Abbeville est, après Amiens, la ville la plus considérable de la Picardie. Au delà l’on traverse la Somme ct le canal du duc d'Angoulême. Plus loin encore on passe les bourgs ou villages d’Ayraines, Varlas, Poix, Grands-Villiers, Saint- Omer-en-Chaussée, pour arriver à Beauvais, ville renommée par la bizarrerie de ses usages et de ses cérémonies reli-
gieuses, et surtout par le courage de ses
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habitants. Assiégée en 1443 par une armée anglaise, elle fut sauvée par Jean de Lignière, qui se fit jour au milieu des ennemis jusqu'à la porte dont il fit tomber la herse après l'avoir fermée.
Ceux des anglais qui avaient pénétré dans la ville furent obligés de mettre bas les armes. Assiégée de nouveau en 1472 par le duc de Bourgogne à la tête de 80,000 hommes, les femmes s'y signalèrent sous la conduite de la célèbre Jeanne Hachette, qui se mit à leur tête.
et réunies à la garnison, elles défendirent vaillamment les remparts, Hachette ellemême tuant de sa propre main un soldat quis’avançait pour y planter un drapeau Le duc de Bourgogne fut obligé de lever le siége. Les femmes ont depuis le pas sur les hommes à la procession du 10 juillet.
Beauvais a encore donné le jour à plusieurs hommes célèbres, tels que
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Loysel, d'Abencourt, l'abbé Dubos, Lenglet-du-Frenoy, Restaut, Vaillant,
etc.
Lorsque l'aurore commença à poindre nous aperçûmes répandus çà et là, dans les champs, des maisons, souvent à deux étages, bâties en pierre ou en charpente claire, crépies des deux côtés, et dans les prés des chevaux, des bœnfs, des vaches, des moutons, qui me paraissaient bien de la même race que les nôtres à en juger par la taille. Pour les chevaux, c'était même encolure, même hauteur de jambe, même croupe, même tête.
Depuis que nous avions quitté la mer,
nous avions traversé le pays le plus industrieux de la France. Calais, par exemple, fabrique des tulles, de la bonneterie, du savon ; Abbeville, des soieries, des draps, des chapeaux, des serges, des baracans, des cordages, des armes à feu,
de la coutellerie ; Boulogne, des étoffes de laine, de la faïence, outre que cette ville a, comme Montreuil, des rafineries de sucre et de sel, des tanneries, des verreries, des savonneries, et qu'elle fait la pêche du hareng et de la morue ; Beauvais a des tapisseries établies par Colbert, en 1664, des manufactures de draps, de tapis, de toiles, d’indiennes, etc.
Nous arrivèmes bientôt à Beaumontsur-Oise, petite ville perchée sur une colline, dont la pointe la plus élevée est
couronnée par des ruines pittoresques.
Beaumont est environné de châteaux et de maisons de plaisance. C'est dans un de ces châteaux, appartenant à M.
Doublet, que se réunirent, pendant un demi-siècle, les gens de lettres de Paris, attirés par l'esprit de sa femme, et d’où sont sortis les fameux Mémoires de Bachaumont.
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Nous atteignimes Saint-Denis un peu pius tard, et nous entrâmes dans Paris vers six heures du soir. Ayant été obligé de coucher une nuit à Douvres et une autre à Calais, j'avais perdu un temps
précieux. Je ne pus atteindre la capitale
qu’à la fin de la dernière journée des fêtes de juillet.
Je descendis à l'hôtel Voltaire, quai Voltaire, en face de la galerie du Louvre.
La Seine seulement nous séparait. Je passai sur un balcon, d'où je pus voir le feu d'artifice qui se faisait sur le pont d’Arcole. 140 ou 150 mille hommes de troupes de ligne et de gardes nationales, dont nous avions rencontré un grand nombre en approchant de la ville, avaient été passés en revue dans la journée. La foule était immense sur les quais des deux côtés de la Seine et dans le jardin des Tuileries. C'était un vaste torrent
qui circulait en savourant les délices de son triomphe. Le spectacle que j'avais sous les yeux, avait quelque chose de feérique. À mes pieds c'étaient les quais où se pressait cette foule mouvante, et la Neine où se réfléchissaient mille flambeaux : en face, les Tuileries et la galerie du Louvre ; à ma droite, le Louvre, le portail de l'église de Saint- Germain l’Auxerrois et plusieurs ponts
jusqu'au Pont Neuf; à ma gauche le
Pont Royal, le pont et la place de la Concorde, le jardin des Tuileries, les arbres des Champs Elysées, et dans le Jointain l’arc-de-triomphe de l'Etoile tout rayonnant de lumières. Des lignes enflammées embrâsant l'horizon de tous côtés, éclairaient toute cette étendue, et permettaient aux monuments de dessiner leurs grandes masses sur les ombres,
tandis qu’à leur pied les rayons tombés
des flambeaux, doraient la tête des promeneurs et faisaient étinceler les armes des patrouilles.
Jamais pareil spectacle n'avait encore frappé mes yeux. Le ciel était enflammeé.
Des fusées de toutes les formes et de toutes les couleurs s'élevaient de tous les points de Paris. Le feu d'artifice du pont d'Arcole fut vraiment magnifique.
On envoya un bouquet tricolore dont la tige embrassait toute la longneur du pont sur lequel on s'était placé, et dont la tête en jaillissant en l'air tomba à droite et à gauche en s'ouvrant en
éventail.
Je passai uue partie de la nuit au milieu de ces enchantements. Le lendemain, je m'éveillai comme après ul rêve de choses merveilleuses. En rou-
vrant les yeux, j'aperçus devant moi la
galerie du Louvre, ma chambre étant au NA
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second en face de ce palais, et Je dus
commencer à reconnaître la réalité du spectacle qui avait saisi mon imagination la veille. Je me levai pour aller admirer les jardins et les superbes édifices que j'apercevais de ma fenêtre.
Tout était calme et tranquilie dans la grande ville comme du temps du roi Louis XIV. Je voyais le peuple se promener dans le jardin des Tuileries pour saluer le nonveau monarque. Je descendis pour aller me mêler avec lui et parcourir les environs. Je me dirigeai vers le Louvre, au delà duquel s'élève l'église d£ Saint-Ctermain l'Auxerrois.
l'un des plus anciens édifices gothiques de la capitale.
Suit l'histoire et la description du Louvre, des Tuileries, de l'Eglise de la Magdeleine, de l'Hôtel des Invalidos, de Notre Dame, entremélées de
remarques sur la nouvelle constitution de la France et les principaux hommes politiques de ce temps.
L'Unstitut et les sociètés savantes de Paris—Bibliothèques—M. Paulin Guérin—La Magdeleine : le
Jardin des Plantes...
L'Institut occupe l’ancien collége
Mazarin élevé sur l'emplacement de sette fameuse tour de Nesle que les romanciers ont popularisée de nos jours.
Le centre de la façade qui donne sur la Seine, est en forme de demi-cercle rentrant. L'église est ornée d’un beau portail d'architecture corinthienne, sur lequel s'élève un fronton couronné d’un dôme qui ne manque pas de hardiesse.
L'Institut peut être mis à la tête des sociétés littéraires et scientifiques de l'Europe. Il se compose de cinq académies : l'Académie des Sciences, l’Académic Française, l’Académie des Sciences morales et politiques, l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et l’ Académie des Beaux-Arts. On fait remonter son origine à Charlemagne et aux leçons de Pierre de Pise et de l’Alcuin, deux savants qui engagèrent l’illustre monarque à établir une académie dans son palais ; mais cette plante s’éteignit.
bientôt au milieu de la barbarie générale.
Elle renaquit à Oxford en Angleterre, à Grenade et à Cordoue en Espagne, et plus tard en Italie où elle prit vigueuret prospéra. Mais l’Institut actuel de France ne fut fondé qu’au commencement du dix-septième siècle, sous le nom d’Académie Française, par de mauvais poètes,
tels que Godeau, évèque de Grosse, Gombeau, Chapelain, etc. Ils avaient coutume de s’assembler à des jours fixes pour se communiquer leurs travaux et les discuter. Richelieu informé de ce qui se passait, se déclara le protecteur de ces littérateurs, et les organisa en société sous le nom d’Académie Française en
Colbert fonda en 1663, l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, et trois ans après celle des Sciences.
Ces académies disparurent dans les orages de la révolution. Le règne de la Terreur envoya Chénier et Lavoisier, deux de leurs membres les plus illustres, à l’échafaud.
La tempête passée, ces académies furent rétablies sous le nom d’Institut
. de France et divisées en trois classes ;
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la seconde ou l’Académie des Sciences morales et politiques, fut supprimée cependant en 1803 par Napoléon, dont le pouvoir absolu redoutait les discussior:
qui touchaient à l’organisation des sociétés et des gouvernements. Il fit diviser ensuite les deux autres en quatre ; mais après la révolution de juillet, la classe supprimée fut rétablie sur le rapport au roi de M. Guizot, ministre de l'instruction publique.
Ce n'est qu'à mon second voyage à Paris, que je pus assister à une séance de l'une des académies, celle des Sciences.
Le Dr. McLaughlin voulut bien nous y conduire M. Viger et moi. Il y avait peu de membres présents. M. Lacroix mathématicien, présidait. J'y vis M.
Broussais, ce célèbre médecin, dont le système faisait encore tant de bruit ;
nous lui füûmes présentés. Plusieurs
académiciens me parurent des vieillards plongés dans leurs pensées et dans leur science. J'aurais voulu avoir quelques
uns que je connaissais près de moi, pour
leur montrer, par ces illustrations, que le vrai génié et la vrai science ne consistent pas toujours dans l'audace et dans un fracas de paroles stériles.
Paris est la ville qui contient le pins grand nombre de sociétés savantes dont la réputation est faite depuis lonctemps dans les deux mondes. Outre l'Instituf, l'ou compte la Nociété Royale des Antiquaires, la Nociété de (Créographie, l’Athénée des Arts, la Société Philutechnique, l’Athénée Royal. la Société (féologique, la société de Statistique Universelle, la Société de Statistique de France, la Société de l'Histoire de France, la Société Asiatique, la Société de PHistoire Naturelle, la Société Linnéenne