‹ Voyages [microforme]Chapitre 2 sur 16 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Mes premiers souvenirs se rattachent à des guerres ou à des voyages. J'avais

à peine quatre ou cinq ans, lorsqu'un

jour je vis entrer mon père triste et

fatigué, d’une excursion commercisle vers le bas 41 Saint-Laurent, qui n'avait pas éte heureuse. Il raconta à ma mère comment 1l avait manqué de périr, avec sa goëlette, par la faute d’un vieil ivrogne, nommé Lelièvre, qui s'était donné pour pilote. Plus tard la peinture qu'il faisait à ses amis du pays qu’il avait visité dans ces parages, encore plus sauvages et déserts alors qu'aujourd'hui,

frappait vivement ma jeune imagination.

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Dans le même temps, le mouvement des troupes à Québec, leurs allées et leurs venues, occasionnées par la guerre avec les Etats-Unis, fournissaient de nouvelles scènes qui m'intéressaient vivement par l'éclat bruyant du spec-

tacle.

Cette guerre réveillait dans les cœurs les souvenirs du passé. Les vieillards aimaient à raconter les exploits de leurs pères et les épisodes de la guerre de la conquête. Mon vieil aïeul, courbé par l’âge, assis sur la galerie de sa longue maison blanche. perchée au sommet de la butte qui domine la vieille église de Naint- Augustin, nous montrait de sa main tremblante le théâtre du combat naval de l'Atalante avec plusieurs vaisseaux

anglais, combat dont il avait été témoin

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dans son enfance (*). Il aimait à raconter comment plusieurs de ses oncles avaient péri dans les luttes héroïques de cette époque, et à nous rappeler le nom des lieux où s'étaient livrés une partie des glorieux combats restés dans ses sou-

venirs.

Je grandissais au milieu de ces événements et de ces discours, avec le goût des voyages et de cette incessante mobilité qui forme aujourd’hui le trait caractéristique de l'habitant de l'Amérique du Nord. Ki les circonstances ou la fortune ne me permettaient pas encore de parcourir ces lacs, ces fleuves grandioses que nos pères avaient découverts

(*) Ce combat se livra en 1360, vis-à-vis la Pointe.

aux-Troembles,

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dans le Nouveau-Monde, de visiter cette ancienne France, d'où ils venaient euxmêmes, je me promettais bien de saisir la première occasion qui s’offrirait pour accomplir au moins une partie de mes vœux, et aller saluer le berceau de mes

ancêtres sur les bords de la Seine.

Pendant mon cours de droit, une occasion me permit de satisfaire une partie de mes désirs. Je la saisis avec toute

l'ardeur d’un jeune homme de 19 ans.

Je partis de Québec dans le mois d'août 1828, sur un brick de commerce, pour

Saint-Jean, Nouveau-Brunswick.

Nous descendimes le Naint-Laurent, passâmes par ke Détroit de Canso, qui sépare le Cap-Breton de la Nouvelle-

Ecosse, cette ancienne Acadie, dont le

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berceau fut éprouvé par tant d’orages, et nous côtoyâmes cette dernière contrée, devant laquelle nous essuyämes un grain de quelques heures, qui me donna une

idée d’une tempête sur mer.

De Naint-Jean, qui n'était alors qu'un wros bourg, je me rendis à Boston sur un navire, en touchant à Portland. De Boston j'atteignis, par terre, New-York, où je séjournai deux on trois semaines, visitant ses parcs, ses rues, Ses quais, ses bibliothèques, ses théâtres, ses environs, toutes choses qui ont fait depuis lors

d'immenses progrès en embellissements

et en étendue. La population de New- York était alors de 200,000 âmes ; elle est aujourd'hui de 600,000. Les Etats-Unis

sont destinés à devenir une Chine Occi-

dentale (*). De New-York je me dirigeai sur Buffalo, en passant par Albany, Troy, Schenectady, Utica, Rome, Syracuse et Rochester, toutes villes nées à peine et dont la plupart sont aujourd’hui considérables. Buffalo, incendiée dans la dernière guerre, ne faisait que commencer à sortir de ses cendres. J'avais devant moi les eaux du lac Erié, une de ces mers douces qu'on ne trouve point dans l’ancien monde. Je me hâtai d’arriver à la chute de Niagara, plus gran- Î diose encore par la masse d’eau qui se

jette dans un précipice d'un mille de

largeur, que par la profondeur de l’abime.

) En 1779 il v avait trois millions d'habitants :

cette population à donblé huit fois depuis, A ce

compte il y aura, vers 1925, deux cent millions

d'habitants ; mais cet accroissement se ralentira

probablement,

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Le pays, de Niagara à Lewiston et Toronto, incendié, comme Buffalo, dans la guerre de 1812, avait servi de théâtre à une foule de combats. On y avait élevé une colonne au général Brock sur les hauteurs de Queenston, au pied desquelles il avait été tué. Ce monument donnait à la contrée cet intérêt historique qui à tant de charme pour le voyageur. La longueur du lac Ontario, le plus petit de nos grands lacs, (60 lieues,) fait juger assez des proportions de la nature canadienne. Ces lacs, la chute de Niagara, Ie Saint-Laurent, son golfe, sont taillés sur le gigantesque et conviennent parfaitement à la bordure colossale qui les encadre. En effet, d’un côté, an nord, ce sont des forêts mysté-

rieuses, dont les limites sont inconnues ;

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de l’autre, à l'ouest, ce sont encore des forêts qui appartiennent au premier occupant, Anglais ou Américain ; au sud, c’est une république dont le territoire excède de beaucoup celui de toute l'Europe ; à l’est, c’est la mer, la mer brumeuse, orageuse, glacée de Terreneuve et du Labrador. l'infini semble régner

sur nos frontières.

Je pensais à l’immensité de ces contrées lorsque je descendais le lac Ontario, sur

lequel on fait usage du compas, pour se

diriger, comme sur l'Océan. J atteignis

enfin Kingston, l'ancien Frontenac des Français, et je rentrai à Québec, après avoir parcouru une petite portion de cette Nouvelle-France d'autrefois, et cependant j'avais fait près de 700 lieues

de chemin par terre et par eau.

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es Cette rapide excursion, dans laquelle | er À j'avais traversé des nations à leur berceau, | au ; côtoyé des rives encore sauvages, circulé | ri- au milieu de forêts à moitié abattues, te | surtout entre Albanv et Buffalo, forêts 1 er { quiavaient abrité autrefois les barbares | re | indigènes, ces indomptables Iroquois, th er dont on apercevait encore çà et là quel- ï | ques fantômes décrépits, me donnait une j | idée vaste de l'avenir de ce nouvel * ns | à empire, jeté par Champlain sur la voie Ÿ Ÿ du temps. Tout le monde était occupé, ‘h : dans ces grands territoires, à fonder des à villes, à agrandir les ports, à cultiver ” . les campagnes, et me rappelait ces beaux : passages de Fénélon : “ Télémaque | à |

regardait avec admiration cette ville

naissante, semblable à une jeune plante

qui, ayant été nourrie par la douce rosée

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