‹ Voyages, relations et mémoires originaux pour servir à l'histoire de la découverte de l'Amérique, publiés pour la première fois en français (volume 2)Chapitre 12 sur 25 · CHAPITRE Vl · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vl

LA NATION DES XAGUAS (i).

Comment les Indiens de cette nation sopt surpris par Nicolas Federmann et les siens qui leur paraissaient plutôt des diables que des hommes. — Ils se rendent et font alliance avec eux» ce qu'ik ont prouvé ( quoique de force ) par des présents d'or et de toutes sortes de provisions.

Nous arrivâmes enfin au dernier village de cette nation , où commence le territoire d'une

0) Je n*ai rien pu trouver ni dans Sjinoa , ni dans Ovied

autre tribu, que Ton nomme Xaguas. Nos guides nous firent marcher pendant quatre jours dans un ruisseau qui coule entre deux montagnes. Les Cayones n'ont pas d'autre

y Banos snr cette tribu des Xaguas. Laet place sur la rive droite du lac de Maracaïbo une nation qu'il nomme Axaguas , et qui ne peut être la même que celle-ci. Mais Castellanos en fait plusieurs fois mention et place leur habitation sur les rires du rio Meta. Il dit en parlant de leur résistance à donÂlonsa de Herrera {Elegias de varones illustre t de las Indias, p. s i4) -

« Mas no pudieron 3rr sîn ser sentidos A causa de ser campo descubierto

Y ser los Indios Xaguas carniceros TodosTigilantissîmosguerreros, >

> Los quales en aquestos menesteres De toda cobardia muy agenos , Embiaron al monte las mugeres Al inutil varon , ni mas ni menos :

Y fueron sus guerreros parreceres Esperarenel campo como buenos Con largas guaycas , dardos y paveses Sin temer de fortuna los reveses. »

Ils ne purent ( les Espagnols ) s'avancer sans être aperçus , la campagne étant découverte , et les Indiens Xaguas des gens féroces, et tous des guerriers sans cesse sur leurs gardes.

Dans ces occasions difficiles , la crainte leur était inconnue ; ils envoyèrent dans les montagnes leurs femmes et tous les vieillards. Leur résolution belliqueuse , fut d'attendre bravement l'ennemi sur le champ de bataille , armés de pesante» '

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chemin ; en ayant demandé la raison aux prisonniers, ils me répondirent que ccmime les deux nations sont ennemies , mangent de la chair humaine , et cherchent toujours à se surprendre mutuellement par toutes sortes de ruses , elles ont l'habitude de marcher dans Feau pour qu'on ne puisse pas suivre leurs traces. Cela leur est d'autant plus facile, qu'elles sont nues et plutôt poisson que •chair. Aussi ne vivent-elles tranquilles et sans crainte que quand les eaux sont trèshautes.

Quoique les Indiens fassent ordinairement

massues , de dards et de boucliers , sans craindre le* revers de la fortune.

Et plus loin.

» Bnscaron los peones el entrada.

Que COQ raro Talor fue defendida De gente Xagua y de Caquetia Hasta que fenecio la luz del dia. »,

Les fantassins se rendirent maîtres de l'entrée, qui fut défen' due jusqu a la fin du jour avec une rare valeur , par «eux de Xagua et de Caquetia.

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cette route dans l'eau, en un jour et demi , nous fumes obligés d'en employer quatre, car nous avions beaucoup de peine à avancer avec nos chevaux et nos bagages. Pendant tout ce temps, nous ne sortions pas de l'eau , excepté à midi et le soir , où nous avions l'habitude de chercher une prairie pour manger et nous reposer.

Nous commencions à manquer de vivres; car , d'après ce que nous avaient dit nos prisonniers, nous avions espéré arriver plus tôt au premier village.

Quand nous eûmes enfin atteint le territoire des Xaguas, et que nous fûmes sm^tis de l'eau, nous éprouvâmes une nouvelle difficulté : nous ne savions comment communiquer avec eux. Nous étions en efiet ennemis de la nation que nous venions de quitter^ nous n'avions pas pu faire alliance avec elle , et nous n'avions aucun moyen de prouver aux Xaguas quel était le but de notre voyage , et que nous ne venions pas pour les attaquer.

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Ce qui nous tranquillisait cependant, c'était, qu'étant ennemis des Cayones, ils ne pourraient pas se trouver offensés de la manière dont nous avions traités ces derniers.

Quand les Cayones, qui nous accompagnaient, nous annoncèrent que nous n'étions plus qu'à trois milles du premier village de cette nation , nous établîmes notre camp , ayant soin d'occuper les hauteurs et de faire bonne garde, afin que des Indiens ne pussent pas nous apercevoir et jeter l'effroi parmi leurs compatriotes. Dès que la nuit fut venue, j'envoyai un bon nombre des miens avec ordre de les surprendre, et de m'amener tous ceux dont ils pourraient s'emparer. Le lendemain, vers midi, ils furent de retour avec quelques naturels qu'ils avaient pris dans le village dont j'ai parlé , et qui n'est pas considérable. Ces Indiens, effrayés de se voir attaqués à l'improviste par des gens inconnus , et qu'ils prenaient plutôt

pour des démons que pour des hommes , ne s'étaient pas défendus.

Je désirais dissiper leurs craintes par toute sorte de bons traitements, et les disposer à faire alliance avec nous , afin qu'ils ne devinssent pas nos ennemis comme les Cayones; car, outre les grands dangers qui résultent de ces inimitiés, cela augmente la difficulté de se procurer des vivres et des provisions dans un pays inconnu. Je n'avais pas d'interprète à qui je pusse accorder ma confiance , car ceux qui savaient la langue desXaguas, étaientdeux prisonniers Cayones.

Cependant, ne pouvant faire autrement, je fis venir celui qui me parut le plus propre à cet emploi , et je lui promis , non-seulement de le remettre en liberté et de le renvoyer en sûreté chez lui , mais encore de lui faire des présents , s'il parvenait, en traduisant fidèlement mes paroles, à nous concilier l'amitié des Xaguas, ets'il leur disait que je ne les avais réduits eux-mêmes à l'esclavage,

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que parce qu'ils m'avaient manqua de parole en abandonnant leurs villages et en prenant les armes contre nous. 11 me promit d'exécuter fidélemait mes ordres, et il le fit en effet. J'accordai la liberté à presque tous les X^guas et n'en gardai que cinq, qui me parurent les po'incipaux , ainsi que le cacique , espérant que ces Indiens seraient d'autant moins

disposés à nous attaquer , qu'ils sauraient leur seigneur entre nos mains. En les renvoyant, je leur remis, pour les caciques des environs , quelques présents qui , chez nous , ont peu de valeur , mais qui , pour eux , en ont beaucoup. Je leur ordonnai de demander de notre part la paix et le libre passage ; de leur annoncer que nous n'étions venus que pour les protéger contre leurs ennemis et faire alliance avec eux ; et de les inviter à venir me trouver dans le village où mes gens les avaient fait prisonniers, et où j'allai m'établir. Ce village $e nomme Coary.

En effet, le ^5 octobre, vers quatre heu-

res du soir, à peine y étions-nous arrivés , que Ton vit arriver plusieurs caciques des environs , et avec eux près de huit cents personnes, hommes et femmes, qui demeuraient à deux ou trois milles à la ronde. Tous étaient sans armes, et n'avaient à la main que des baguettes comme ils ont coutume de le faire quand ils viennent avec des dispositions pacifiques. Ils m'apportaient, en présent, de l'or, ainsi que toutes sortes de provisions et de gibier.

Je passai deux jours dans ce viHage , et j*y reçus la visite d'une foule de caciques des environs. En un mot, pendant les cinq jours que je fus sur le territoire de cette nation , je fus traité en allié, et Ton me fit toute espèce d'amitié. Je n'ai , du reste, rien de particulier à en raconter.

Le 3, du mois d'octobre, j'arrivai dans un village nommé Cacaridi,le dernier de ceux de cette nation , et qui est éloigné de soixante -treize milles de la ville de Coro,

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d'où nous étions partis, à travers les plus rudes montagnes que j'aie jamais vues , et après avoir éprouvé bien des difficultés pour faire passer les chevaux, surtout dans les défilés du pays des Gayones, nos ennemis comme je Fai dit, et dont Taide nous au-^ rait été bien nécessaire pour nous frayer un chemin. Nous fûmes obligés de le faire nousmêmes, quoique nous eussions avec nous deux cent cinquante Indiens, hommes et femmes > qui portaient nos bagages et nos provisions de bouche et de guerre. Si nous n'avions pas pris ce parti , il nous aurait été impossible de continuer notre route, et si cela avait duré plus longtemps, nos peines et nos fatiques auraient été si grandes, que notre nombre en aurait été bien diminué.

Les montagnes finissent à trois tieues du village dont je viens de parler : nous trouvâmes de l'autre côté un des plus beaux pays des Indes, habité par une nation qui porte le nom de Caquetios. Ce nom nous

étonna beaucoup quand nous rapprîmes des Xaguas, et il nous parut incroyable qu'il fût le même que celui des Indiens des environs de Coro, dont nous étions éloignés, comme je viens de le dire, de soixante -treize milles. Nous né pouvions nous imaginer que cette nation parlât auâsi la même langue , surtout après avoir traversé le territoire de cinq peuples qui tàùé ont un langage différent.

Notis eh fûmes d'autant plus réjouis^ que flous ùous y attendions moins, et que, jusque là y ïioxls n'avions pu nous tirer d'affîiire qu'avec une peine infinie.

J'avais d'dbot^d parlé avec les Caquetios, par lé moyen de deux chrétiens en qui j'avais une entière confiance , et qui savaient parfoite^ ment la langue; mais il me fallait atvoit deux interprètes avec les Xidéharàs, trois aveé les Âyamanes , quatre avec les? Càyones , et cinq avec îesXaguas. Il n'y à pas de dôuttf , qti avant que mes discours orrrvas^éfrt à H ciïiqtiiéme persohtief, chacun y atait chartgé

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OU ajouté quelque chose; de manière que sur dix de mes paroles , il y en avait à peine une qui parvenait à mon interlocuteur ; ce qui n'était pas une petite difficulté, et nous empêchait de nous procurer bien des renseignements sur les pays que nous traversions.

Les quatre nations dont je viens de parler , savoir : les Xidéharas, les Ayamanes, les Gayones et les Xaguas , mangent de la chair humaine. Chacune de ces nations est Fennemie des autres : je dirai par la suite ce que j'ai appris de leurs mœurs et de leurs coutumes.

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