‹ Voyages, relations et mémoires originaux pour servir à l'histoire de la découverte de l'Amérique, publiés pour la première fois en français (volume 2)Chapitre 13 sur 25 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

NATION CAQUETIOS (i).

Cette nation nombreose et guerrière est trés-ficbe en or. — ËDe a forcé par sa puissance tous ses voisins à lui abandonner les plaines et à se retirer dans les montagnes , en gardant po\ff elle le territoire le plus beau et le plus fertile. — A Farrivée des chrétiens , elle leur offiît de bonn« tolonté une grande quantité d'or.

Après avoir quitté le dernier village des Xaguas y et nous être approchés jusqu'à la dis-

(i> ^ncnn auteur ne fait mention des Gaquetios, comme habitant rinteti«,ir du pays, à l'exception deXiastellanos : voycx le passage que j'ai cité dans la note précédente.

tance dun mille des Caquetios, que leapremiers nous avaient représentés coinine nombreux et guerriers, nous commençâmes à apercevoir leurs villages. Ils sont situés dans une belle plaine, sur le bord d'une grande rivière , et Ton en compte près de vingt. Nous fîmes halte, pour délibérer sur ce que nous avions à faire; car voyant tant d'habitations, nous commencions à craindre d'être attaqués pa:r un nombre d'Indiens tellement supérieur au nôtre, que nous ne puissions leur résister s'ils rtfusaient nog propositioits d'alliance. Les naturels des environs de Ceronous avaient déjà parlé de la valeui" et ite Ig i^i^e de ces Caquetios; et les iX^^gu^^s, ^Q^§i av^iept confirmé leur rapport comme je l'ai dit plus haut. Ils ont forcé toutes les nations à se réfugiçf 4^1^ tes iBpnt«gP(ps,, pp.yr JQuir seub des pi^ÎBes belles et kvXih^ ; ç^\ k l'e^^çeptiQn d^ ceux qui vivent près de Coro, ces Indiens habiteiït les. terre* lç% meillçuves,çt^ W^ S'offrent pas qu'aucune ^utrc tfihu ^y établisse.

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Api^ avoir mûrement délibéré , considérant la multitude de ces Indiens et le petit nombre de nos soldats^ nous crûmes, qu'il serait plus -sûr pour nous de ne pas les sur* prendre, comme nous avions fait avec les autres* Nous primes doncle parti de leur envoyer un des Indiens Caquetios qui nous avaient suivis depuis Coroy et quelques Xaguas que nous ^avions amenés du dernier village de cette nation. Ces derniers vivent en paix avec les tribus des Caquetios , sur le territoire desquelles nous nous trouvions y et font avec elles un commerce de sel. Nous leur remimes plusieurs présents pour les chefs ou caciques de cette province, nommée Variquecemeto (i), leur

(i) Le capitaine Jaan de Villegas fonda, en 1 55 s, une colonie dans cette contrée, sur les rives du Rio Buria , et la nomma Nueva Segoçia.ll araitohoisi cet emplacement à cause de la proximité des mines d*or de la vallée de Nirua; mais les maladies eaioées par le climAt et h. difficulté de se procurer des vivres , déterminèrent le gouverneur Villasinda à la transporter à deux Heues de Tocuyo. Pablo Collado la plaça plus tard entre le rw uirbio et le rio claro\ et enfin le gouverneur Manxanedo rétablit dans V«Qdroit où elle est aujourd'hui. C'est là que fut tué lo fameux Lope d*Agnirre. ( Simon» Noiieia v, cip. xix » p. 383.)

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enjoignant en même temps de faire connaître le but de notre voyage, et de les inviter à venir nous trouver, s'ils voulaient ètve nos amis et nos alliés.

Nous n'espérions pas que cette natioû s'y déciderait si vite ; nous crûmes cependant que ce serait la meilleure manière de gagner son amitié ; et comme lorsque nous fîmes partir les Indiens , il était déjà trop tard pour pouvoir attendre une réponse avant le lendemain , nous passâmes le reste du jour ^t toute la nuit dans cet endroit, en &isant bonne garde. Cette halte fut aussi très-utile pour laisser reposer nos chevaux , qui formaient notre principale force, et qui sont ce que les naturels craignent le plus.

Le lendemain , nos envoyés revinrent avec des Indiens Caquetios, qui n'étaient pas au nombre de plus de quarante; ils nous apportèrent du gibier et d'autres provisions, nous annonçant que leurs caciques nou* attendaient dans leurs villages; qu'ils étaient

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tout prêts à faire alliance avec lîous^ et se réjouissaient fort de notre arrivée.

Je les congédiai en leur annonçant que nous allions les suivi^e; mais je repoussai adroitement Tofifre qu'ils nous firent de rester et de nous accompagner pour nous montrer le chemin , ne voulant pas questionner mes envoyés en leur présence. Ces Caquetios m assurèrent que je ne devais craindre, ni attaque, ni trahison. L'hidien qiie je leui:

avais envoyé, et qui, comme je l'ai dit plus haut, était venu avec moi de Coro, leur avait beaucoup vanté les bons traitements que toutes les nations qui s'étaient déclarées nos amies, avaient reçus de nous, tous les services que nous leur avions rendus, ainsi que notre puissance et notre force, par lesquelles nous avions réduit facilement tous ceux qui avaient voulu nous résister. D'après ce rapport,, ils s'étaient décidés à faire alliance avec nous, et à nous fournir tout ce dont nous pourrions avoir IqiesQin. Pour récompenser le

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Coquetto de ce service , je lui fis des présents, et je lui rendis la liberté, car il avait été jusque là Fesclave d'un chrétien.

En voyant le nombre et la grandeur de villages des Caquetios^il me fht facile de m'a^ percevoir, qu'outre ce que leur avait dit l'interprète, ils s'étaient décidés à s'allier avec un peuple dont ils n'avaient jamais entendu parler, parce qu'ils se sentaient assez forts pour nous résister si nous voulions les maltraiter. Je fus confirmé dans cette opinion, par leur refus de s'abaisser à venir au-devant de nous , comme l'avaient fait les autres nations, regardant comme honteux pour eux de nous obéir ou de paraître nous craindre.

Étant donc arrivé au premier bourg dp cette province de Variquecemeto , j'y trouvai une réunion de près de quatre mille Indiens, tous forts et bien iaits et qui nous firent un très-bon accueil.

Je passai environ quinze jours dans leurs

Tilkigêâ^ ils sont AU nombre de vingMroi», et tous ditués sur le benr*d du fleure, à la dis^ tance d'uft mille ou d'un demi-^mille les uns deé autres. J'employai le temps de notre sëjoiii* à tout examiner, à gagner leur confiance, ëiûsi qu'à prendre des rénseigneraetits sur les pays que nous avions à traverser. Ces gens nous firent toutes sortes d'atmitiés.Les villages de cette pix)vin©e de Variquecemeto nous ont donné en tout, mais de bonne volonté et sans y être forcés, près de trois taille pesos d'or , ce qui fait cinq mille florins du Rhin , car eest un peuple riche et commerçant; et Ton pourrait en tirer beaucoup d'or en échange d'objets en fer, tels que hameçons, haches, couteaux, etc. , dont ils manquent absolument. On doit le voir d'après la quantité qu'ils nous en donnèrent de bonne volonté , et seulement pour nous prouver leur opulence, et non par crainte comme l'avaient fait les autres nations^ Il leur était facile de s'apercevoir combien ils nous surpassaient

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en nombre; car je crois que ces vingt villages pourraient rassembler en une demijournée trente mille hommes, armés et exercés, comme je l'expliquerai plus tard quand je décrirai leurs mœurs. Outre cela, leurs villages sont bien fortifiés (i), et ne pourraient

(i) Castellanos, que j'ai souvent occasion de citer, et qui connaissait mieux le pays que ceux qui en ont écrit l'histoire , nous a laissé la description de ces forteresses ( Elegia à la muerie de Diego de Ordaz » canto u , pag. 177):

• Aquestos dichos fuertes, o cercados Tienen , senores , para su defensa De grosissimos arbores plantados Donde la verde rama se condensa :

Unos despues de otros ordenados Gon mas vigor de lo que nadie piensa , Pues aquel gran grosor que lleva hecho». Tiene de duracion prolixo trecho. »

» Otros palenques hay mas estendidos En muchos destos campos y çavanas No de plantas de arbores nacidos Ck>mo las otras cercas mas ancianas ; Sino de palos muy fortalecidos Y cada quai con dos otres audanas Conlas cinlas espessas di bexucos O correosas yedras di arcabuc€>s.

Les chefs se retranchent dans ces fort» ou enclos : ils sont f«itâ de gros arbres plantés. Leurs vertes branches s'entrelacent t^ufiues : disposés les mis près des autres, ils présentent une

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pas être surpris comme ceux [des autres Indiens; car ils sont les ennemis des quatre nations qui les environnent, et doivent sat-« tendre à chaque instant à être attaqués à l'improviste. Us en agissent de même à leur égard. . Quoiqu'ils fassent un commerce de sel avec plusieurs villages des Xaguas, qui touchent à leur territoire, ils sont cependant aussi les ennemis de ce peuple. Du second côté, habite la nation des Cyparicotes; du troisième celle des Guy tas. Ces nations sont anthropophages; elles massacrent et dévorent tous les prison* niers qu'elles font, soit à la guerre, soit par sui^rise. Du quatrième côté, ils ont une autre tribu de leur nation, qui habite le valle poblado ou vallée peuplée, qu'ils nomment Va-

résbUnee plus forte qa*cm ne pourrait le croire^ et l(Mr$qu ils ont atteint toute leur grosseur, ik durent un temps considérable.

11 existe dans beaucoup de ces grandes campagnes et savanes d'autres palissades ; non pas d'arbres plantés , tels que les autres fort» plus anciens ; mais faites de pieux consolidés : chacun a deux ou trois rangs. Ces enceintes sont entrelacées de lianes» ou de lierre flexible des pays montagneux.

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rarida, et dont je parlerai plus tard^ car nous lavons traversée en revenant à Coro :

>2ette peuplade est pareillement leur ennemie.

Ces circonstances les ont engagés à établir leurs villages aussi près les uns des auti^es, afin de pouvoir se réunir plus aisément pour résister aux attaques des entiemis <jui les environnent de tous côtés. Dans tous les pays que nous traversâmes ^ nous ne trouvâmes nulle part une population aussi nombreuse mxT un aussi petit espace àé terrain, ni des vifllages si considérables et si bien fortifiés.

Dans cette province, j'entendis parler d'une autre mer que nous cherchions, nommée mer du Sud ou du Midi , et qui était précisément le but principal de notre voyagé* Nous espérions y découvrir une grande quantité d'or, de perles et de pierres précieuses , comme on en trouve dans les autres gouvernements des Indes , dans la partie qui avoisine la mer du Sud. Les Indiens , qui en avaient connaissance , prétendirent qu'ils n'y avaient pas été

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eux-mêmes y mais qu'iU avaient entendu leurs ancêtres en parler; ce que nous regardâmes seulement comme un prétexte qu'ils prenaient pour éviter d*être obligés , de gré ou de force, de nous y conduire.

Pendant les quinze jours que j'employai , comme je l'ai dit» à visiter les divers villages de cette province , près de soixante dxrétiens tombèrent malades, et quelques*uns si grié* vemont, qu'ils ne pouvaient continuer leur route ni à pied ni à chevaL Quoiqu'il eut été bien nécessaire de rester plus longtemps pour attendre leur rétablissanent, ils préférèrent continuer le voyage , attribuant leur maladie au climat humide et malsain de cette contrée, et espérant qu'ils guériraient en changeant d'air.

Je me mis donc en route vers la mer du Sud,fiùsant transporter^ par les Indiens de charge, les makdes les plus souffrants , dans des hamacs ou lits du pays, dont je ferai hi descrq>tion phis tard. Je disais aux habi^-

tants qu'ils ordonnaient qu'on les portât ainsi, parce qu'ils étaient de grands seigneurs. Je fis mettre pied à terre aux hommes qui avaient conservé leur santé; même à ceux qui étaient propriétaires de leurs montures, j'y fis placer les malades, deux sur chaque cheval , cachant, autant que possible leur état aux Indiens. Ils croyaient que nous n'étions sujets, ni à la mort, ni aux ma* ladies; et s'ils s'étaient aperçus du contraire, cela nous aurait foit le plus grand tort , car ils se seraient décidés à nous attaquer.

On doit penser combien cela vint mal à propos, et dans quel chagrin j'étais plongé, me trouvant dans un pays éloigné, inconnu, avec des soldats malades et hors d'état de se défendre. J'ignorais si je devais avancer ou reculer , me trouvant au milieu de gens sur l'amitié desquels je ne pouvais compter que tant qu'ils ne se croiraient pas assez forts pour nous combattre. Je ne savais pas non plus quelles nations nous avions

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devant nous , et j€ devais supposer , qu'étant ennemies de ceux de Variquesemeto , elles seraient puissantes et guerrières , puisqu'elles avaient pu résister à des rivaux aussi forts et aussi nombreux.

Tout cela cependant ne put ébranler ma résolution de continuer mon voyage; nous n'avions d'ailleurs rien de bon à espérer en revenant sur nos pas; car si nous étions retournés chez les Xaguas, pour attendre la guérison de nos malades, les Indiens aiuraient attribué cette démarche à la crainte , et cela les aurait probablement encouragés à commencer les hostilités*

Choisissant donc de deux maux le moindre , je me remis en route, ayant pjutôt l'air de conduire une bande d'estropiés et de bohémiens que d'être à la tête d'une armée. Les Indiens me donnèrent deux cents hommes pour porter mon bagage, et pour me montrer le chemin jusqu'en vue des villages des Cuybas kurs ennemis; et je. leur promis de les faire

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conduire sains et saufs hors du territoire de ces derniers. Nous ne pouvions nous passer d'eux» car la plupart de nos Indiens de charge étaient occupés à transporter les malades.

J'avais laissé partir en avant les Caquetios qui portaient le bagage , ne redoutant aucune fourberie de leur part y et croyant simplement que se voyant pesament chargés, ils se hàr taient de partir pour revenir plus tranquille* ment; mais ils ne portèrent pas les charges pAus de deux milles, les laissèrent au mi* lieu des champs dans un endroit où noua de* viocts passer, et prirent la fuite, croyant peut* être qu aprèsles avoir conduitssur le territoire de leurs eimemis, nous les forcerions de nous accompagner encore plus loin, et que nous leur maaM{uerion& de parole.

Nousm avions doncpersonne pour transpc»r« ter ces bagages, noios ne voulions pas cepen* danrt les répartirentre fe peu de chrétiens qui a^iaat conservé leur santé, car ceu^«â an* vaî«nt été si duu^és, et par suite si fatigués,

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que si l*enneinis nous avait attaqués nous n'aurions pu lui opposer aucune résistance. Je fis choisir les choses les plus nécessaires et nous fumes obligés de les porter nousmêmes, j ordonnai de cacher le reste hors du chemin pour y rester jusqu'à notre retour, puisque nous n avions aucun moyen de le transporter.

Notre embarras était d autant plus grand , que tous les Indiens qui devaient nous montrer le chemin s'étaient enfuis, à l'exception, heureusement , d'un petit garçon et d'une femme qui , n'ayant pas pu les suivre , étaient restés avec nous. Cette femme savait un peu la langue des Guy bas, mais elle prétendait ne pas connaître le chemin.

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