‹ Voyages, relations et mémoires originaux pour servir à l'histoire de la découverte de l'Amérique, publiés pour la première fois en français (volume 3)Chapitre 45 sur 75 · EXTRAIT · texte numérisé non relu

EXTRAIT

DES CHAPITRES XCVI ET XCVIl

DE hUlêVÇlhM DBf COMOaiTBS BB riENAND eOBTBl PAR FRANCISCO LOPBS Ml OOMARA.

hs. roi Moteuhsoina arait «o palais oà Tw voyait un graad nombre de beaux logement», des salles soutenues par des colonnes de jaspé d'un seul morceau , et qui donnaient sur un jardin très-vaste (1).

(i) Ce palais était construit liir remplacement occupé aujourd'hui par Saint-François ; on conserve encore dans le jardin de ce couvent un arbre qui , d'après le père Bétancourt , était au milieu de celui de Moteusoma ; c*est une espèce de daphnos ou olivier sauvage que les Mexicains nomment acevuche. Le père provincial Meneses ordonna de le couper en

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Il y avait dans ce palais pins de dix étangs : les uns d'eau salée , destinés aux oiseanx de mer ; d'autres 4'eau douce pour les oiseaux des rivières et des lacs. Ceux-ci étaient remplis d'une multitude de petits poissons dont se nourrissent les oiseaux pécheurs. On vidait ces étangs autant qu'il est nécessaire , on prenait ce soin pour conserver le plumage de ces volatiles dans toute leur propreté. On y voyait un si grand nombre d'oiseaux de toutes sortes, que les curieux en étaient émerveillés. On fournissait à chaque oiseau la nourriture dont il se nourrissait en liberté ; s'il mangeait des végétaux , on lui en donnait ; si c'était du grain , on le pourvoyait de maïs ou ceutli , de haricots ifrijoles) , de fèves et autres produits semblables ; s'il vivait de poisson , c'était du poisson qu'on lui donnait; ils en trouvaient aus$i dans les étangs, ainsi que d'autres substances que Teaa produit. Chaque jour ces oiseaux consommaient dix arrobes de poissons que l'on péchait dans le lac de Mexico. Il y en avait à qui l'on diHUiait des mouches et d'autres petits insectes.

iSii ; mais les religieux s'y opposèrent, en disant que la règle de Tordre leur défend de conper un arbre sans une décision du discrétoire (i). Cette opposition n*eut aucun résultat; car on avait déjà conunencé à couper le haut de cet arbre. Les religieux eurent le soin d'y grefler un olivier qu i réussit parfaitement, et qui donne aujourd'hui un très-beau branchage.

(i) On Domme. aiiisi l'assemblée des supérieurs des ordres moaaitiques et le lien oà ils se réunissent.

Trois cents personnes étaient employées au service de ces animaux , tant pour les soigner que pour curer les étangs, pour pécher, distribuer la nourriture et les nettoyer. D'autres gardaient les œufs, ou prenaient soin des petits aussitôt qu'ils étaient éclos ; ils soignaient ceux qui étaient malades. Enfin, certaines personnes étaient employées à plumer ces volatiles, car c'était surtout pour leur plumage qu'on les entretenait. On en faisait des manteaux précieux, des tapis , des rondaches, des panaches, des chasse-mouches et beaucoup d autres objets, garnis d'or et d'argent, avec la plus grande perfection.

11 y avait aussi un autre édifice à plusieurs étages , divisé en logements , qui portait le nom' de Maison des Oiseaux , non pas qu'ils y fussent plus nombreux que dans le premier palais dont nous avons parlé , mais parce que les oiseaux y étaient plus (grands, c'étaient des oies grises { anzaras pardas), des blanches et d'autres plus petites que celles d'Espagne ; beaucoup de hérons gris , des oies de grande taille [anzarones) , des corneilles , une grande quantité de perroquets , des grues , des aras et un autre genre de volatiles , que l'on dit être des faisans des bois. Les Espagnols étaient émerveillés d'en voir'une si grande variété , et surtout les immenses cages de bois dans lesquelles étaient renfermés toutes sortes d'animaux féroces que le souverain gardait suivant l'usage de ses ancêtres.

Il existait aussi dans ce palais un grand nombre de salles très-élevées , dans lesquelles étaient renfermés des hommes , des femmes et des enfants blancs

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de naissance , et dont tout le corps était couvert de poiles. Ces êtres étant fort rares , on les conservait par curiosité. On y voyait aussi des nains, des bossus , des gens estropiés , contrefaits , des monstres que Moteuhsoma entretenait pour son plaisir , et qui le servaient dans son appartement. On prétend que ces gens-là avaient été estropiés dans leur enfance pour servir aux plaisirs du roi. Chaque espèce de nains avait son logement particulier.

Dans des salles basses des cages en fortes poutres contenaient des lions , des tigres de la grande espèce, des onces, des loups, enfin chaque espèce de quadrupèdes : tout cela par magniQcence et pour suivre les anciens usages , ainsi que je Ta! dit. On nourrissait ces animaux avec des cerfs du pays ( ^e/iaJos), des coqs dinde, des chiens et du gibier; très-souvent, lorsque les souverains condamnaient quelqu'un à mort, soit pour adultère ou pour haute trahison , on livrait le coupable à ces animaux. , qui le dévoraient tout vif. Dans d'autres pièces on voyait de grands vases remplis d'eau et de terre , où étaient des serpents énormes de la grosseur de la cuisse , des crocodiles que fon nomme caïmans ou lézards d'eau, des lézards du pays, nommés iguanas, d'autres plus petits, diOTérentes espèces de reptiles, des serpents d'eau et de terre, dont la vue seule était épouvantable.

Dans une partie de la cour étaient toutes sortes doiseaux de proie renfermés dans des cages faites avec des barreaux de bois dur , des éperviers , des milans , des buses , des vautours , dix ou douze es-

pèces de faucons , un grand nombre d'aigteâ , dont cinquaim pliis grands que lés nôtres. Certains mangeaient d'Un seul cotip un coq de ce pays ^ quoiqu'ils fussent plus gros qu'uH paon d'Espagne. Chaque espèce d'iDiseau était séparée. On leur donnait tous les jours cinq cents coqs dinde ; les trois cents hommes, dont nous avons parlé plus haut , ainsi qu'un grand nombre dç chasseurs, étaient constamment occupés à pourvoir à leurs besoins. Beaucoup de ces oiseaux étaient inconnus aux Espagnols : cependant ils prétendaient que tous étaient bons pour chasser, et, pour preuve , ils faisaieht Vtitr leurs ongles et leurs serres. On nourrissait lès serpents et les autres reptifa» avec le sang des j^rsonnes sacrifiées , et mente on leur eb donnait les ichairs, que certains lézards mangent avec beaucoup de plaisir. Les Espagnols ne furent pas témoins de ce fait ; mais ils virent le soi humecté de sang, comme celui d'une boucherie, et qui répandait une odeur infecte. La foule des hommes qui allaient et venaient dans ce palais était extraordinaire. Les Espagnols voyaient avec plaisir cette variété d'animaux féroces et dé serpents venimeux; mais:ils ne pouvaient entendre les sifQements épouvantables des vipères, les rugissements des Hods, les tristes hurlements du loup, les cris plaintifs des onces , des tigres et des autres animaux affamés ou qui rugissaient de ne pouvoir assouvir leul" rage. La nuit on entendait un bruit, un tumulte infernal, c'était véritablement la demeure du démon , et cela devait être ainsi,, car, dans une pièce de cent trente pieds de long et de cinquante de large, on avait con-

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struit une espèce de chapelle revêtue de grosses plaques d'or et d'argent, ornées de perles, d'agathe , de cornaline, d'ëmeraude, de rubis , de topaze et d'autres pierres précieuses : Montezuma y adressait ses prières au démon ^ ce qui avait toujours lieu pendant la nuit (1).

(i) Cette pièce était le trésor pour lequel le roi Quauhtimotzia fut mis a la question.

NOTE

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