ÂESSÉE PAR I.'ARCHEV£QUE DE MEXICO ARLES V, EN FAVEUR DES MACEOALES
iANT seigneur, je me suis cru obligé de
voire altesse l'extrême misère de ces
hlheureux que l'on nomme ici Maceùales,
I dans toute cette contrée, et qui est
i les témoins le révérend père Maestro (1)
^na , et les révéreods pères augustias et
k^è ici un grand nombre d'ordonnances I et très-justes en faveur des naturels de ce Bt rapport aux bons traitements que l'on
titre i diven gradua.
doit exercer à leur égard , ou aux tributs , aux corvées et à d'autres prestations personnelles. Néanmoins lesdfts Maceûales et journaliers sont soumis à des tailles si excessives par leurs caciques , parles gouv^*neurs et les principaux nobles indiens , qu'on ne peut les comparer à aucune qui soit prélevée dans toute cette contrée , soit par les religieux , Soit par les corrégldors chargés delà perception. Cette taxe est le double de celle qu'ils payent à votre miyesté et aux commanderies , et même on dit qu'elle est quatre fois plus forte. Cela provient de ce que les tributs que chaque province doit payer sont perçus par les caciques , les gouverneurs et les nobles. Si un village est taxé à mille pesos, lesdits caciques, gouverneurs ou nobles, en prélèvent deux , trois et quatre qu'ils détournent à leur profit. Quant à ce qui revient aux religieux , lorsque les Maceiiales doivent fournir six poules, les caciques et autres en exigent soixante de ces pauvres gens; enfin, quelqu'objet qu'ils aient vi percevoir , ils profitent de cette occasion pour exiger beaucoup plus qu'ils ne le devraient , et cela dans leur intérêt. C'est ainsi que nous Font rapporté les pères gardiens , la semaine passée , dans un couvent de Saint-Thomas où nous étions , nous assurant que ces Indiens n étaient jamais plus satisfaits que lorsque les religieux leur demandaient quelque chose , afin de se faire un titre de ces demandes pour piller les Maceûales.
Quant aux prestations personnelles , les caciques , les gouverneurs et les nobles soumettent tous lesdits Maceûales , à qui sa majesté a accordé la liberté avec
justice et sainte compassion , à un abaissement et une servitude plus cruelle que celle des esclaves qui sont à Alger. D'abord , en les forçant de travailler à leur profit dans des cultures communes qu'ils ont établies au détriment de Tétat ; ensuite , en se faisant bâtir des maisons, en les forçant de transporter des fardeaux; enfin , en les employant à toutes sortes d'ouvrages. Ces. pauvres misérables sont si esclaves et si soumis , qu'ils ne sauraient faire aucune résistance. Cependant, quelques-uns commencent à sentir le poids de cette servitude, et ils se plaignent devant cette audience royale des vexations qu'ils éprouvent; mais cela est très-rare , encore n'y a-t-il que ceux qui habitent aux environs de Mexico , et qui deviennent très-rusés.
Un autre mal vient se joindre au premier, et il est nécessaire d'y apporter remède , c'est celui-ci • en Espagne personne ne peut jouir de la qualité d'Aidalgo ni être exempt d'impôts, si ce n'est par privilège royal ; dans ce pays - ci on a fait et l'on fait chaque jour tant de \ioh\çi%{ principales) qui, comme les hidalgos en Espagne, sont exeml^s d'Impôts, que, dans bien des endroits il y en a déjM)eaucoup plus que de ceux qui le sont par leur naissance.
On devient noble de deux manières : l'une en se faisant marchand; beaucoup embrassent cette profession. On est aussi noble lorsqu'on a une fortune raisonnable ; il est vrai que quelques-uns de ces nobles payent des tributs à votre majesté ou aux commanderies ; mais pour les autres charges de la communauté , telles que prestations en nature , 8. 17
culture des terres et autres services publics, ils n'y contribuent ni de leurs deniers ni de leurs pe^ sonnes.
Il existe un autre moyen plus généralement employé pour devenir noble : tous ceux que l'on élève dans les monastères ou qui servent les religieux sont exempts , ainsi que leurs frères et leurs pères, de tous tributs et de services personnels , soit envers le roi, soit pour, la commanderie ou pour la communauté : tout retombe sur les pauvres Maceuales. Non-seulement leurs tributs sont augmentés, mais encore les corvées; puisque outre qu'ils servent leurs nobles qui sont hidalgos de naissance , ils servent encore les hidalgos et les nobles qui le sont devenus par les moyens indiqués ci-dessus , car lorsqu'un Indien devient noble , il ne travaille plus à la terre et les Maceûales seuls sont obligés de la cultiver.
Un corrégidor fort riche , jouissant d'un grand crédit dans le pays , et fort zélé pour le bien des Maceûales, m'a certifié quil avait eu dans sa juridiction trois mille tributaires , dont mille étaient devenus nobles de la manière que nous venons dlndiquer. Il faisait peser les impôts sur les deux mille qui ne Tétaient pas , en apportant à cet abus tout le remède qui était en son pouvoir. Il en résulte ce mal considérable, survenu chea: les habitants de Sodome : Hœc fuit iniquitas Sodomœ abimdancia panis et otium. Comme il existe un grand nombre de fainéants qui ne veulent pas même travailler pour eux , on voit dans ce pays les plus hor-
APPENDICE. aBg
Tïbles Tices , des incestes sans exemples , des crinaes abominables; la luxure y est très- fréquente , la bigamie et même des mariages triples , de telle sorte que les religieux ont toutes les peines du monde à s'y reconnaître (1). Cette oisiveté fait que la terre est inculte , que la famine règne dans ce pays , quoique les années passées aient été très-favorables , que la saison actuelle soit encore meilleure , et que le grain de cette année soit déjà récolté , la fanègue de farine vaut vingt-sept réaux. Je l'ai payée ce prix , «lie coûtait autrefois un demi-réal et moins. On paye un porc six à sept ducats et davantage , ils valaient autrefois six ou sept, réaux. Toutes les douceurs dont jouissent les hidalgos dont nous avons parlé sont au détriment desdits Macéiialeç ', soit comme tributs, soit comme services personnels., ainsi que je Vai dit. Le corrégidor, cité plus haut, m'a dit qu'il y avait des pays où les Macéiiales étaient occupés pendant six mois de Tannée à travailler pour Tétat, pour les caciques et les nobles : il y en a même où ils travaillent pendant neuf mois ; il ne leur reste que trois mois de travail pour soutenir leurs familles et payer les tributs. Le nombre de ces nobles et de ces hidalgos croit dans une si grande proportion , qu il est nécessaire d y apporter remède. Puisqu'en vertu des ordonnances de sa majesté dont j'ai parlé , ces Macéûales sont exemptés de ce qu'ils doivent à sa majesté et aux commanderies , à plus forte raison doiton les affranchir de ces cruelles tyrannies et de
(i) C'çst-à-dire reconnaître quelle est la femme légitime.
a6o APPENDICE.
roppression exercée par les caciques et par leurs nobles. Ce que je dis est si notoire , on en parle tant dans ce pays , qu'il n'y a point de fait qui soit plus arërë. Le pire de tout cela c'est que ces dits Macéûales sont si misérables et si soumis à leurs caciques et aux nobles y qu'ils n'osent rien leur refuser. Les corrégidors et les religieux qui ont des rapports avec eux prétendent que ce mal est sans remède, cependant j'ai causé avec certaines personnes qui m'ont assuré que dans leurs gouvernements elles y avaient remédié, et l'on assure qu'on l'a fait dans les provinces de Guaxaca ou de Mechuacan , nimporte laquelle. Enfin , toujours est-il qu'ainsi que je l'ai dit , leurs impositions sont le double et le triple de ce qu'ils payent à votre majesté et aux commanderies. Que Dieu , notre Seigneur, accorde la prospérité à votre majesté et à ses états pendant de longues années employées à son saint service.
Mexico , le 80 novembre i554.
Le chapelain et serviteur de votre altesse ,
A. ArCHIEPS. MBXICAIIUS(f).
(1) L^archevéque de Mexico était alors don Fr. Alonzo de Montofar , de Tordre de Saint-Dominique. Il occupa le siëg» archiépiscopal de i55o à iSBg, époque où il mourut.