‹ Voyages, relations et mémoires originaux pour servir à l'histoire de la découverte de l'Amérique, publiés pour la première fois en français (volume 3)Chapitre 69 sur 75 · MEXICAINS · texte numérisé non relu

MEXICAINS

ItZZIOO. - 1532.

Nous , bourgeois et habitants de la ville de Mexico-Temixtitan , sujets et serviteurs de votre majesté, nous baisons vos mains et vos pieds royaux comme à notre souverain roi et maître. Nous vous faisons savoir la misère et le besoin qui nous oppriment; et en particulier, nous soussignés , nous vous exposons Topprobre où nous sommes réduits sous les yeux de nos compatriotes. Nous descendons d'aïeux qui

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gouvernaient autrefois ce pays et y exerçaient la toute puissance , et pourtant nous sommes les plus pauvres de la contrée, et nous n'avqns pas pour nous nourrir un morceau de pain qui soit notre propriété.

En conséquence nous vous supplions , sire , de prendre notre malheureux état en considération , et de vous souvenir de ce que nos ancêtres et nous-mêmes BOUS avons fait, ce que nous espérons encore faire, dans rintérêt de votre majesté. Veuillez donc compatir à notre malheur, interroger votre conscience royale, ordonner que Ton pourvoye à nos besoins, et que Ton nous traite comme tous vos sujets espagnols qui habitent ce pays ; de telle façon cependant que les grâces que vous voudrez bien nous concéder ne soient pas au détriment des Espagnols , mais bien à la charge de votre majesté. Nous vous prions d'ordonner, en cas que nous ayons des tributs à payer, que ce ne soit qu a votre personne royale , et cela en considération de notre conduite passée, de notre qualité et des faibles moyens pécuniaires dont jouissent les naturels, ainsi que nous le demandons aux membres de votre audience royale en présence du président et des auditeurs de votre majesté , à qui nous remettons cette pétition. Afin que votre majesté connaisse nos noms , nos qualités , que nous ne demandons que ce qui fut la propriété de nos auteurs, et pour qu'elle puisse récompenser chacun de nous comme il le mérite , voici qui nous sommes :

Moi , don Martin Neca Hualteculuchi , je suis fils de Montezuma, qui, comme cela est notoire, se

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sonmit aox ordres de votre majesté j se reooBnot votre vassal , et en qualité de souverain remit entre vos mains cette ville et son territoire. Deux fois jai été baiser les pieds de votre majesté et implorer ses faveurs ; la première fois votre majesté m'accorda par lettres deux villages qui appartenaient à mon père comme biens patrimoniaux , et qui étaient indépendants de la souveraineté générale , on les nomme Caqualpa et Xiquixilco ; maïs comme personne ne soutint mes droits, les lettres de votre majesté n'ont point eu d'effet. Je supplie donc votre majesté , ces villages étant de peu d*importance , de vouloir bien m'en accorder la possession , afin que je puisse pourvoir à mes besoins. Daignez , sire , me secourir dans cette circonstance et m'honorer de vos odres.

Moi , don Juan Coadhuichil , je suis petit-fils d'un ancien souverain de Mexico , oncle de Montezuma, et qui se nommait Alinicoci ; mon aïeul fit don à sa fiilev^ ma mère , d un village nommé Chiaxa , qui est dans les environs de Mexico , du côté de Xilutepèque. Je possédais aussi à Tépoque de l'arrivée des Espagnols un village nommé Tlahuitomisco , qui avait appartenu à mon père et à mon aïeul. Lorsque le marquis (1) partit pour TEspagne , je raccompagnai , j'allai baiser les mains de votre majesté. Des ordres verbaux de voire majesté prescrivirent d'accorder certaines faveurs , tant à moi qu'à tous ceux qui étaient arrivés de ce pays-ci, mais d'autres

(i) Fernand Gortès , niarquis del Valle.

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affaires survinrent qui en empêchèrent Fexécution , et nos pétitions , à ce sujet , furent sans effet à cause des circonstances. Je supplie votre majesté de vouloir bien m'accorder les deux villages susdits, puisqu'ils appartenaient à mes pères. J'ai servi votre majesté dans la conquête du Goatemala , et je n'ai pas de quoi me nourrir, quoique je sois un des plus grands seigneurs de la Nouvelle-Espagne. Veuillez donc , eire , me faire la grâce de disposer en ma faveur des deux villages susdits.

Moi , don Diego Huanicbiî , je suis seigneur d'un village nommé Ecatepeque , éloigné de trois lieues de Mexico; et quoique j'en aie la souveraineté, ce village, faisant partie d'une commanderie , Christoval de Valderrama en perçoit les tributs et les revenus , ayant épousé doria Léonorè , fille de Montezuma. Je suis aussi petit-fils de Ahuicoci susnommé, anciensouverain de Mexico avant Montezuma. Trois petits hameaux , nommés Ticayuca , Tulcuayuca et Asayuca dépendaient de Ecatepeque; que votre majesté veuille donc me faire la faveur de me les accorder , ou tout au moins le village de Ecatepeque, puisque je les possédais , et que je suis fils de l'ancien souverain. Quant à ma personne, j'ai servi votre majesté : j'ai fait la campagne de Honduras avec le marquis , et j'ai souffert de grands maux dans cette expédition.

Moi , don Diego Tehuezquiti , je suis aussi petit-fils d'un ancien souverain de Mexico , nommé Teucocicacin , prédécesseur de Avicoci son frère, tous deux oncles de Montezuma. J!ai été pareillement à Hon-

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duras avec le marquis. Je prie votre majesté de m'accorder un village qui est à Mezquiqui , et un autre domaine situé dans la province de Gbalco : on le nomme Xucuyaltepethl. Ils appartenaient à mon père et à mes ayeux , et j'en fus dépouillé à l'arrivée des Espagnols; et comme ces villages (1)

mes ancêtres les avaient conquis les armes à la main, on mêles enlève (2)

Moi , don Pablo , aujourd'hui en vertu d'ordres de laudience royale, je suis Tuculticle et gouverneur de Mexico, pour ce qui concerne les naturels. Les petits hameapx de Yztepec et de Utlalpaque appartenaient à mon père quand les Espagnols vinrent dans ce pays; il en avait fait la conquête, et je n'ai pas de pain. Depuis l'arrivée des Espagnols j'ai servi votre majesté , et je la sers encore aujourd'hui de tout mon pouvoir dans mon empfoi de gouverneur de Mexico, comme c'est un fait avéré.

Moi , don Hernando de Tapia , je sui^ fils de feu de Tapia , et ancien Tucotècle , gouverneur de Mexico , sous le marquis del Valle. Depuis sa mort, j'ai continué de servir votre majesté. Mon père possédait deux petits villages , nommés Oztuma et Alaviztla qui lui avaient été laissés par le marquis. Lorsque celui-ci retourna en Espagne ; le trésorier Alonzo d'Estrada les lui enleva. Mon père a servi votre majesté avec loyauté; il a fait les expéditions

(i) Ici l'original est déchiré.

( 2) L'original est encore déchiré dans cet endroit.

des provinces de Paouco , de Tutepeque , et celle de Honduras avec le marquis. Il a fait partie dernièrement d'une expédition commandée par Nudo de Guzman , pendant laquelle il fut blessé d'une flèche, et il en mourut. Il marchait toujours comme chef des naturels, attendu sa qualité. Mon père possédait aussi le village de Oxitipa , qu'il faisait administrer par un chef de Mexico , nommé Bartolomé ; celui - ci Fa gardé ; je supplie votre majesté d'accorder audit chef ce village , qui est de peu d'importance , et de me laisser les autres.

La ville, la banlieue et les environs de Temixtitan- Mexico avaient , sous leur dépendance , d'autres villes et d'autres villages dans un grand nombre d'endroits, ce sont les villages de Sucunusco , Metuxco , Xaltuea et Âcacca, qui est aujourd'hui détruit. Ils avaient été colonisés par les Mexicains , et peuplés par des esclaves qui leur appartenaient', et que Ton y avait envoyés à cet eflet. Ils payaient tribut à la ville de Mexico ; ceâ tributs étaient employés aux besoins publics. Mexico possédait aussi Nihalco , TIacuba , Coatepec , Matalcingo, Guyoacan, et beaucoup d'autres pays dont elle est dépouillée aujourd'hui , à cela près de quelques lieux des environs de la ville. La plupart de ces territoires étant sur le bord de Teau , sont souvent inondés ; l'administration de Mexico a ordonné qu'ils seraient transformés en terrains non cultivés, et en pâturages pour les troupeaux des Espagnols. Ceux-ci ont fait abattre plus de cent maisons de laboureurs , ce qui nous a occasionné des pertes considérables. Nous l'avons fait savoir au présideiit

et anx auditeurs de votre majesté qui ont défendu de nous en déposséder avant d'avoir connaissance de votre volonté royale. Nous supplions votre majesté de nous rendre justice, et de se souvenir de nous f de cette ville et de ses habitants , car Mexico étant peuplé d'Espagnols , nous sommes plus pauvres que les naturels des autres villes et villages où il n'y en apas.

Mexico était autrefois la capitale , toutes les au^ très en dépendaient ; nous ne rappelons pas cela au souvenir de votre majesté , dans Tinteâtion de demander et d'obtenir ce qui n'est pas juste ou ce qui pourrait être préjudiciable aux Espagnols , puisque nous sommes , aussi bien qu'eux , sujets et serviteurs de votre majesté ; mais afin que votre majesté interroge sa conscience royale et veuille bien nous accorder les grâces que nous implorons, puisque nous ne demandons rien qui ne soit juste et raison-^ nable. Si nous avons tardé de le faire jusqu'aujourd'hui , c'est parce que nous ignorions par quelle personne et comment faire parvenir notre supplique à votre majesté. Nous vous prions , sire, si votre ma*jesté nous accorde ces faveurs , de faire en sorte que ses ordres soient exécutés , et que le président et les auditeurs ne puissent y mettre empêchement ; car les ordonnances de votre majesté ne sont mises à exécution que difficilement , et nous le considère^ rons comme une faveur signalée.

Le dix-huitième jour du mois de juin 1532 , en présence des très-révérends , le président et les auditeurs réunis à cet efiet , sont comparus don Pablo ,. gouverneur de Mexico^ don Juan, don Martin,^

nobles indiens , habitant la dite ville et Hernando de Tapia , lesquels ont présenté cette pétition qu'ib ont faite. Ils ont demandé aux dits seigneurs président et auditeurs d en prendre connaissance et de donner leur avis , afin que votre majesté puisse agir comme elle l'entendra .

Le président et les auditeurs certifient que don Martin passe pour être fils de Mutizuma et d'une des femmes qu'il possédait en grand nombre. Don Juan et don Diego sont ses neveux , suivant le rapport de tous les Indiens , et ils sont regardés comme tels. Les autres sont des gens de distinction , ainsi qu'ils le disent.

Il nous semble que votre majesté doit pourvoir à leur subsistance : ce qu'ils demandent est peu de chose ; on peut le leur donner , pour qu'ils soient seigneurs comme tant d'autres, qu'ils n'aient à payer que les tributs qui sont dus à votre personne royale. Elle peut aussi faire en sorte que les villages n'aient à payer que des impositions trèsmodiques ; elle peut donner à don Diego les villages qu'il demande , pourvu que ce soit ceux qui suflBrontà fournir à son entretien, suivant lavis de cette audience. Votre majesté, en accordant ces grâces, satisferait sensiblement la nation indienne; et il peut en résulter que tous les naturels se convertissent à notre foi. Un grand nombre de chefs seraient encouragés à servir votre majesté , dans l'espoir d'obtenir des faveurs pareilles , surtout si ces biens étaient héréditaires de fils en fils. Ce sera un moyen de procurer la tranquillité générale. Les licenciés

Eps; Santi-Dominici (1) , Salmeron , Alonzo Maldonado , Geinos , Quiroga.

(i) L'ëvéque de Saint-Domingue , don Sébastien Ramirez de Fuenreal , nommé par Charles V , président de l'audience royale du Mexique en i53o.

N. B, Les noms propres contenus dans cette pétition , sont écrits de la manière la plus irréguliére ; c*est ainsi que Ion trouve par exemple le même personnage cité sous les noms d*Alinicoci, d'Uahuicoci et d*Avicoci. Nou» avons mieux aimés les laisser tels quels que de nous exposer à commettre d'autres erreurs.

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