‹ Voyages, relations et mémoires originaux pour servir à l'histoire de la découverte de l'Amérique, publiés pour la première fois en français (volume 4)Chapitre 27 sur 29 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Hernando de Soto arrive à Xauxa et fait Ghalcochim» prisonnier. — Fin de THistoire de Guricuillor. — Mort d*Atahua1pa.

L'ordre que Quizquiz avait envoyé à toutes

les provinces de prêter foi et hommage à Ata-

hualpa attira tant de monde à Caxamarca, que

les Espagnols commencèrent à craindre pour

leur sûreté. Ils ne marchaient jamais sans

armes et défendirent aux Indiens dVn porter.

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Alahualpa éprouvait un vif regret de ne pouvoir assister aux banquets que les ébek donnaient en son honneur; il obtint un jour de Pizarro la permission d'y asâster , accompagné de quelqiKS Espagnols bien armés. Le soir, on le fit rentrer sous bonne garde dans son appartement. Philippe , Tinterprète indien , avait assisté à cette fête pour écouter ce que diraient les caciques de la manière dont les Viraoocbas traitaientleur souverain. Il était, dit-on , épris d'une des femmes d'Atahualpa, que la crainte qu'inspirait Tlnga empêchait de se rendre à ses désirs. Il prc^ta de Toccasion du banquet pour accuser le roi de Quito, et dit aux Espagnols a qu'il avait rassemblé n tous ces caciques à Caxamarca dans l'intenn tion de se révolter et de leschasser du pays. » Les Espi^nols , qui voyaient avec peine que le payement de sa rançon éprouvait des retards y ajoutèrent foi k cette dénonciation; les témoins, qu'on ne pouvait iiiter-^ roger qu'au moyen de l'interprète, la con-*

firmèi eut , et la mort de Tlnga fut résolue.

Pendant les six mois qui s'étaient écoulés depuis la bataille de Yanamarca, Quilaco- Yupangui s'était entièrement remis de ses blessures dans la vallée^ où il s'était réfugié par les soins de son fidèle Titu. Celuici cherchait de tous cotés à se procurer des nouvelles, et lui avait appris l'arrivée des Viracochas au Péix>u. Un jour Titu, en arrivant à Xauxa , trouva la place qui est devant le palais remplie de gens de guerre, et apprit que c'était l'armée de Chalcochima qui se rendait à Caxamarca pour délivrer Âtahualpa, et que le général s'était arrêté dans cet endroit parce qu'il était arrivé de Cuzco deux messagers du Soleil accompagnés d'un Orejone , et que oe dernier ayant voulu prendre le commandement de l'armée , une querelle s'était élevée entre lui et Chalcochima.

C'étaient en effet Hernando de Soto et Pedix> del Barco qui venaient d'arriver de Cuzco accompagnés d'Anda-Marca-Mayta. Celui-ci

s'était approché de Ghalcochima eu lui disant d'un ton de mépris : « Eh bien ! tes cruautés w auront-elles bientôt un terme? Quand toi » et cette béte féroce de Quizquiz serez-vous » rassasiés de sang ? Dis-moi , tigre furieux , M viens-tu répandre celui de ces misérables , >i après avoir versé tout celui des Ingas? Je » me réjouis de ce que le créateur ait envoyé » les exécuteurs de sa justice pour châtier tes » barbaries et celles de ton chef. Mets un terme » à ta fureur et suis nos pas, car le chef des » Espagnols t'ordonne de venir le trouver. »

Ghalcochima lui répondit d'un air irrité :

« Qui t'a donné l'audace de me parler de la )) sorte? Va dire à ceux qui t'envoient que » c'est 01 eux à venir me trouver. Que ces » étrangers barbus se hâtent de mettre en li- » berté le roi Atahualpa, mon seigneur ^ ou » je les ferai tous brûler vifs. » Anda-Marca- Mayta lui répliqua, en lui donnant un soufflet : « Le temps de ton oi^ueil est passé! » Ils allaienten venir aux mains, maisSoto et Pedro

del Barco les séparèrent et ordonnèrent à Anda-Marca-Mayta de conduire Farmée à Caxamarca. Chalcochima , voyant que les peuples qui la composaient se réjouissaient d'être délivrés de sa tyrannie , vit que son autorité avait un ternie. Il baissa la tète et sortit de la place. Les Espagnols lui ordonnèrent, le jour suivant, de se rendre à Gaxamarca, mais il s'y refusa, et l'on fut obligé de l'attacher sur un cheval.

Titu avait assisté à ce débat. Il alla trouver Quilaco-Yupangui et lui apprit que le pouvoir des Ingas n'existait plus, et que leur aigrette avait passé sur la tête d'un étranger. Il lui parla aussi de l'air noble et de la justice des Viracochas, qu'il regardait comme les messagers de la divinité. « Quilaco-Yupangui , lui » dit-il , si tu veux que nos malheurs aient une » fin , suis le conseil que je vais te donner. » Le pouvoir des deux frères est à jamais dé- » truit; l'un est mort, et l'autre est prison- » nier. Les Espagnols ne le laisseront pas

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» échapper ^ et sauront conserver l'empire » c'est donc leur protection qu'il faut invo- » quer. Quant à celui qui se trouve ici, il te » donnera les moyens de rentrer dans ta pa- » trie, d'où ton mauvais sort t'a fait sortir. }} Quand tu seras hors d'embarras , tu serais » un ingrat si tu ne m'aidais pas aussi à en » sortir. » Quilaco était tellement désespéré de la chute de l'empire et de la ruine de toutes ses espérances , que Titu eut beaucoup de peine à le déterminer à le suivre. Mais enfin , il l'entraîna auprès d'Hernando de Soto, et lui raconta, par la bouche de l'interprète, toute l'histoire que nous savons déjà; car Titu n'était autre que la belle Curicuillor qui , sous ce costume, avait quitté sa patrie pour aller à la recherche de son amant. Quilaco Yupangui fut tellement surpris de retrouver ainsi celle qu'il croyait perdue pour toujoui^, qu'il ne put prononcer une seule parole.

Hernando de Soto leur promit son appui et fit <Ioiiiirr des vêtements convenables à ses

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deux protégés. Ils furent baptisés sous le nom de Hernando Yupangui et Dona Leonor Curicuillor^ et mariés selon les lois de l'Église. Mais Yupangui étant mort deux ans après ^ Hernando vécut avec la veuve et en eut Doiia Leonor de Soto, qui vit encore à Cuzco, mariée avec Garillo , notaire de S. M. ; elle en a eu Pedro de Soto, Doiia Juana de Soto, et plusieurs autres enfants.

Quand Hernando de Soto arriva à Caxamarca , le procès d'Âtahualpa était bien avancé. Peu de jours après il fut condamné à mort et exécuté dans sa prison, après avoir, sur sa demande , reçu le sacrement du baptême. Nous ne porterons aucun jugement sur cette sentence. Les trésors que Ton avait livrés pour sa rançon furent partagés entre les Espagnols; ils formaient une somme d'un million vingtcinq raille cinq cents castillans d'or, et cinquante-deux mille marcs d'argent. Chaque cavalier reçut neuf cents pesos d'or et trois cent soixante marcs d'argent. Chaque fan-

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tassiii rul la moitié de cette somme. Quant k François Pizarre et à ses capitaines , on peut penser que leur part fut encore meilleure.

C'est le jour même du tremblement de terre de Lima^ 9 juillet 1586, que nous avons mis la dernière main à cet ouvrage. Qu'on en donne la gloire au Tout-Puissant, auteur de tout ce qui est bon et parfait, et dont la gloire vivra dans tous les siècles.

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