‹ Voyages, relations et mémoires originaux pour servir à l'histoire de la découverte de l'Amérique, publiés pour la première fois en français (volume 4)Chapitre 8 sur 29 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Guerre contre la prorince de Chinchaysnyo. — Retraile des Ghangas dans la proTÎnce de Rnpa-Rupa. — Gonquéte des Gbimos et des Ganarès.

Quand Inga-Yupangui eut ainsi réglé les

affaires de la religion et de l'état, il confia le

commandement de son armée à Apoc-Conde-

Mayta, son favori, auquel il avait déjà donné

des terres considérables, un grand nombre

d'esclaves , et tout ce qui , à cette époque , pou- 15. 5

vait rendre un homme riche et puissant. Il lui donna pour conseillers deux de ses frères bâtards et quelques-uns de ses parents qui jouissaient d'une grande réputation de prudence et de valeur.

L'armée que devait commander Apoc-Conde- Mayta était composée de troupes fournies par les nations alliées ^ et d'un grand nombre d'OreJones ou habitants de Cuzco. On leur donnait ce nom, parce qu'à l'imitation des Ingas, ils avaient pris l'habitude de se percer les oreilles. Il était aussi suivi d'un grand nombre de naturels des environs de Cuzco , qui aimaient beaucoup les expéditions militaires, à cause des privilèges que l'on accordait aux gens de guerre, et d'un corps considérable de Changas, nation belliqueuse qui ne perdait aucune occasion de faire briller s^ valeur.

Appç-Conde^Mgyta pénétra dans la province de Parcos. Sans entrer dans tous les détails de cette expédition , je dois raconter un événement qui fit briller la valeur des Changes,

mais qui faillit causer la destruction de cette nation.

Apoc-Conde-Mayta envahit la province de ParcoSy et mit le siège devant la forteresse d'Uroacllac qui se défendit vigoureusement.

Deux assauts livrés par les habitants de Cuzco avaient été repoussés. Les Changas^ chargés de la troisième attaque , et voulant montrer aux autres nations combien ils leur étaient supérieurs en courage^ s'élancèrent contre les palissades comme des gens décidés à vaincre ou à mourir. La garnison y épuisée par les attaques qu'elle avait déjà soutenues , ne put leur résister, et les Changas pénétrèrent dans la forteresse en poussant des cris de victoire. Ils firent un si grand massacre des assiégés, qu'à l'arrivée des Orejones et des autres troupes, il ne leur restait plus rien à faire; celles-ci eurent bien de la peine à cacher leur mécontentement, et envoyèrent des messagers à Cuzco pour se plaindre à l'Inga de Tafiront que leur avaient fait les Changas. Celui-ci,

troupes si cela était nécessaire , et de n'en pas laisser échapper un seul qui pût aller porter à ses compatriotes la nouvelle de leur désastre.

Pour s'acquitter plus secrètement de ce message , celui qu'il en avait chaîné n'entra qu'à minuit dans la tente de Capac-Yupangui y qui y heureusement pour les Changas , avait avec lui , dans ce moment y une sœur de leur général.

Celle-ci , voyant le danger que couraient ses compatriotes, s'échappa secrètement de la tente, et alla avertir son frère, qui ne se défiait de rien , des ordres cruels du roi de Cuzco, et du danger qui menaçait sa nation. Celui-ci, aussi prudent que brave, réunit les principaux chefs des Changas, leur annonça ce qu'il venait d'apprendre , et les engagea à quitter le service d'un prince aussi ingrat.

L'armée étant arrivée à Gua:^z-Tambo, à l'entrée de la vallée de Guayllas, les Changas

levèrent leur camp à minuit^ et abandonnèrent secrètement l'armée. Un grand nombre d'habitants de Cuzoo, ayant aperçu ce mouvement , crurent qu'il était ordonné par le général , et que l'armée entière se mettait en marche, dans l'intention de surprendre l'ennemi ; ils se joignirent donc aux Ghangas , et ce ne ftit qu'au lever du soleil qu'ils s'aperçurent de leur erreur; ils voulurent alors retourner sur leurs pas, mais il était trop tard. Les Ghangas les forcèrent à les accompagner et arrivèrent le lendemain à Guayllas , dont les habitants , croyant que c'était l'armée de l'Inga qui revenait, vinrent au-devant d'eux pour les mieux recevoir.

Les Ghangas , profitant de leur erreur , les attaquèrent à l'improviste, en massacrèrent un grand nombre, et se retirèrent chargés de butin; ils tournèrent ensuite à droite , traversèrent lagrandeGordillière, entre Guanuco et Ghachapoyas, et se fixèrent sur le versant

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oriental^ dans les provinces de Hanamayllo et de Ruparupa.

Dés que Capac-Yupangui fut averti de la fuite des Changas , il entra dans une violente colère , et se mit à leur poursuite dans l'intention de les exterminer; mais il ne put les rejoindre que quand ils eurent gagné les montagnes^ et dans un endroit où il ne pouvait espérer de remporter sur eux quelque avantage.

Capac-Yupangui tourna alors sa fureur contre les Conchucos et leurs alliés^ les battit en diverses rencontres , s'empara de Guamaehuca , et assiégea Caxamarca. Cuzmango- Capac, chef des Conchucos, voyant qu'il n'était pas assez puissant pour résister seul aux armes de ringa, fit alliance avec Chimo-Capac (1),

(i) L*empire de Chimo-Capac s étendait sur un espace d*environ aoo lieues , entre la province de Chancay et celle de Tumbez. Son origine est si ancienne que quelques auteurs Vont crue antérieure à celle des Ingas. Le souverain qui régnait lors de cette conquête se nommait Chimun-Cauchu. Chimo- Capac signifie roi puissant. Cette nalion, avant d*étre soumise par les Ingas et d'embrasser le culte du Soleil , adorait de»

qui régnait sur les plaines du Pérou , depuis Guarmey jusqu'à Tumbez, Celui-ci lui envoya des renforts considérables, commandés par un de ses parents; mais ils furent inutiles. Cuzmango-Gapac fut tué dans le combat, et les Ingas entrèrent en triomphe dans Caxismnarca, commeils le faisaient toujours quand ils s'emparaient d'une province.

Quand Capac-Yupangui eut pris toutes les mesures nécessaires pour assurer sa conquête , il retourna à Cuzco, où il espérait, ainsi que ses compagnons , recevoir la récompense de ses exploits et sa part du butin et des prisonniers; mais Inga-Yupangui, mécontent de

animaaz et des poissons. On voit encore auprès de la ville de Guaura les ruines de la forteresse de Paramonga , que les Ingas y avaient construite , et à une demi-lieue de Truxillo , dans un endroit nommé Chanchan , les restes du palais des anciens rois du pays.Le cacique de Manciche,qui fut baptisé en i55o sous le nom de D. Antonio Ghayhnac , passait pour le descendant des anciens Chimos , et sa postérité habitait encore Lima vers le milieu du XV1II« siècle. {Feijod , Relacion de la Ciudad de Truxillo. Madrid , 1768 f^, p. aS et 85. Ciilancha, Historia del Perû. Barcelona, i638, f», liv. H, ch. xxxv et liv. III, ch. I, P>. GarcUasto, liv. VI , ch. xxxii.)

ce que son fils Apoc-Auqui n'eut pas toute h. gloire de cette conquête , accusa Capac-Yupangui de ne pas avoir exécuté ses ordres à l'égard des Changas , et le fit mettre à mort , ainsi que Guayna-Yupangui et plusieurs autres des principaux chefs. Cette conduite odieuse attira à l'Inga la haine de ses sujets qui craignirent de devenir ses victimes*

Quand l'hiver fut passée l'Inga s'occupa à pousser ses conquêtes du coté de Caxamarca^ et à soumettre à l'empire plusieurs nations dont on avait eu connaissance. Quoique Topa* Inga-Yupangui, héritier présomptif delà couronne, fût trop jeune pour pouvoir se mettre à la tête de l'armée, son père ordonna qu'il l'accompagnerait afin d'encourager ses guerriers par sa présence. Il choisit pour la commander Topa - Capac , son frère , ainsi qu'Auqui- Yupangui et Tillca- Yupangui, qui s'étaient déjà distingués par leur valeur en plusieurs occasions.

Topa-Inga s'avança donc vers Chinchaysuyo,.

et Apoc-Auqui s'empara de toute la vallée de Maibamba, après avoir remporté plusieurs victoires sur les naturels, et arriva jusqu'à Pillasuni, L'Inga lui donna pour récompense le gouvernement de la vallée de Maibamba ,* et l'on y trouve encore aujourd'hui ses descendants. Le chef de cette famille est D. Juan Yupangui.

Topa-Inga s'empara d'abord des forteresses de Toara, Cayara et Curamba, dans la province des Quichuas ; il pénétra ensuite dans le pays des Angaraos, dont les habitants, retranchés dans les forteresses d'Orcolla et Guaila-Pucara,se défendirent vigoureusement.

Après avoir perdu beaucoup de monde, leurs retranchements furent forcés , et leur chef Ghuquiz-Guaman fait prisonnier. De là l'armée victorieuse pénétra dans la province deXauxa^ prit Siquilla-Pucara et soumitdiverses nations: elle entra ensuite dans la vallée de Guayllas , prit les forteresses de Ghuncomarca et Pillaguamarca , et entra enfin dans Gaxamarea^

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que la garnison qu'y avait laissée Capac-Yupangui avait conservée à Flnga , quoiqu'elle eût été attaquée plusieurs fois par les Yungas habitants des terres chaudes ou des plaines.

* Ghimo-Capap , roi de cette nation , était le plus redoutable ennemi des Ingas. Il n'était pas moins puissant dans les plaines que ceuxci l'étaient dans les montagnes. Topa-Inga envoya contre lui une grande partie de son armée : quand elle eut traversé la province de Guamachucos et fut arrivée dans les plaines , elle livra plusieurs combats à celle de Chimo-Capac. Je ne puis donner aucuns^ détails sur cette guerre , ils sont oubliés aujourd'hui ; car les Indiens ont perdu presque toutes leurs traditions, et les Espagnols ne se sont jamais donné aucune peine pour s'instruire de rhistoire ancienne du pays; tout ce que je puis dire, c'est qu'après plusieurs combats meurtriers , les Ingas s'emparèrent de tout le pays , ravagèrent tout le territoire arrosé par le Pacazmayo, et revin-

rent à Gaxamarca en remontant le Nepos. Les troupes que Topa-Inga avait envoyées à Celendin lui rapportèrent des renseignements sur la province des Chachapoyas. Elles s'étaient avancées jusqu'à Raimi-bamba , en traversant Chazmal , Xalca^ Apia et Javanto, et revinrent à Gaxamarca avec un grand nombre de prisonniers. Topa-Inga résolut alors d'aller attaquer les, Guambos/ et les soumit^ ainsi que les Llaucanès, les Ghotas et les Gutervos. Il s'empara ensuite de Guanca-bamba et de Guzi-bamba, et subjugua les Pal tas qui s'étaient fortifiés sur les hauteurs escarpées de Zaragaro; les Ganarés se soumirent d'abord volontairement , et lui ouvrirent leurs villes de Ganari-bamba et de Tumi-bamba. Mais cette nation, inconstante et peu accoutumée à l'obéissance, se révolta bientôt. Topa- Inga fit prisonniers Pizar-Gapac, Ganar-Gapac et Ghica-Gapac , chefs de la sédition. Pour les punir de leur conduite et les empêcher de recommencer, il les força de construire à Qui-

chicaxa une forteresse considérable , dans laquelle il laissa une forte garnison de Mitiinaés.Il obligea les Canarès à leur fournir des vivres , et à construire à Âzuay et à Tiocaxas d'autres forteresses destinées à empêcher les incursions des Purvaés et des Chimbos , et une à Pcmiallacta contre d'autres tribus insoumises qui avaient pour chefs Apoc-Ghavan- Callo et Apoc-Anto.

Ce fut dans la forteresse de Tumi-bamba que Mama-Oello y concubine et cousine germaine de Topa-Inga-Yupangui ^ lui donna un fils nommé Guayna-Capac, dont nous aurons occasion de parler plus tard. Bientôt après ringa quitta Tumi-bamba pour aller faii^ la conquête de Quito , comme nous le dirons

dans le chapitre suivant.

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