‹ Voyages, relations et mémoires originaux pour servir à l'histoire de la découverte de l'Amérique, publiés pour la première fois en françaisChapitre 11 sur 42 · VELA9C · texte numérisé non relu

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coniques de diverses grandeurs , suivant Tusage des Garas : on en trouve encore aujourd'hui de très-bien conservées, qui témoignent de la triste fin de leur empire.

Commencement de la troisième époque et du règne de l'Inca

Huayna-Capac.

1 . Le triomphe de Huayna-Capac et la plus belle de toutes ses conquêtes finirent la deuxième époque et marquèrent le commencement de la troisième , pendant laquelle les deux royaumes n'en formèrent plus qu'un seul. Cette époque commence à Tannée 1487 de l'ère chrétienne. Quand les cérémonies funèbres du dernier scyri furent achevées, l'Inca, qui y avait assisté en personne avec une extrême magnificence, se retira dans le logement qu'on lui avait préparé; mais il ne

put prendre de repos de plusieurs jours. II avait été frappé de la froideur avec laquelle beaucoup de caciques lui avaient prêté serment de fidélité , mais encore plus de la proclamation, comme scyri, de la fille du roi défunt, de qui elle avait reçu, dès son enfance, les enseignements et adopté les principes.

2. Aucun des gouverneurs ni des caciques vaincus ne se montrait plus dévoué et plus soumis , en apparence, que celui de Carangui , parce que nul que lui ne tramait une plus noire trahison contre son nouveau maître. 11 se conduisit avec tant d'art et de prudence, qu'on ne soupçonna pas ses projets. La froideur des autres se démentait tous les jours par leur ponctualité à accomplir les ordres qu'on leur donnait; de sorte que Huayna- Gapac finit par se persuader que les premières démonstrations ne venaient que d'un regret naturel et momentané de se voir sous un nouveau chef. Il était devenu plus confiant et plus libre de soupçons : sans crainte de

trahison aucune, il dormait au milieu de son armée, qui se livrait à l'oisiveté et à la mollesse, et unissait ses festins à ceux des vaincus. Cependant, une nuit, les Caranguis l'attaquèrent avec tant d'impétuosité qu'ils massacrèrent la plus grande partie de la garde de l'Inca , composée d'Orejones , et que la vie de Huayna-Capac lui-même courut de grands dangers.

3. Mais celui-ci , revenu de sa surprise, ne douta pas que les auteurs de cette affreuse trahison ne fussent en effet les Caranguis (alors une des nations lés plus nombreuses) , et il résolut de les en punir par le plus horrible chàtiment. Ils s'étaient retirés, avant le jour, dans leur province, croyant qu'on ne les connaîtrait pas, ou que du moins ils seraient en état de faire une vigoureuse défense; mais , le jour même, l'Inca marcha avec toute son armée contre cette malheureuse nation , et fit massacrer tous les hommes en état de porter les armes, sans qu'il en échappât un seul. Les

auteurs qui ont parlé de ce fait ne sont pas d'accord sur le nombre des morts.

4. Quelques - uns disent qu'il s'éleva à quarante mille, d'autres à trente mille, et d'autres enfin , s'appuyant sur Gieça de Léon (Chrôn. delPeru, c. 37), parlent seulement de vingt mille. Les cadavres qui furent jetés dans le lac qui est voisin de la capitale des Caranguis, en teignirent tellement les eaux , qu'il prit le nom de Yaguar-Cocha ou lac de sang. L'inca, considérant que cette province s'était nommée d'abord Yambayâ, et qu'à cause d'une trahison semblable , on avait changé le nom en celui de Carangui, remplaça celui-ci par le mot de Huambraconas , qui veut dire nation d enfants , parce que les femmes et les enfants avaient seuls survécu au châtiment ; mais ce nom ne lui resta que jusqu'au temps où ces enfants furent devenus des hommes.

5. Quoique cette victoire pût le tranquilliser pour l'avenir , l'Inca, en homme politique et rusé , méditait un autre projet qui devait as-

surer encore mieux sa nouvelle conquête , il résolut de s'unir à Paccha, fille du dernier scyri et son successeur. C'était une jeune fille de vingt ans , dont il avait remarqué la beauté, et qui, suivant les lois du royaume, devait donner la couronne à son époux. Il considéra cette union comme le seul moyen qui pût le tranquilliser sur l'avenir. Ce plan obtint l'approbation unanime de tous les conseillers , et Paccha elle-même, y voyant le seul remède à ses malheurs , s'empressa d'y consentir.

6. Toutes les provinces du royaume reçurent cette nouvelle avec une joie inexprimable et la saluèrent par des réjouissances et des fêtes magnifiques. L'Inca, voulant répondre à ces démonstrations et s'attacher davantage ses nouveaux vassaux, mit, le jour du mariage, sur son Llauto ou bandeau impérial , l'émeraude , insigne des rois de Quito. La solemnité eut lieu dans la capitale avec toute la splendeur et tout l'éclat possibles; les fêtes durèrent vingt jours, et , depuis lors Huayna-

Capac fut non - seulement jusqu'à sa mort aimé et respecté de tous ses sujets, mais idolâtré par eux. - . - •

7. Je ne dois pas passer ici sous silence la différence qui existe entre les historiens anciens et modernes sur ce point principal de l'histoire de la troisième époque du royaume. Quelques-uns, s'appuyant tant sur les anciens historiens , Niza {Las dos Lineas) y Bravo Saravia ( Antiguedades del Perà) , et Gomara (Historia gênerai, c. 119), que sur les modernes, Collahuaso ( Guerras civiles ) , et Robertson (Hist.gen. dAmér., liv. vi, p. 196), disent que Huayna-Capac prit scyri Paccha pour sa légitime épouse. D'autres en parlent comme d'un simple concubinage , et la plupart des auteurs modernes n'ont fait que suivre aveuglément cette opinion. Ceux qui l'ont soutenue s'appuient sur deux prétendues lois, dont l'une n'a jamais existé dans le pays , et l'autre n'a pas été comprise. Les auteurs modernes ne l'ont point discutée et s'appuient seulement

sur le témoignage des anciens historiens, leurs devanciers.

8. Avant de parler de ces lois , je dois dire que la coutume permettait aux Incas de prendre, non-seulement une, mais trois ou quatre épouses légitimes et autant de concubines qu'ils le voulaient. La loi de succession au trône appelait toujours le fils de la première , et, à défaut de celui-ci , ceux des autres femmes, d'après leur ordre respectif; de sorte que lorsqu'aucun fils n'était né de ces diverses femmes, l'aîné d'une des concubines pouvait hériter. Huayna-Capac avait d'abord épousé Rava-Oello, dont il avait eu Atoco, son premier -né, qui reçut au deuxième baptême le nom de Inti-Cusi-Hualpa, et fut connu généralement sous celui de Huascar , parce que son père avait fait fabriquer une longue chaîne pour célébrer sa naissance ; car Huascar signifie corde ou chaîne. On ignore s'il eut des enfants de sa deuxième femme , mais on sait que de la troisième, nommée

M ama-Runta , il eut Manco-Capac II, ainsi que plusieurs autres enfants de ses concubines de Cuzco , avant qu'il ne vînt à Quito.

9. La loi qu'ont imaginée quelques auteurs serait que l'Inca ne pouvait se marier qu'avec une de ses sœurs , s'il en avait, ou avec une de ses plus proches parentes. Ils disent que cette loi était de Manco-Capac I, fondateur de l'empire, qui se maria avec sa sœur, ainsi que le firent- tous ceux de ses successeurs qui en eurent. D'après l'autre loi , qui a été mal comprise , aucun Inca ne pouvait se marier avec une étrangère , pour que le sang royal ne fut pas souillé par son mélange avec celui d'une race inférieure. Il est inutile de démontrer que cette loi eût été parfaitement inutile, si la première eût existé, car la sœur de l'Inca ne pouvait être une étrangère. Il est certain , d'ailleurs, qu'à défaut de parentes, l'Inca pouvait choisir une épouse parmi les vierges du Soleil , qui étaient étrangères , puisqu'on

les tirait des provinces conquises.

10. Mais, en admettant que l'Inca ne pût épouser qu'une personne de la famille royale, » rien ne prouve qu'elle dût être sa sœur. Les lois de l'empire défendaient , au contraire , d'épouser sa parente au premier degré ; elles furent observées rigoureusement depuis le règne de Manco-Capac, premier Inca, jusqu'à celui de Topa-Yupangui, père de Huayna- Capac. Topa-Yupangui , épris de M ama-Oello, sa sœur paternelle, et voulant l'épouser, fut obligé d'abolir cette loi et de déclarer que les Incas pouvaient épouser leurs sœurs utérines ou consanguines. La même permission fut accordée aux grands du royaume , mais seulement à l'égard de leurs sœurs utérines.

11. Le P. A costa ( Historia gênerai jr moral, lib. vi , c. 1 8 ) dit que le premier prince qui se maria avec sa sœur consanguine fut Topa- Yupangui, et que le premier qui épousa sa sœur de père et de mère fut son fils Huayna- Capac. Ceci prouve suffisamment que, des deux lois dont nous avons parlé plus haut,

comme citées par plusieurs auteurs, Tune n'a jamais existé, et l'autre a été mal interprétée. Il faut remarquer que si un Inca ne pouvait se marier avec une étrangère, pour ne pas souiller le sang royal , cette loi ne devait s'appliquer qu'à une étrangère de condition inférieure, et non à Paccha , qui ne pouvait souiller le sang des Incas, puisqu'elle était d'un rang égal au leur. En supposant d'ailleurs que cette loi existât, Huayna-Capac ne pouvait-il pas y déroger pour épouser Paccha? Les Incas, qui avaient fait les lois, savaient très-bien les changer, quand cela était conforme à leurs intérêts.

12. Si, comme cela est certain , Topa-Yupangui, père d'Huayna-Capac, abolit la loi qui lui défendait d'épouser sa sœur, quoiqu'elle fût conforme jk la loi naturelle, le fils n'a-t-il pu abolir celle qui aurait empêché son mariage avecScyri Paccha, mariage qui était approuvé par le conseil des grands , de l'empire, et qui devait assurer la tranquillité de sa nouvelle conquête? Aurait-il atteint ce but

en la prenant simplement pour sa concubine?

13. Il ne faut pas oublier qu'à son mariage, l'Inca prit le titre de roi de Quito et plaça sur son front l'émeraude, insigne des scyris, non à titre de conquête, ce qui aurait été considéré comme une usurpation , mais à cause de son mariage avec l'héritière légitime. Ce fut pour cette raison qu'il désigna, dans son testament, son fils Atahualpa comme devant régner sur Quito, du chef de la reine Paccha, sa mère, dont il était l'héritier légitime, comme je le dirai en son lieu.

14. Tout ce que disent quelques auteurs vient de leur ignorance des lois et de la généalogie des rois de Cuzco et de Quito ; points sur lesquels les premiers historiens ont commis les erreurs les plus grossières. Francisco de Xerez, un des plus anciens, dit que Huayna-Capac était natif et roi de Quito; qu'en étant sorti avec une puissante armée, il se dirigea vers le sud , et que , parmi les conquêtes qu'il fît, se trouvait une ville à laquelle

il donna le nom de Cuzco, parce que c'est ainsi qu'il s'appelait lui-même ( Conquista del Perû). Pedro Cieça de Léon, quoique grand investigateur d'antiquités , s'est aussi trompé grossièrement sur ce fait ; il dit qu'on lui avait appris, à Quito, que l'Inca Atahualpa était fils de Huayna-Capac et de la reine Paccha, et qu'il était né dans le palais de Carangui ; mais qu'il ne pouvait pas le croire, et que cette version lui paraissait une fable. Il pense qu'Atahualpa était né, à Cuzco, d'une des premières femmes de l'Inca (Crônica del Perû, cap. 37).

De semblables écarts ne sont point à suivre aveuglément ; les citations de pareils auteurs ne peuvent servir qu'à ceux qui font métier de copier les erreurs d'autrui.

15. L'histoire du royaume de Quito étant mêlée à celle de l'empire péruvien , je crois convenable d'interrompre le fil de ma* narration, pour donner quelques tables chronologiques très-succinctes des souverains des deux

pays. Le lecteur pourra, par leur examen , mieux comprendre ce que nous avons dit déjà, ainsi que ce qui va suivre. Le premier auteur qui les ait dressées a été Fr. Marcos Niza , qui les intitule : Les deux lignes des seigneurs de Cuzco et de Quito. Plus tard, elles furent corrigées par D. Bravo Saravia. Pour ce qui regarde la ligne des Incas, elle a été recorrigée par rinça Garcilasso de la Vega, qui était versé dans les antiquités et la langue de son pays natal.

16. La ligne des rois de Quito a été refaite, avec plus de talen t et avec la connaissance de sa langue maternelle , par le cacique D. Jacinto Gollahuaso, dans ses Guerres civiles d Atahualpa. Il y a des différences notables entre tous les auteurs qui ont fait de semblables tables , soit dans le nombre des Incas et des scyris, soit dans la date ou la durée de leur règne; car cette histoire n'ayant d'autres sources que les traditions , les quipos et les petits cailloux de compte, chacun les com-

prend diversement et suit l'opinion qui lui semble la meilleure. Je choisis celle qui me paraît se rapproche^ davantage de la vérité , et sur laquelle la plupart des historiens se trouvent d'accord.

Table chronologique des rois de Quito.

1 . J'omets, entièrement les rois de la première époque, ignorant leur origine, leur nombre et leurs noms. Je ne peux citer que le dernier, nommé Quitu, qui mourut vers Fan 980 de l'ère chrétienne. Je ne parle pas

non plus des scyris, qui régnèrent sur les bords de la mer ; car les uns disent qu'ils commencèrent à gouverner vers Fan 600 , et les autres vers Tan 800 après J.-C. Les uns en comptent sept, d autres huit, dont on ignore les noms.

Règne des scyris à Quito.

2. Niza dit que Ton doit partir de Tan 800 pour trouver une succession de dix-huit scyris jusqu'à la conquête du pays par les Incas du Pérou. Saravia et Collahuaso disent quinze, à dater de Tan 980 , dont les onze premiers sont de la ligne masculine de Caran , et les quatre autres , de la même ligne féminine et de la masculine des Duchicelas de Puruha.

3. Les onze premiers régnèrent trois cent vingt ans. En 4300, la ligne masculine s'étei-^ gnit avec le onzième. Leurs noms et la durée de leur règne sont très-incertains.

Les 1 1 scyris de Caran régnèrent 320 ans, de 980 à 1800.

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