Il donna cependant à son neveu , le gé
néralCalicuchima, et aux gouverneurs et chefs 18. *
des provinces, les ordres nécessaires pour le remplacer dans cette circonstance, puisqu'il ne pouvait sortir de Liribamba. Les principaux points de défense étaient fortifiés et munis de troupes et de vivres. Celui qui était le plus avancé, et où les Puruhaès s'étaient retranchés, était situé sur la rive orientale du fleuve Achupallas, dont le cours impétueux et rapide n'offrait à l'armée d'autre passage que par la pente orientale du mont Lashuay, où Tlnca se trouvait déjà avec son armée. Celui-ci tenta le passage , mais les balles de pierre que lançaient les Puruhaès avec leurs frondes, les empêchèrent d'atteindre la rive opposée.
4 0. Huayna -Capac , retenu sur cette hauteur dangereuse et couverte de neige, employa le temps qu'il y demeura à construire un petit temple au Soleil , et les célèbres bains d'eaux thermales que l'on y voit encore aujourd'hui. En même temps , il avait donné ordre de recruter tous les Canarès que l'on pourrait trouver, espérant qu'habitués à
leurs montagnes et à leurs chemins difficiles , ils parviendraient à traverser ce fleuve par la partie supérieure, età déloger l'ennemi campé sur l'autre rive. Les deux armées se livrèrent une sanglante bataille, et les Canarés, supérieurs à leurs ennemis, remportèrent une victoire complète : l'Inca resta ainsi maître du passage. Avant de l'effectuer, il construisit , sur la rive occidentale , une petite tour dont on voit encore les ruines , ainsi qu'un pont de lianes , par lequel il se rendit dans la vallée de Tiocaxas, sans rencontrer d'autre résistance.
41 . Ce fut dans ce même désert sablonneux , enfermé entre les deux Cordillières , qu'avait eu lieu la bataille sanglante que se livrèrent l'Inca Tupac-Yupangui et Hualcopo-Scyri.
Cette seconde action , moins sanglante il est vrai, mais plus funeste, fut suivie plus tard, dans le même endroit , de celle qu'y livra le conquérant Belalcazar.
L'armée du scyri s'était retranchée dans cet
endroit : si elle eût été déterminée à rester fidèle à son souverain , elle aurait été invincible. Les capitaines que l'Inca avait envoyés pour reconnaître le pays, en éprouvèrent de l'inquiétude et de la crainte ; mais celui-ci s'empressa de faire recruter des troupes dans toutes les provinces qu'il avait laissées derrière lui; et tandis qu'elles venaient grossir son armée, il envoya ses ambassadeurs à Cacha, pour lui offrir son amitié s'il se soumettait volontairement.
12. Le scyri lui répondit qu'il ignorait le motif pour lequel les Incas venaient attaquer ses états, et qu'il ne leur en avait donné aucun sujet; qu'il était né libre et souverain , et qu'il aimait mieux mourir les armes à la main que de cesser de l'être et de courber sa tète sous le joug. Cette réponse fière irrita tellement l'Inca qu'il voulait sur-le-champ livrer la bataille à Calicuchiraa; mais sentant que leurs forces n'étaient pas égales, il cacha son dépit, et sous prétexte de travailler à
faire la paix avec son ennemi , il envoya ses prudents Orejones au milieu des capitaines de Cacha , pour tacher de les gagner par des promesses ou des menaces , moyen qui lui réussit beaucoup mieux que s'il eût grossi son armée par de nouvelles recrues.
1 3. L'obstination du scyri le força cependant à recommencer les hostilités qu'il suspendait de temps en temps pour offrir de nouveau la paix et travailler à gagner les chefs ennemis. Enfin , au regret des deux partis, une bataille décisive s'engagea; la victoire resta longtemps indécise, jusqu'à ce qu'une partie des capitaines du scyri , abandonnant son camp , se déclarèrent en faveur de l'Inca.
14. A cette triste nouvelle, Cacha, porté sur les épaules des siens , se retira dans la forteresse de Mocha , résolu de ne pas dépasser cet endroit, tant qu'il lui resterait un souffle de vie. Il ordonna à ses troupes de le suivre, et , ayant formé un conseil de
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guerre avec les capitaines qui lui étaient restés fidèles en apparence , il vit avec regret que presque tous étaient d'avis opposés. On lui conseillait de se soumettre à l'Inca, qui se montrait toujours prêt à accorder son amitié, lui représentant que son armée était presque entièrement détruite, et que son obstination serait cause de la perte du peu de braves qui lui restaient.
rangui et d'Otavalo furent seuls d'opinion qu'il fallait mourir en combattant avec honneur, plutôt que de devenir, eux, leurs femmes et leurs enfants, les esclaves de l'Inca. Ils conseillèrent à Cacha d'abandonner , non-seulement Mocha, mais aussi Quito, où étaient, à ce qu'ils disaient, une quantité de gens dévoués à l'Inca , et de se retirer dans leurs provinces, où ils le défendraient jusqu'au dernier soupir; ils ajoutaient que là, ainsi que dans les provinces situéçs plus au nord , il lui serait plus facile de recruter de fidèles soldats. Cacha
accueillit avec joie cette proposition, qui s'accordait le mieux avec son caractère et ses sentiments d'honneur. Le seul regret qu'il eut fut de laisser son neveu Calicuchima , blessé grièvement par suite de la trahison de ses propres officiers. Après avoir donné les ordres nécessaires à son départ, il se hâta d'arriver à la meilleure forteresse que les premiers scyris eussent construite dans la province d'Otavalo.
1 6. Cette forteresse était située dans la vaste plaine de Hatun-Taqui, ainsi nommée parce qu'elle contenait le plus grand tambour de guerre de tout le royaume. La place était de forme carrée, très-élevée, et garnie de deux terre-pleins et d'échelles mobiles ; elle pouvait contenir de cinq à six mille hommes, de sorte que l'armée, qui s'était campée à l'entour, formait une ville entière qui occupait toute la plaine. Personne ne put déterminer Cacha à monter dans la forteresse ; car , s'armant de forces extraordinaires au milieu de safaiblesse, il se fit porter à la tète de ses troupes sur une
espèce de litière, et remplit, non-seulement le devoir d'un souverain, mais même celui d'un général d'armée.
17. L'inca ne tarda pas à le suivre , et lorsque les deux armées furent en présence, voulant sauver la vie d'un grand nombre de guerriers, il fît à Cacha de nouvelles propositions de paix ; mais le scyri lui répondit qu'il ne faisait que se défendre, et que ce n'était pas à lui qu'on devait imputer tous ces malheurs, mais à celui qui lui faisait une guerre si injuste.
48. L'inca donna le signal de l'attaque avec l 'ordre de ne faire quartier à aucun de ceux qu'il appelait des rebelles. Les premiers combats durèrent plusieurs jours ; on s'arrêtait souvent pour donner la sépulture aux morts des deux partis et réparer les pertes par de nouvelles recrues. Mais enfin la bataille devin! sanglante et décisive ; jamais il n'y en eut de plus longue ni de plus acharnée, et la victoire semblait pencher du côte du scyri , lorsque
soudain il tomba percé d'une lance qui lui traversa le corps de part en part : avec lui s'évanouirent le courage et l'ardeur de ses soldats. Cependant en rendant les armes à l'Inca, et avant que le scyri eût expiré, ils proclamèrent, pour son successeur, sa fille Paccha, héritière du trône et du titre de scyri.
19. En voyant ces actes contradictoires, Flnca en fut douloureusement surpris; mais il n'en laissa rien paraître, et montrant, au contraire, des sentiments tout paternels, il accorda la vie à ceux qui jusqu'alors étaient ses ennemis. Il ordonna qu'on rendit, avec
la plus grande pompe, les derniers devoirs au roi et aux grands qui étaient morts avec lui, et qu'on enterrât les soldats des deux partis dont les cadavres couvraient les champs de bataille. Tandis qu'on portait le corps du scyri à Quito, pour l'ensevelir dans le sépulcre de ses ancêtres, cette immense plaine se couvrit de plus de douze mille tolas ou tombes, de la forme de petites montagnes