‹ Voyages, relations et mémoires originaux pour servir à l'histoire de la découverte de l'Amérique, publiés pour la première fois en françaisChapitre 16 sur 42 · RÈGNE DE HUAYNA-CAPAC · texte numérisé non relu

RÈGNE DE HUAYNA-CAPAC

Idée générale sur la nouvelle forme de son gouvernement.

1 . Le règne de cet Inca comprend l'espace de trente-huit ans; ce fut l'époque la plus brillante du royaume de Quito , et la plus florissante de la civilisation péruvienne. Les lois

sages et éclairées qu'il promulgua donnèrent une nouvelle impulsion et une nouvelle vie à son royaume : le choix qu'il fit de Quito pour sa résidence et sa capitale, contribua à la prospérité de ses états.

2. J'ai dit qu'après la bataille d'Hatun- Taqui, qui lui avait livré le royaume de Quito et qui commença la troisième époque, il avait épousé la reine Paccha. Cette alliance lui assurait la possession de sa plus importante conquête; il était donc naturel qu'il donnât les premiers emplois du royaume à la branche de la maison régnante qui n'avait aucun droit à la couronne.

3. Epiclachima, qui avait été général de son frère le roi Cacha, et qui était mort dans les guerres qu'il avait eu à soutenir avec l'Inca Capac-Yupangui , avait laissé deux fils et une fille. L'ainé de ces enfants, qui était un jeune homme d'un talent et d'un courage extraordinaires, avait remplacé son père dans le commandement de l'armée. 11 se nommait Cali-

cuchima : Huayna-Capac ne crut pouvoir mieux faire que de le confirmer dans cet emploi qui le mettait au rang des premiers généraux de l'empire; il lui donna en outre, pour le temps de paix , le gouvernement de la province de Puruha , sa patrie. Cachulima , le plus jeune, qui n'avait pas moins de talent, mais des goûts paisibles qui l'éloignaient du bruit de la cour , eut pour sa part la belle seigneurie de Cacha , située dans la même province ; c'était le seul objet de son ambition , aussi s'y retira-t-il avec joie pour y jouir du repos. Quant à leur jeune sœur Quispi, Huayna-Capac en fit sa première concubine.

4. Cette conduite de l'Inca lui gagna le cœur de ses nouveaux sujets ; aussi toutes les réformes qu'il voulut introduire furent-elles reçues avec acclamation. Son but était nonseulement d'établir dans le royaume de Quito un système de gouvernement parfaitement semblable à celui qui existait au Pérou, sous

le rapport religieux, politique et civil; mais d'y introduire aussi les mêmes mœurs et la même langue. Nous allons maintenant parler avec détail de ses réformes et de ses établissements.

Idées religieuses des Péruviens et des Quitos avant e< pendant la domination des Incas.

1 . Le P. Acosta s'est trompé lorsqu'il a dit que les Péruviens n'avaient aucune idée de la Divinité , ni même de terme qui signifiât l'Etre suprême et le créateur de toutes choses ( Hist. nat. y mor. , lib. 5, c. 3 ). Il est plus juste de dire que cette idée n'était ni claire ni précise, et qu'elle était mêlée de fictions extravagantes et enveloppée de fables ridicules.

Depuis un temps immémorial , c'est-à-dire bien avant que les Incas fondassent leur empire, et les scyrisle royaume de Quito, toutes

les peuplades indépendantes qui habitaient ces deux pays, avaient connaissance de la Divinité et possédaient par conséquent des termes particuliers pour la désigner.

2. Il est vraisemblable que ces idées leur furent transmises par le moyen d'un des apôtres , car on y découvre certains traits de lumière qui , quoique enveloppés d'obscurité, dénotent leur connaissance de la Divinité et de plusieurs points de la religion révélée par l'Ancien et le Nouveau-Testament, et l'on peut difficilement supposer qu'elles se soient formées dans leur imagination. Voici ce que Niza , Monténégro, Gomara et quelques autres écrivains disent de cette religion primitive des Indiens.

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