Ils croyaient que Con(\), première et
(1) Grégorio Garcia ( Origen de los Indios, lib. V, cap. m ) rapporte ainsi , en s'appuyant sur le témoignage de Belanços , ce que les Péruviens racontaient de Porigine des choses :
« Avant la création du Soleil , le monde était déjà habité ; il sortit d'un lac de la province de Collasuyo un seigneur nommé Ctm-Tici-firacocha; il emmena avec lui quelques Indiens, et m- rendit sur le bord du lac dans un village nommé Tiaguanuco,
suprême puissance, qui n'avait ni chair ni os comme les autres hommes, avaitcréé le monde ;
où il créa le Soleil et la lumière ; il ordonna au Soleil de faire continuellement le tour du monde. Il créa ensuite la lune, les étoiles et les planètes. Il dressa après cela un grand nombre de statues de pierres à Tiaguanuco , et leur dit : « Statues que » j'ai formées de pierres , toi tu sortiras dételle caverne et tu » prendras tel nom ; toi tu sortiras de telle autre caverne , et tu » prendras tel autre nom » , et ainsi de suite ; mais il en garda deux pour lui servir de compagnes. Son ordre fut exécuté. Viracocha ordonna ensuite aux deux statues qu'il avait gardées avec lui d'aller l'une dans la province de Condesuyo , l'autre dans la province d'Andesuyo , et d'en réunir les habitants.
» Viracocha se rendit par les montagnes à Cuzco , en suivant la route qui va jusqu'à Caxamarca , et en appelant à lui les naturels qui vivaient dans les grottes et dans les forêts. Quand il fut arrivé dans un endroit nommé Cacha , à dix ou douze lieues de Cuzco, où demeurent les Indiens canas, les Indiens, ne connaissant pas Viracocha , résolurent de le tuer ; mais celui-ci fit tomber sur eux le feu du ciel : si les Indiens ne lui avaient demandé pardon, il les aurait exterminés. En mémoire de cet événement , ils construisirent dans ce lieu un temple somptueux. Quand il fut arrivé à Tambo-Urco , à six lieues de Cuzco , il monta sur une haute montagne , et appela à lui les Indiens de qui descend la nation qui habite aujourd'hui ce pays; on lui avait élevé un temple vers cet endroit où était sa statue , sur un trône d'or qui , plus tard , produisit aux Espagnols 16,000 pesos selon les uns , 18,000 selon les autres. Il alla ensuite à Cuzco , et y établit un seigneur nommé Allca- Veica, de qui descendent les Incas du Pérou; puis il se rendit chez les Suyosde la province de Puerto- Viejo , et s'en alla par la mer sur laquelle il marchait. »
Churron, dans son Mémorial del Pptû , dit qu'il y a « Ca-
qu'il était venu de la partie septentrionale de F Amérique , en abaissant les montagnes ou en soulevant les vallées par sa seule volonté et en disant une seule parole. Que là , il créa les hommes et les pourvut abondamment de tout ce dont ils avaient besoin , en y joignant encore toute espèce de bonheur et de délices ; mais ces créatures ayant commis une faute grave envers Con, celui-ci les punit en les privant de Fabondance au milieu de laquelle ils vivaient , et en frappant leur terre de stérilité : déplus, il les transforma en chats hor-
cha , à quinze lieues de Cuzco , une grande statue de pierre qui représente Tici-Viracocha.
Gomara et Levenus Apollonius disent qu'il vint du nord un homme nommé Sahagun. Ayant été mécontent des habitants du bord de la mer , il changea leur pays , qui était fertile , en un désert de sable. Les Indiens regardèrent longtemps ce Con comme un dieu jusqu'à ce qu'il en vint du midi un beaucoup plus puissant , qui s'appelait Pachacamac , et était aussi fils du Soleil ; quand il arriva , Con disparut.
Pachacamac changea en chats-tigres les hommes qu'il avait créés. Il en créa d'autres et leur enseigna les arts et les métiers ; c'est pourquoi les Indiens le regardèrent comme un dieu. Ils lui élevèrent à Uma un temple fameux dans tout le royaume, qui (ut nommé Pachacamac.
ribles et en une multitude d'autres animaux noirs.
4. Ils ajoutent qu'après cet événement, Pacha camac , fils de Con, ayant pitié de la misère des hommes , prit le gouvernement du monde, et créa de nouveau toutes choses comme le prouve la signification de son nom.
Ce fut lui qui donna aux hommes la forme et la figure qu'ils ont aujourd'hui, et qui créa pour eux tout ce qui leur était nécessaire.
Ceux-ci , en reconnaissance de ces bienfaits , lui élevèrent un temple près des bords de la mer, et l'adorèrent en pratiquant en son honneur une foule de cérémonies et de sacrifices ; c'est pour cette raison que non-seulement cet endroit, mais encore toute la province, fut désignée sous le nom de Pachacamac. Gomara (Hist.gén., ch. 122) rapporte cette tradition, mais avec les modifications qu'y apportèrent les Incas par la suite des temps.
5. Les auteurs déjà cités assurent que les peuples les plus éloignés faisaient un pèleri-
nage à ce temple , qui était construit sur une éminence artificielle , garnie d'une multitude de marches. A l'entour étaient beaucoup d'édifices etde logements pour les pèlerins , et un champ consacré à leur sépulture. Ils pouvaient en tout temps se rendre dans cet endroit ; leur passage à travers des provinces ennemies s'opérait librement, sans autre condition que d'aller en troupes peu nombreuses et désarmées ; alors on leur donnait l'hospitalité et on leur fournissait des vivres. C'était une chose convenue entre toutes les nations du Pérou.
6. Les riches présents que l'on apportait enrichissaient tous les jours le temple. Leurs innocents sacrifices etleur culte simpleet naturel ne semblaient nullement opposés à l'idée d'un Être suprême. Ils n'entraient jamais dans le temple que pieds nus, et jamais ils ne marchaient dans l'intérieur ni n'invoquaient le nom de Pacha -camac sans s'incliner et courber le front jusqu'à terre. Ils n'avaient
aucune image pour représenter leur divinité, car ils la concevaient incorporelle ; cependant ils l'adoraient comme présente dans le temple , quoiqu'invisible, et leur attention était fixér vers l'autel sur lequel on faisait les sacrifices.
7. Les Incas corrompirent cette noble idée de l'Etre suprême. Les Cushipatas ou prêtres y mêlèrent une foule d'erreurs et de mensonges. On doit supposer que Manco-Capac , premier Inca et fondateur de la monarchie, qui était étranger, comme je l'ai déjà dit, avail des lumières supérieures à celles des ignorants Péruviens : il vit dans là religion qu'il y trouva établie, le fondement sur lequel il pourrait appuyer ses ambitieuses prétentions ; car soit que le soleil fut adoré dans le pays d'où il sortait, soit qu'il en fit lui-même une divinité, pour mieux accomplir ses desseins , le fait est qu'il établit une nouvelle religion qui lui permettait de s'élever aux grandeurs auxquelles il aspirait.