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Voyageurs et romanciers

Dans une série d'études que personne de ceux qui lisent n'a oubliées, Philarète Chasles nous donnait le bilan, cruel d'exactitude, plus cruel encore de résumé et de conclusion, delà littérature américaine. Il entassait comme des ballots tous ces livres de pacotille et d'imitation vaniteuse que l'Amérique, cette société démocratique et mercantile, qui se croit une littérature parce qu'elle fait de la production littéraire, a publiés depuis quelques années avec un redoublement d'ardeur, et, de cette plume éclatante, amoureuse du beau et trompée, qui se vengeait alors, il écrivait une méprisante étiquette sur toute cette mar-

1. Souvenirs de voyages et d'élules {Pays, 16 décembre 1852.)

chandise littéraire destinée à s'avarier si vite sur le chemin de la postérité. A cette époque, il est vrai, l'Amérique n*avait pas encore publié la Case de VOncle 7bm, mais cet ouvrage, qui est moins un livre qu'autre chose, serait-il même un livre grand comme sa renommée, qu'un livre isolé ne prouve rien de plus que la force individuelle de celui qui l'a écrit, et la littérature américaine n'en resterait pas moins une littérature d'avortement, l'amas confus d'organes ébauchés qui ne constituent pas la vie. Le croira- 1 on? Cet état incohérent et stérilement fécond de la littérature américaine nous est revenu à la mémoire depuis que nous étudions (1) l'état humiliant de la littérature française. Nous avons vu là, entre elles deux, de tristes analogies, et une différence plus triste encore ; car si toutes deux sont sans originalité réelle, sans puissance collective, sans conscience surtout, et par conséquent sans profondeur, la littérature américaine a du moins pour elle le mouvement d'une pensée jeune et enflammée qui se cherche, et la littérature française n'a que la langueur dune pensée qui ne se cherche même plus.

Et d'exagération à dire de telles choses, il n'y en a d'aucune sorte, qu'on le sache bien ! Si nous exagérons, qu'on nous confonde en citant des noms et des œuvres. On ne le fera point : il n'y en a pas. Tout ce

1. Ce chapitre est le troisième article de Barbey d'Aurevilly dans le Pays. (Note de l'éd.)

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