‹ Voyageurs et romanciersChapitre 2 sur 40 · SAINT-MARC GIRARDIN S · texte numérisé non relu

SAINT-MARC GIRARDIN S

qui a un nom dans celte moitié de xix* siècle Ta depuis plus de quinze ans et vit sur le bénétice de son passé. Mais ce qu'on cherche et ce qu'on désire, ce qui est nécessaire pour que la littérature d'un peuple se soutienne, pour que son niveau intellectuel ne s'abaisse pas, c'estla continuité dans l'effort, c'est la succession dans les œuvres, ce sont les noms nouveaux, des noms jeunes, à auspices favorables, pour remplacer les noms éteints et les talents fatigués. Nous avons beau faire les Narcisses, nous sommes fort laids ! Avons-nous tout cela? Le peu de livres qui se publient (nous parlons de livres, entendons-nous ! et non pas de papier barbouillé avec des facilités de métier que ceux qui n'en ont pas croient du talent,) sont signés par des hommes qui ont tous quinze et vingt ans de célébrité sur la tête.

Ainsi, par exemple, un grand ouvrage de Lerminier sur les Législateurs et les Constitutions de la Grèce an^ tique, — un livre pensé, médité, presque une découverte en histoire, — et dont la Critique, par parenthèse, préoccupée des choses présentes, commérant d'une voix hâtée sur des œuvres éphémères, n'a pas pu ou voulu parler comme elle le devait. Ainsi, on annonce le Saint Anselme de Rémusat, sur lequel nous reviendrons pour en signaler la portée et le caractère. Mais, on n'a pas besoin de le dire, Lerminier comme Rémusat, quelle que soit l'énergie intellectuelle qu'ils possèdent encore, appartiennent tous les deux à un

mouvement d'idées qui eut son jour, à une phase liltérairc et philosophique qu'on peut regarder comme fermée, et à laquelle, nous le répétons, on ne voit rien succéder. Il reste donc acquis à l'histoire de ce tempsci que la scène de la publicité sérieuse n'est occupée que par des individualités déjà connues, par des talents mûris ; mais la maturité est un point bien vite dépassé dans la rapidité de la durée I et on cherche vainement dans la génération qui s'élève des hommes faits pour les remplacer.

Saint-Marc Girardin est aussi un de ces hommes d'une période finie, qui paraîtra grande si la nôtre ne grandit pas .. Seulement, son nouvel ouvrage, bien différent en cela du livre de Lerminier, lequel est digne d'être pris en considération par les esprits les plus profonds, n'ajoutera pas beaucoup aux idées actuelles et à la gloire de son auteur. Il est intitulé : Souvenirs de voyages et d'études (i), et il justifie parfaitement son titre car il est composé d'articles que l'amour-propre d'auteur, si dur aux sacrifices, n'aura pas voulu sacrifier, et on se souvient de les avoir lus, à peu de choses près et à des époques déjà distantes, soit dans le Journal des Débats^ dont l'auteur est, comme on le sait, l'un des rédacteurs ordinaires, soit dans cette Revue des Deux-Mondes, le bazar du talent... autrefois.

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