‹ Voyageurs et romanciersChapitre 5 sur 40 · Giraud · texte numérisé non relu

Giraud

Légendes de la Vallée où les tièdes impressions de la réalité nous montent au front comme des émanations de vie, l'auteur de Berlhe et du Chercheur de Rives n'a-t-il donc pas mieux à faire qu'à se plonger, masque de païen sans visage, dans Todieuse tristesse d'Épicure?... Pourquoi, d'ailleurs, des livres pareils? Ils ne sont pas de l'art, car l'art vit d'inspirations sincères et de ce que nous avons de plus intime en nous. Mais ils ne sont pas même de l'archéologie I Nibelle ne sait, sur les choses de l'Antiquité, que ce que nous en avons ramassé dans les mêmes livres. Sa mosaïque ne se compose que de morceaux rapprochés déjà. Or, quand on touche à l'Antiquité, ce foyer froidi d'inspirations éteintes, il faut au moins trouver dans les cendres ces précieux débris que l'amour d'une société finie cherche encore dans la poussière d'Herculanum. Après Agathon, après Anacharsis, après Télémaque et Alcinous, on est tenu d'entrer dans le monde de l'Antiquité comme y est entré Goethe, ou bien de rester sur le seuil. Goethe lui-même eût mieux fait de ne pas sortir du monde moderne. Nous ne disons pas du monde chrétien, car le chef-d'œuvre de Goethe est peut-être son Divan^ dontl'inspiration, comme on lésait, est orientale, et qui est un tour de force de cette impersonnalité des grands génies qui les fait s'incarner, par la pensée, dans l'âme la moins semblable à la leur. Grâce à cette faculté caméléonesque, que, de tous les penseurs dans l'art et dans l'humanité, Shakespeare eut au degré le

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plus incomparable, et que Walter Scott, son descendant en ligne directe, et Goethe, son descendant en ligne collatérale, eurent tous les deux après lui, Fauteur du Promélhée put singer puissamment la vie de cette société morte, dont les beaux Vampires de la Renaissance avaient tari le cadavre de leurs lèvres brillantes et enivrées. Mais tout cet archaïsme coûte plus qu il ne vaut même à ceux qui savent y porter des facultés supérieures, et, malgré le succès de ses expériences, on sent la déperdition des forces colossales que le magnétisme du Génie doit employer, comme Tautre magnétisme, pour faire vivre ce qui ne vit plus.

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