CHAPITRE III
■Description des Mammfètes.
Genre ROUSSETTE. — Pteropus. Briss.
ROUSSETTE KÉRAUDREN. — Pteropus Keraudren. N.
Fanihi , en langue mariannaise.
PoÉ , dans celle des Carolinais.
Pteropus, corpore et alis subnigris ; colla , scapulis , parteejue posteriore capiùs , flavis ; auricuüs brevibus ; caudâ nulLî. . •'
Nous établissons cette espèce d’après quatre individus adultes, que nous avons pris aux îles Mariannes. Ils ne different entre eux que par leu| envergure , qui varie de deux pieds à deux pieds cinq pouces.’ . • ■* . . ■
Cette roussette a l’occiput , le cou , les épaules et le haut de la poitrine d’un jaune blanchâtre un peu sale : le reste du pelage est mêlé de gris brun et de brun noirâtre , avec uhe- teinte plus claire sur le haut et le devant de la tête ; le brun noirâtre est plus foncé sur le dos qu’au ventre , où l’<Jh voit quelques poils blancs qui donnent à cette partie une couleur gris brun. Les poils du cou, de
VOYAGE AUTOUR DU MONDÉ, la poitrine et du ventre, assez longs, sont frisés, comme laineux; ceux du dos, plus courts, ont un aspect luisant et sont couchés.
La membrane interfémorale est très-étroite ; celle qui forme les ailes ne naît pas précisément des Hancs, mais presque de la partie moyenne du dos ;.toutes deux sont noires. Les oreilles sont très-petites. La longueur de la tête, dans nos divers individus, est de deux pouces "à deux pouces sept lignes.' Six et huit pouces mesurent l’espace qui s’étend du bout du museau à l’anus.
Les dents présentent les particularités suivantes ; les incisives supérieures sont égales , tranchantes et symétriquement rangées ; les latérales sont à peine plus courtes ; les inférieures , séparées à leur milieu par un intervalle , ont une couronne plutôt aplatie que tranchante; les moyennes, plus petites que les latérales , s’élèvent un peu moins haut ; les canines supérieures sont séparées des incisives par un espace intermédiaire , qui n’existe pas entre les incisives et les canines inférieures, et qui est destiné à recevoir ces dernières dents quand la gueule est fermée. Les premières molaires de la mâchoire supérieure sont tout-à-fait rudimentaires , ce qui les a fait nommer fausses molaires. Elles n’avoient pas été aperçues par Daubenton , comme le fait remarquer M. le professeur Geoffroy. Dans nos roussettes, les premières molaires d’en bas ressemblent assez pour la forme et le volume aux-deux dernières de la même mâchoire ; seulement elles en different par une légère inclinaison de dehors en-dedans que présente leur couronne. Les secondes molaires des deux mâchoires se rapprochent autüh| des canines que des dernières molaires : elles ont deux tuberAiles saillans, pointus ; l’externe dépasse de beaucoup l’interne. Les mâchelières, qui viennent après, conservent encore un peu de ce caractère, qui ne disparoît entièrement qu’aux trois dernières d’en bas et aux deux dernières d’en haut.
Les rapports de cette espèce ^vec celle .d’Edwards sont assez grands ; mais elle en diffère par sa taille, qui est plus petite; par le
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jaune de son cou ; qui passe au roux vif dans la roussette du naturaliste anglais, laquelle a les membranes brunes, tandis quelles sont presque noires chez la nôtre. Enfin , dans le port et l'air de tête, on reconnoît, en les comparant, des différences manifestes qu’on ne peut bien rendre par la description.
Quant aux mœurs de ces roussettes, il serojt difficile d’ajouter quelque chose de nouveau aux observations que M. Lanux a communiquées à Sonnini sur celles de Bourbon. Aux Mariannes, on les nomme fànih't, et on les mange, malgré la forte et désagréable odeur quelles exhalent. Les insulaires des Carolines les connoissent sous le nom.de poé. Sous ces latitudes, elles volent en plein jour, et , dans le repos , se suspendent plutôt aux arbres , quelles ne se nichent dans les trous ou entre les rochers; ainsi, les poils courts, lisses et couchés de leur dos, ne sont pas, du moins dans cette circonstance, une preuve de cette habitude.
La femelle ne paraît faire qu’un petit , qui se cramponne sous son ventre , même dans le vol , et qui ne l’abandonne que lorsqu’il a assez de force pour chercher sa nourriture. A Guam, nous en avons vu un pendu ainsi aux mamelles de sa mère, comme le font les singés, y rester même après quelle eut expiré , jusqu’à ce qu’il y mourût de faim. Nous ajouterons que ce touchant attachement ne peut être étudié sans faire éprouver un sentiment pénible
Cette roussette est dédiée à M. Kéraudren , inspecteur général du service de santé de la marine, l’ami particulier de Péron, et qui, depuis l’expédition du capitaine Baudin, n’a cessé de concourir au succès des voyages de découvertes , soit sous le rapport de la santé des marins , soit en se rendant utile aux naturalistes par ses conseils et par son appui. -
Genre DASYURE. — Dasÿurvs. GeofF
DASYURE MAÜGÉ. — Dasturus Maugei. GeofF.
Annales Ju Muséum, tom. III, pag. 359.
Dasÿurvs, corport suprà oleagmo , subtus cinereo, albo punctato ; caudel con colore. '
Cet animal a découvert par le naturaliste Maugé, lui a été dédié par M. le professeur Geoffroy-Saint-Hilaire, dont nous allons emprunter les expressions.
« Il est plus petit que le dasyure à longue queue ; son museau » m’a paru plus' alongé et plus délié , les oreilles un peu^ plus n grandes, les pieds plus profondément divisés et son poil plus long » et plus doux au toucher ; son pelage , olivâtre en-dessus et cendré » en-dessous, est d’un effet au moins aussi agréable. Il est mout> cheté de blanc comme dans le macrourus , avec cette différence » que lés taches sont répandues plus élégamment sur tout le corps » et sont toutes à-peu-près de même grandeur. La queue est d’une t> même teinte, de la couleur du dos , tirant cependant davantage sur » le roux. Les poils ne sont verdâtres qualeur pointe; ils sont, dans n le reste de leur longueur, cendrés; ceux au contraire qui forment » les mouchetures blanches sont tout-à-fait de cette couleur. »
L’individu sur lequel le dessin a été fait a deux pieds trois pouces de longueur totale; sa tête a trois pouces et une ligne; son corps, de l’occiput à l’origine de la queue, onze^ pouces; la queue ellemême en a douze: ses oreilles, qui ont neuf lignes de largeur et onze de hauteur, -présentent, dans Ictat naturel, une couleur rosée,
nuancée par les ramifications de petits vaisseaux sanguins très-déliés.
Quelques détails sur les mœurs des dasyures né seront pas sans intérêt pour les naturalistes. Nous en avons conservé un vivant à bord de la corvette l'Uranie, pendant l’espace de cinq mois. Cet élégant petit animai étoit très-franc et ne cherchoit point à mordre, quelques tracasseries qu’on lui fît. Fuyant la lumière un peu trop vive et recherchant l’obscurité, iJ .se plaisoit beaucoup dans la niche étroite qu’on lui avoit préparée. Lorsqu’en doublant le cap Horn , on voulut la lui rendre plus chaude, pour le préserver du froid, H arracha et rejeta au-dehors les fourrures qui la tapissoient.
Il n était pas méchant; mais on ne remarquoit point qu’il fut ‘susceptible d’attachement pour celui qui le nourrisson et le caressoit, comme nous avons vu un coati le faire. Chaque fois qu’on le prertoit, il paroissoit effrayé et se çramponnoit par-tout à l’aide de ses ongles as se? aigus. L’instant de ses repas étoit une scène toujours curieuse pour nous : ne vivant que de viande crue ou cuite, il, en saisissoit les lambeaux avec voracité ; et lorsqu’il en tenoit un dans sa gueule, il le faisoit quelquefois sauter en l’air et le rattrapoit avec adresse, apparemment pour lui donner une direction plus convenable. Il s’aidoit aussi avec les pattes de devant; et quand il avoit, achevé de manger,, il s’asseyoit sur son train de derrière, et frottoit. Ipng-temps et avec prestesse ses deux pattes l’une contre l’autre, absolument comme notis. nous frotterions les mains, les passant sans cesse sur l’extrémité de son museau , toujours très-lisse, très-humecté et couleur de laque,. quelquefois s,ur les oreilles et la tête, comme pour en enlever les parcelles d’alimens qui auroient pu s'y attacher. Ces soins d’une excessive propreté ne manquoient jamais d’avoir lieu après qu’il s’étoit repu.
Ces animaux sont encore assez communs au port Jackson et dans les environs ; mais comme on leur fait la guerre, parce qu’ils sont malfaisans , ils deviendront bientôt aussi rares que le sont les fouines dans quelques-unes de nos contrées.
Genre PÉRAMÈLE. — Perameles. Geoft'
PÉRAMÈLE BOUGAINVILLE. — Perameles Bougainville. N ■ PLANCHE 5.
Perameles, corpore suprà rufo , subtùs cintreo ; capile elongato , acuto ; auribus ovatis , longis.
Il est probable que le péramèle que nous avons fait figurer,' remarquable par sa petite taille et le peu de développement de ses dents canines tant supérieures qu’inférieures, est un jeune individu. Son corps est alongé , plus large en arrière qu’en avant ; son nez effilé s’avance au-delà des mâchoires ; ses moustaches sont longues et bien fournies , ses yeux assez grands ; ses oreilles , de forme obiongue , ont un pouce de long, ce qui le distingue du nasuta, avec lequel il a des rapports et qui les a très-courtes.
Son poil , médiocrement dru , plus abondant sur le garrot , mêlé d’un peu de feutre , est cendré à l’origine , et roux ou brun à la pointe. Le pelage , dans toutes les parties supérieures , a une teinte rousse, un peu moins foncée cependant que.’dans le dessin. Un cendré légèrement mélangé de roux se remarque au dedans des membres et audessous ducorps. La queue est d’un roux brun endessus etrouxeendré endessous. Les ongles sont jaunâtres. Quelques poils isolés très-longs se font remarquer sur les membres antérieurs près des articulations.
Sa longueur, mesurée depuis l’extrémité des lèvres jusqu’à la naissance delà queue, est de six pouces : la tête a un pouce neuf lignes; la queue,, deux pouces et demi; les membres antérieurs, un pouce quatre lignes, et ceux de derrière, deux pouces et demi.
Les dents canines sont petites, peu fortes, et ne dépassent pas
ZOOLOGIE. j7
le niveau des premières molaires; tandis que, dans l’espèce à museau pointu , elles ont une longueur au moins double. De plus , l’espace interdentaire qui sépare la dernière incisive de la canine supérieure, est plus grand dans l’individu que nous décrivons que dans le nasutai d’où il résulte une longueur encore plus considérable du museau. La troisième incisive inférieure est bilobée. Les molaires tranchantes sont ùh peu écartées les unes des autres; la dernière de ces dents est très-petite et comme rudimentaire sur Tune et l’autre mâchoire. Les dents du fond de la bouche ne paraissent offrir aucune trace d’usure ; elles sont à base large et à couronne hérissée de plusieurs petites pointes dont le nonlbre varie de cinq à huit. Cette disposition , jointe à des pieds fouisseurs et au projongement du nez , doit faire admettre comme trèsprobable la supposition de M. Geoffroy, qui pense que cet animal est principalement insectivore. N’ayant eu en notre possession qu’un seul individu dont l’estomac étoit vide, il ne nous a pas été possible de vérifier cette conjecture.
Ce péramèle, que nous avons dédié à la mémoire du célèbre navigateur Bougainville , provient de la baie des Chiens- Marins ; il a été tué par l’un de nous sous des touffes de mimosas , au bas des dunes de la presqu’île Péron. Il marchoit en sautillant à la manière des lièvres. N’étant que blessé, il poussa des cris aigus, comme le font les rats en pareille circonstance.
Si les trous que nous avons vus sur file Dirck-Hatichs, appartiennent, comme nous sommes disposés à le croire, à une grande espèce de péramèle , l’opinion de M. le professeur Geoffroy , que ces animaux doivent fouir, seroit dès-lors pleinement confirmée.
Une grande espèce, récemment découverte, fut donnée à l’un de nous, à Bathurst, au-delà des Montagnes-bleues. Elle pouvoit avoir environ deux pieds, de la tête à l’extrémité de la queue : son pelage étoit roux brun en-dessus et comme fauve en-dessous. Nous la perdîmes au naufrage de /' Uranie.
Voyage de l'Uranie . — Zoologie.
Genre PHALANGER. — Phalangista. Geoff
PHALANGER QUOY. — Phalangista Quor. N.
Phalanger de la Terre des Papous. Desm. Mammal. pag» j4»*
R a mb a ve, en langue de Vaigiou. m Do, en idiome de Guébé.
Phalangista, corpore supra griseo, infra snbalbido ; parte superiore capitis fulvâ; gulâ pccloreque albidis ; extremnatibus suprà fuscis ; auruuhs minimis , pilosis ; couda prehensili , squamosâ. 4
Les phalangers du grand archipel d’Asie diffèrent beaucoup, par le port et les mœurs, de ceux de la Nouvelle-Hollande. Ils paroissent redouter davantage la lumière ; leur démarche est lourde, craintive, leur regard stupide , comme nous l’avons déjà fait remarquer.
Cette espèce a le museau court et obtus , les oreilles petites'et arrondies; tout son pelage est gris brunâtre, plus particulièrement sur le milieu du dos, où l’on voit une ligne longitudinale noirâtre plus prononcée en arrière ; des taches de la même couleur occupent le dos et les flancs. Toute la partie supérieure du museau et le dessus de la tète sont d’un fauve vif; la gorge et la poitrine sont blanches; le dessous du ventre et la partie interne des membres ont une teinte grisâtre ; les poignets sont traversés par une bandelette roux foncé , et les doigts recouverts de poils noirâtres.
La queue , préhensile , rousse dans sa partie supérieure , n’est poilue que jusque vers son milieu; nue, écailleuse en-dedans, et de couleur rouge dans le reste de son étendue.
Les poils de tout le corps sont lanugineux et brillans; quelquesuns, en petit nombre, sont plus longs que les autres. Les mous-
taches sont blanches et l’œil est rougeâtre. Sur les pouces postérieurs, qui sont larges et dépourvus d’ongle, on voit quelques poils noirs. ’ ' ••
DIMENSIONS
Longueur du corps , du bout du museau à l’ori-
gine de la queue
2 pouces
de la queue '.
du bout du nez à l’occiput
des membres antérieurs
des membres postérieurs
Le phalanger Quoy habite file Vaigiou, et se trouve probablement dans tout l’archipel des Papous. Il ne paroit pas difficile à prendre, car les naturels nous en apportoient assez souvent des individus enfermés dans des cages de bambous.
PHALANGER TACHETÉ. — Phalangista maculata. Geoff.
Didelphis orientalis. Linn. Shaw. Schreb. Séba.
Phalanger mâle. Buffon.. Hist. nat. tom. i j , pl. 1 1.
Rambave, en langue de Vaigiou.
Do, en idiome de Gut-bé.
Couscous , à Ainboine. ' •
Phalangista, corpore subalbido, suprà macutis grisais vel rufitlis notato ; rostro robuste; aur'i cuits minimis , pilosis ; caudâ prehenstli, squame sa , subrubrâ.
* La position dans laquelle nous représentons ce -phalanger tacheté est très-naturelle, et a -été parfaitement saisie sur le vivant par M. Taunay. Cet individu, dans l’état adulte, est de la taille d’un assez gros chat. Tels sont ceux du moins que M. Temminck a reçus d’Amboine. Le nôtre, provenant de file Vaigiou, étoit un
jeune mâle qui n’avoit point encore acquis ce développement.
Son pelage, fort doux au toucher, est fauve clair sur la tête et les épaules, gris roussâtre à l’occiput et au-dessus du cou ; il offre, sur tout le dos et les flancs, des taches irrégulières dont la couleur varie du gris brun au gris roussâtre plus ou moins foncé, sur un fond blanc sale. On voit, à la partie externe des membres et à la queue , des tâches d’un fauve plus ou moins clair. La gorge , la poitrine , l’abdomen , le dessous de la queue et le dedans des membres, sont d’une couleur blanchâtre tirant sur le roux dans quelques points. La queue est écailleuse en-dessus, comme mamelonnée en-dessous, et rougeâtre dans toute la partie qui n’est pas velue.
Les oreilles, très-petites, sont garnies de poils en-dedans et endehors. L’œil , le bout du nez et la peau des pattes sont rougeâtres. La couleur des poils qui recouvrent les doigts est d’un brun nuancé de roussâtre.
DIMENSIONS
.Longueur du corps , du bout du museau S l'origine de la queue . . 1 4 r“"‘ de la tète, du bout du nez à focciput.. . . j.
de la queue 12.
des membres antérieurs 4-
des membres postérieurs 4 7*
M. Temmmck ayant bien voulu nous prêter les dessins d’un crâne de phaianger adulte d’Amboine, île peu éloignée de celle d’où les nôtres proviennent, nous les avons tous représentés sur la planche n.° S, afin d’en mieux faire voir la différence. Nous ne sommes pas sûrs cependant que les espèces soient identiques.
La tête de l’individu d’Amboine [fig. [,2,3,4 et 3 ) a trois pouces sept lignes de longueur, et deux pouces deux lignes de largeur en-dehors des zygomas. Elle est munie de trente-six dents en tout : vingt à la mâchoire supérieure, savoir, de chaque côté.
quatre arrière-molaires, présentant chacune quatre pointes sur deux rangs; en avant, une grosse, conique, comprimée, un peu usée; et entre celle-ci et la canine supérieure, une autre plus petite, conique, pointue, correspondant aux deux très-petites d’en bas ; puis vient la canine, qui est robuste; après elle, trois incisives, dont l’antérieure, plus longue, laisse un petit espace entre elle et celle du côté opposé.
Le maxillaire inférieur n’a que seize dents, huit de chaque côté : les cinq molaires ressemblent aux cinq dernières d’en haut; entre elles et les incisives, sont deux petites dents rudimentaires. Les deux incisives, larges, fortes, séparées, sont dirigées en avant.
Le développement des surfaces et des saillies osseuses correspond à l’âge et à la grandeur de l’individu.
Le crâne de notre phalanger ( fig. ) , bien moins développé , a seulement deux pouces sept lignes de longueur. Le coronal est beaucoup moins bombé. Le maxillaire inférieur décrit une courbe alongée, et ne présente pas vers le bord incisif l’angle qu’il doit former par la suite : il est muni de quatorze dents ; on en compte dix-huit en haut, dont trois grosses arrière-molaires de chaque côté, puis une petite antérieure rudimentaire, et une grosse, longue, conique; les canines et les incisives sont comme dans l’adulte.
Le maxillaire inferieur a, de chaque côté, trois grosses molaires très-pointues, très-tranchantes; entre elles- et l’incisive, on en voit trois petites comme rudimentaires.
Genre POTOROO. Desm. — Hypsiprymnus. Illig.
POTOROO WH1TE, mâle. — Hypsiprymnus White. N.
Kanguroo-RAT. Phillip, Voy. pag. 247, tab. 47" -
Potoroo. White, Pi y. pag. 286 , pl. 60.
Macropus minor. Shaw^ Gtn. Z ool. vol. 1 , pan. a, pl. 116.
PoTOROO-RAT. Desm. Afammal. pag. 27 1 .
Kanguroo de Gaimard. Desm. Afammal. pag. ;4a.
Hypsiprymnus , corpore supra grisco rufescente , infra s ub aïkido ; c api te triungulari ; rostro acuto ; auriculis latis ; tarsibus bngissimis ; couda longâ , gracili , jîexibih , et apice pauallatA. -
Il est difficile, en voyant la figure que nous donnons de ce potoroo, de ne pas le croire pour le moins aussi grand que le kanguroo laineux, si J’on néglige au premier instant d’examiner le nombre qui indique le rapport des proportions. Sa forme et sa position peuvent contribuer encore à la méprise, qui seroit en effet bien grande , car le kanguroo laineux est environ trois fois plus grand que le potoroo.
La couleur générale de cette espèce est d’un gris roux; la gorge, là poitrine , le ventre et l’intérieur des membres , sont d’un blanc sale; le dessus de la tète, le dos, une partie des flancs et des cuisses, d’urt gris brun : ces diverses nuances sont aussi celles de la queue , dont le bout est bru"n. Les poils sont de deux sortes ; les plus profonds, courts, doux, moelleux et un peu floconneux; présentent une teinte gris de souris lorsqu’on les écarte; les extérieurs sont plus longs , roides et plus rares. Les tarses sont recouverts de poils
Jongs , rudes et fauves , dirigés d’arrière en avant , et s’étendant jusqu'à l’extrémité des ongles. Ceux des pattes antérieures, plus doux, ne recouvrent pas entièrement les ongles.
La tête est triangulaire, large et un peu aplatie par derrière, pointue en avant; le mufle et les narines, placés à l’extrémité du museau, sont séparés dans leur milieu par un sillon longitudinal; les moustaches ont une longueur médiocre ; la bouche est petite , et la mâchoire supérieure s’avance un peu plus que l’inférieure. Quelques poils noirs surmontent l’œil; les oreilles sont courtes, très-larges et velues à leur partie postérieure.
La grosseur du cou donne à cette espèce quelque ressemblance avec les rats. Les pattes antérieures sont petites , pourvues d’ongles blanchâtres, longs, grêles et arqués; l’ongle du milieu est plus saillant. Les membres postérieurs sont proportionnellement plus longs et plus déliés que dans les kanguroos.
La queue, presque aussi longue que le corps, est grêle, flexible, et porte à terre ; son extrémité est terminée par un bouquet de poils.
DIMENSIONS
Longueur duçorps, du bout du museau il l’origine de laqueue, ■ t1"1* oi1™" ; ,(r*
— de la queue . . . « i. o. o.
— de ia tête, du bout du museau à l’occiput o. 3. o.
— des membres antérieurs. o. 3. 6.
— des membres postérieurs o. 8. 10.
Ces petits animaux sont d’un naturel très -doux, et moins timides que les kanguroos. Dans un voyage que nous fîmes dans lintérieur des Montagnes- bleues de la Nouvelle-Hollande, nous eûmes occasion d’en voir un venir enlever familièrement , au milieu de la case en terre qui nous servoit d’abri , des restes d’alimens , et s’enfuir par un trou à la manière des rats. Nous croyons que c’est une variété de l’espèce que nous venons de décrire.
Notre individu a vécu quelques jours à bord de l'Uranie il devint victime de la férocité d’un chien que nous avions pris aux îles des Papous, et qui l’étrangla au moment où il s’avançoit vers lui en cherchant à le caresser’.
Nous avons rapporté de l’île Dirck-Hatichs plusieurs têtes de potoroos, qui ont à-peu-près les mêmes dimensions que celle de l' hypstprymnus White , mais qui en different par l’étendue plus considérable de la cavité tyinpanique, par la largeur des arcades zygomatiques, ce qui les rapproche de celle du kanguroo élégant, et par la brièveté de la voûte palatine. Elles appartiennent à une espèce nouvelle, que nous proposons d’appeler potoroo Lesueur [ hypsiprymmis Lesueur ].
Il existe au Muséum de Paris le squelette d’un potoroo dont la tête , longue de deux pouces onze lignes , est plus mince , plus pointue et plus alongée en cône que les précédentes. Les incisives supérieures mitoyennes et les canines ont plus de longueur; la caisse du tympan est moins développée ; les arcades zygomatiques sont plus étroites et moins convexes. L’extrémité des os du nez dépasse le niveau des dents incisives supérieures. Nous proposons pour cette espèce le nom de potoroo Pérou [ hypsiprymmis Peron ], du sàvant et infortuné naturaliste qui l’a transporté le premier en Europe.
* Nous avions d’abord pensé, avec MM. Desmarest ei Frédéric Cuvier, que c'étûit une nouvelle espèce de kanguroo , et nous l'avions nommé kanguroo à queue grêle [ kangurus Irpturus ] ; mais depuis lors, ayant retrouvé la tête de cet animal, qui avoh été égarée, nous avons reconnu très-facilement tous les caractères du genre hypstprymnus.
Genre KANGUROO. — Kancurus. Geoff
KANGUR<Hp LAINEUX. — Kangurus laniger. N.
Kanguroo roux. Desm.
Kangurus Luiosus ; pilis suprà ferrugineo-rubns ; pectort ventreque subaJbids ; auriculis ovalibus , longis , pilosis.
Ce kanguroo , dont nous n’avons eu qu’une peau en assez mauvais
• état, nou6 fut donné, au Port-Jackson, par M. Fraser, botaniste, directeur du jardin du gouverneur à Sydney, qui l’avoit tué aux environs du port Macquarie. Il se distingue par sa grande taille; mais son caractère essentiel est un pelage doux au toucher, court , serré, lanugineux et comme feutré. Chaque poil, considécé isolément, est frisé et présente la même couleur dans toute son étendue; c’est une véritable laine; tandis que, dans les autres kanguroos, la laine est en-dessous et le poil en-dessus.
La couleur du pelage est d’un roux ferrugineux, semblable à celui de la vigogne, sur la tête, le cou, le dos, les flancs, les épaules, la face externe des cuisses et le dessus de la queue. Cette couleur s’éclaircit par degrés en avançant sous le ventre, au milieu duquel elle finit par être blanchâtre, de même que sous le cou, en-dehors de l’avant-bras et de la jambe , et à la partie interne des membres antérieurs et postérieurs. - , .
Les oreilles ; couvertes en-dehors de poils grisâtres et en-dedans dé poils blancs, paroissent plus longues que dans les autres grandes espèces. On peut aussi faire la même remarque pour la queue et fes jambes postérieures ; mais nous ne pouvons donner ces der-
y<yagt de VUftwit. — Zoologie. Q
niers caractères que comme douteux. Le dessin que nous présentons n'a de rigoureusement exact que la couleur; les formes y ont été ajoutée^ par M. A. Prévost , avec l’habileté qu'on lui connoit ; elles appartiennent à des études faites sur des animaux vivans du même genre. j
Voici les dimensions que la peau a pu fournir:
Longueur du corps , du bout du museau à l’origine de la queue . . o f'0tt,n'
de la queue 3. 5.
de la têfe, du bout du nez à l’occiput o. % 8.
- , des oreilles.. o ; 4.
- — des membres antérieurs 1. 10.
des membres postérieurs. . .'. . . 3. o.
La dénomination de laineux convient parfaitement à ce karij. guroo , et nous ne doutons pas qu’on n’en trouve d'autres avec • des couleurs différentes, mais dont la fourrure sera de même nature. Déjà l’un de nous, dans un voyage au-delà des Montagnesbleues, en avoir rapporté une espece grisâtre, dont le poil approchoit beaucoup de notre kanguroo laineux, qu’on désigne communément au Port-Jackson sous le nom de kanguroo rouge. Ce dernier est très-rare dans cette colonie, et il faut aller fort loin au-delà des Montagnes-bleues pour se le procurer. M. John Oxley, dans ses longues et pénibles incursions dans l’intérieur de la Nouvelle-Galles du Sud , n’en a rencontré que sur les bords de la rivière Lachlan, où il a vu aussi une autre espèce remarquable par la petitesse et la forme de sa tête, et dont jusqu’alors il n’avoit été fait aucune mention.
Nous avons assisté à une chasse aux kanguroos dans les environs dé Botany-bay. On force ces animaux avec de grands lévriers que l’on fait venir d’Angleterre-. Nous en avons fait une autre dans les Montagnes-bleues, aux environs de la rivière Cox; et nous avons remarqué que lorsque les kanguroos étoient vivement poursuivis par les chiens , ils couroient toujours sur leurs quatre pieds.
et n’exécutoient de grands sauts que quand ils rencontroient des obstacles à franchir. Ce n’est que dans ùn état de tranquillité qu’ils cheminent à l’aide seulement de leurs extrémités postérieures, en se servant de leur queue tendue roide comme d’un balancier, pour prévenir la chute en avant qui pourroit avoir lieu sans cela. Cette allure étonne ceux qui l’observent pour la première fois. Ainsi, sur un terrain uni , il ne seroit pas facile à un kanguroo de se soustraire aux. chiens en faisant des bonds, par la raison que sa queue, quoique forte et longue , ne pourroit pas assez rapidement rétablir l’équilibre nécessaire pour en recommencer d’autres. Ce n’est que dans des circonstances locales qu’il tire un grand avantage de ce moyen. Il ramène donc à chaque pas -qu’il fait sa tête près de terre; il semble alors se blottir.
Cette chasse n’est pas sans danger pour les chiens. Les kanguroos leur opposent deux armes puissantes, la queue et le gros ongle de leurs pieds de derrière ; ils les étourdissent avec la première , et leur font avec la seconde des blessures profondes et quelquefois mortelles.
. Nous avons été à portée d’observer, sur un jeune kanguroo de la petit#; espèce conservé assez long-temps à bord de l'Vrame , que ces animaux, quoique essentiellement herbivores, comme le prouve l’organisation de leur système digestif, ont une singulière aptitude à manger de tout ce qu’ils rencontrent , du pain , de la viande , même du bœuf salé et du vieux cuir, du sucre, delà confiture, &c. ; • tout leur est bon ; ils boivent aussi du vin et de l’eau-de-vie.
Nous devons ajouter que la chair des kanguroos est fort bonne à manger, et qu’elle a un goût analogue à celle du cerf.