SECTION II
Des Cétacés.
Ce que laissent encore à désirer nos observations sur les phoques, peut aussi s’appliquer aux cétacés : mais comme on n’a eu jusqu’à présent que très -peu de données sur ceux qui habitent l’hémisphère austral, nous pensons que les esquisses que nous offrons, quoique incomplètes, donneront de ces animaux une idée plus exacte que des descriptions qu’il est difficile de bien faire à une .certaine, distance et sur des objets mobiles.
Le dessin de la planche n.° 12 représente un cachalot. Il a été fait d’après un grand nombre d’individus semblables , et nous a étécommuniqué par M. Benjamin Hammat, commandant le navire l'Océan, de Londres, que nous trouvâmes, sur les côtes de Timor, occupé de la pêche de ce cétacé. Les diverses bosselures qu’on n’a point remarquées jusqu’ici sur les cachalots connus, en font évidemment une espèce nouvelle. Nous ne doutons point que le dessin, exécuté avec hardiesse et à grands traits , ne rende bien l’ensemble de l’animal, et ne caractérise ses formes principales; mais nous pensons aussi qu’il peut y avoir des' fautes dans quelques détails ou dans certaines proportions. Nous en prévenons, afin que les
naturalistes qui auront occasion de voir cettè même espèce ou ti en donner une figure, ne prennent notre dessin que pour ce qu’il vaut. Nous ne ferons point la description de ce cétacé; nous le nommerons seulement cachalot bosselé [ physeter polycyphus] , et nous dirons avec le Capitaine Harivnat, que.par la disposition de ses yeux placés dans un enfoncement, il ne peut voir, ni en avant de sa tête, ni derrière lui; ce n’est que de côté et obliquement qu’il peut bien distinguer les objets. Nous avons laissé subsister le jet d’eau qui sort de son évent, en tant qu’eau , malgré que tout récemment un marin fort distingué ait assuré que ce qu’on prend pour de l’eau dans l’expiration de quelques cétacés, n’est que de l’air chargé de mucus, qui, au sortir de l’animal, st trouvant condensé par la température extérieure, se manifeste sous une forme aqueuse, absolument comme il arrive l’hiver lorsqu’on respire à l’air libre. Voilà ce que dit M. Scoresby, pour la baleine franche, dans un ouvràge qu’il vient de publier sur la pêche de cet animal au pôle NordJ. La manière dont le livre de cet habile pêcheur est écrit rend son autorité imposante et dispose à croire ce. qu’il avance : cependant nous- ne pouvons être de son avis , et nous allons indiquer les motifs qui nous portent à nous ranger du côté de l’opinion généralement admise.
Entre les tropiques, sous l’équateur et dans les localités les plus chaudes, où nous avons vu des cachalots ou tout autre grand èétacé , ils lançoient par leurs évens le jet d’eau qui de loin les fait reconnoître. Or, par une température de plus de 30° centigrades, comme étoit celle que nous supportions devant les îles de l’Amirauté lorsque nous aperçûmes deux cachalots, l'air sorti
« A moist vapour, mixed with mucous , » discharged from thero, when the animal breathes;but no water accompagnies it , unless an expiration of the breath be made under the surface. ( Tom. I , pag. 456.)
Ce qu*on petit traduire par : Une vapeur humide , mêlée de mucus , sort de l'animal lorsqu'il respire; mais aucune eau ne raccompagne , à moins, qu'une expiration ne soit faite au-dessous de (a surface . . - • • ’ *
de leurs poumons, qui étoit tout au plus au même, degré, ne pouvoit pas être condensé par une température extérieure différant si peu de la leur; et cependant le jet aqueux se manifestoit tout aussi bien que dans les deux zones tempérées, où nous avons cent fois observé le même phénomène. A tort objecteroit-on qu’il étoit dû alors à une forte ‘expiration faite sous l’eau, car souvent nous étions assez près pour voir que l’animal avoit au-dessus du fluide la protubérance où est placé son évent. D'ailleurs, une émission d’air respiré , faite au-dessous de la surface de la mer , peut bien , quelque forte quelle soit, y occasionner un bouillonnement, mais non produire un jet qui fasse retomber l’eau en une pluie fine.
Les cachalots ne rejettent point d’eau à chaque expiration ; ce qui paroît tenir à quelques causes que nous ne sommes pas à portée d’apprécier, mais dont la plus probable est que l’animal, dans ces instans-là, exécute l’acte de la déglutition.
Nous lisons dans notre journal, écrit à l’instant même, que, nous étant approchés à vingt pas du baleinoptère museau pointu qui vint échouer devant nous aux Iles Malouines , nous lui vîmes lancer de l'eau en petite quantité, mais avec assez de force pour la faire jaillir en pluie dès sa sortie des évens. C’étoit alors. la simple expression d’un fait observé , sans vouloir , sans penser même qu’il pût servir à une explication quelconque. Lorsque à la mer, dans le mauvais temps , les flots brisent , et qu a la distance d’une demi-lieue, d’une lieue et même plus, on aperçoit les jets d’eau des baleines , certes on ne peut pas admettre qu’une simple vapeur condensée puisse d’aussi loin frapper la vue. A cet égard , nous avons remarqué que les baleines soufflent davantage , quand la mer es’t agitée; c’est qu’alors, selon nos conjectures, certaines espèces de mollusques dont elles font leur nourriture ,- se présentant plus abondamment à la surface, elles rejettent l’eau quelles avalent en même temps que ces animaux. Nous avons dit ailleurs que jamais on n’est entouré d’un plus grand nombre d’oiseaux péla-
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giens que par un gros temps, et qu’ils se portent de préférence vers les tourbillonnemens produits par le sillage , qui mettent à découvert les mollusques dont ils font leur pâture.
Tous les cétacés ne rejettent pas habituellement de l’eau par leurs évens. On n’aperçoit que très-rarement les dauphins produire cet effet ; nous allions dire jamais, parce que nous ne l’avons point vu dans des centaines qui se sont offerts à nos regards : mais Spallanzani l’a remarqué, et de très-près, en allant de Lipari à Stromboli ; or, quand un observateur tel que l’illustre professeur de Pavic avance "un fait, il est interdit de n'y pas croire. Ces animaux nous fourniront la preuve la plus convaincante et la plus irréfragable à opposer à l’opinion de M. Scoresby : car, sans aucun doute, si le jet visible étoit composé simplement d’air et de mucus condensés, les marsoliins qui, dans nos contrées, viennent souvent respirer à fa surface de la mer, émcttroient cette vapeur sous une forrrie analogue, et proportionnellement à leur grandeur. Mais il n’en est rien. Les personnes qui habitent les bords de la mer ou des grands fleuves à leur embouchure, et qui voient très-fréquemment des troupes de Ces animaux, peuvent bien, lorsqu’elles en sont assez près, entendre le bruit qu’ils font en respirant ( ronfler comme un marsouin est passé en proverbe parmi les matelots ) ; mais jamais elles n’ont remarqué qu’il sféchappât de vapeur apparente de leur évent. Bien plus, en hiver, temps où cette émission doit être naturellement sensible à la vue , nous n’avons pu rien distinguer de semblable. -. • .
Et pourquoi, par exemple, si c’étoit à la respiration seule que cet effet dût être attribué, ne l’eussions-nous pas observé chez les dauphins dans les mêmes parages où nous voyions de grands cétacés le produire. On ne peut pas nous objecter l'éloignement où ces dauphins étoient de nous, car c’est sous la proue du navire que nous nous plaisions à les cfudier. Le bruit qu’ils font quand ils viennent respirer à la surface , a du rapport avec celui d’une
So VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
f'usce qui pan. Jamais, dans ce$ circonstances, nous n’avons Vu
la moindre apparence de vapeur au-dessus de leur tète, ni le jet
d’eau observe une fois par Spailanzani dans la Méditerranée, et
par M. de Humboldt, à i’égard des marsouins, dans les eaux
douces de l’Orénoque, à plus de trois cents lieues de son embou-"'
chure.
Il faut donc admettre que ces agiles animaux ne sont point organises pouf renvoyer l’eau par les voies de la respiration aussi souvent que -le font d’autres cétacés. Ces jets, il faut le dire aussi, sont bien éloignes de l’idée qu’en donnent certaines gravures : ce sont uniquement de petites nuées d’air et d’eau retombant en pluie fine, absolument comme quand on s’est rempli à moitié la bouche de quelque fluide, qu’on y fait arriver de l’air, et qu’on châsse le tout avec violence.
Du reste, dans cette digression, de même que dans tous les points d’histoire naturelle sur lesquels nous nous permettrons de discuter, notre seul but sera de contribuer à faire connoître ce qui existe réellement.
Revenant à l’histoire de notre cétacé , nous trouvons dans les notes transmises à M. de Freycinet par le capitaine anglais, que ' les cachalots vivent de sèches qui se tiennent par quatre-vingts à quatre-vingt-dix brasses \ C’est à cette profondeur que les pêcheurs baleiniers eux-mêmes prennent les mollusques pour s’en nourrir.
On ne harponne point, disent-ils, le cachalot sur la masse énorme que forme son museau, parce que, quoiqu’il n’y ait pas d’os, la ■ peau y est si dure que le fer n y pénétreroit pas.
1 Ceci nous explique pourquoi, dans ces parages, nous avons rencontré un si grand nombre de coquilles de nautiles vides et roulées, sans avoir pu jamais nous procurer l’animal: c’est qu’il est probablc-qu’H vit à cette grande profondeur, comme les sèches et autres céphalopodes, avec lesquels il ’dôit avoir beaucoup de rapports. Cette analogie de moeurs nous fut connue trop tard ; mais nôtre collègue, M. Lesson,'quj va visiter ces contrées, à bord de la corvette la Ccquillc, et que nous avons prévenu, ne manquera pas une si belle occasion pour rechercher cé mollusque. . * . * .
La tête d’un cachalot des Moluques, long de soixante-qûatre pieds français , donne vingt-quatre barils de blanc de baleine ( nommé aussi, mais improprement, sptrma ceti) ; et après qu'on a enlevé le lard par zones perpendiculaires , soixante-dix, quatre-vingts et quelquefois cent barils d’huile pure \ Les femelles acquièrent une moins grande dimension que les males, et ne donnent pas au-delà de dixhuit ou vingt barils de blanc de baleine. Sur les côtes de la Nouvelle- Zélande, elles peuvent fournir de vingt-cinq à trente barils , mais les mâles, plus grands aussi en proportioft, rendent beaucoup plus des deux substances que ceux du grand archipel d'Asie.
On assure qu’il n’y a maintenant à Londres qu’un prix pour le blanc de baleine et l’huile; on les vond 120 livres sterling les 2,000 pounds; ce qui n’a voit pas lieu, dit-on, il y a cinq ou six ans; la première denrée valoit i 2 à 1 j livres sterling de plus par tonneau que la de’mière. Jadis aussi on vcndoit des deux productions séparément; les fabricans les mélangeoient ensuite : à présent on vend le tout ensemble. • *
L’ambre gris , qui paroit for* rare chez ces animaux , se vend 1 8 shillings fonce; il arrive souvent qu’on fait deux ou trois voyages et autant de cargaisons sans en trouver. Le second capitaine du navire l’Océaii eut une fois le bonheur de recueillir cinquante livres de cette substance dans un seul cachalot, près des îles Goula Bessi.
On- conserve les os des mâchoires pour en faire des cannes et des cpissoirs ; on les vend aussi aux naturels des îles d’Asie , qui les transforment en crits ou autres armes.
Pendant notre séjour aux Malouines , un baleinoptère de l’espèce museau pointu vint s’échouer sur les rochers de la baie Française. Un chasseur, qui se trou voit dans «et instant près de là, 'lui tira plusieurs coups de fusil à balles qui probablement le blessèrent grièvement. Le
* Le baril contient trente-un galons et demi ; le galon est de quatre pintes françaises environ : ce qui -tlonne exactement un total de '3075 , pintes de blanc de baleine [2859 litres], et I2812 pintes d'huile [ 11913 litres], lorsqu’un de ces cétacés produit cent bartls.
. Voyagt <k T Uranie. — -Zoologie. | | •
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soir ii étoit encore vivant La marée basse lui avoit laissé une. portion du dos et les évens à découvert. De temps en temps il rejetoit de l’eau par ces ouvertures en respirant avec bruit. Un canot fut expédié pour tâcher d’amener ce cétacé plus près de notre camp, afin d’en tirer le meilleur parti possible. Ce fut en vain qu’on s’efforça de remuer cette lourde masse, qui, d’ailleurs, encore animée, portoit presque sur tous les points. On se contenta d’envoyer sur son dos un homme , qui, armé d’une hache, y fit un trou dans lequel il fixa un grappin d’ern barcation , auquel tenoit uhq chaîne, puis une corde attachée à terre pour que la marée montante n’entraînât pas l'animai. Mais lorsqu’il se sentit soulever par le flux, à l’aide d’une légère secousse il cassa la corde, et par un mouvemem plus fort il se retirade dessus les rochers et gagna le large. Ce fut vainement qu’il chercha à s’enfuir; blessé à mort , nous le trouvâmes le lendemain sans vie vers Je même endroit.
A l’instant où il échoua, quoique ce fût un mâle, plusieurs petits baleinopteres qui étoient dans la rade rodèrent long-temps autour de* Itli. La nageoire dorsale de ces jeunes, du double plus grands qu’un dauphin ordinaire, nous parut beaucoup plus considérable et pas autant reculée vers la queue que celle de l’individu adulte que nous avions sous les yeux. Nous acquîmes la preuve que ces animaux ne sont point à craindre, par ce qui arriva à un matelot qui, étant ailé à la nage examiner de très-près la baleine échouée , en fut tout-à-coup entouré. Saisi d’une frayeur extrême qu’il manifestoit par de grands cris, il se hâta de gagner la terre de toutes ses forces. Plusieurs personnes qui étoient sur le rivage craignoient pour- sa vie. Nous nous efforçâmes de le rassurer en lui criant qu’il q’y avoit rien à redouter , persuadés en effet que cette espece de cétacé n’a jamais volontaiftment fait de mal à l’homme.
Ce baleinoptère museau pointu étoir placé Sur le dos et incliné du côté droit. Le lendemain de sa mort, les mâchoires étoient encore' fermées; le jour d’après, elles étoient entrouvertes par l’effort de la vésicule aérienne propre à cet animal , qui faisoit une saillie consi-
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ilcraljle; lorsque la putréfaction commença, les gaz qui s’accumulèrent distendirent davantage cette vésicule et agrandirent de plus ai plus l’ouverture de la gueule ; ce qui donna la facilité de couper les fanons à coups de hache.
Les vautours et tous les oiseaux de mer eurent bientôt enlevé son épiderme excessivement mince et déchiqueté sa peau. L’huile qui découioit de toutes ces blessures, répandue sur le rivage à deux cents pas g la ronde, rendoit les rochers tres-glissans. Le capitaine Orne, qui survint dans ces entrefaites, en retira encore quelques barriques.
En général, ces cétacé%ne sont pas trcs-estimés , à cause du peu d’épaisseur de leur lard et de l’extrême vivacité de leurs mouve- • mens, qui fait qu’on ne peut pas facilement s’en rendre maître. Voici les seuls détails anatomiques que notre fâcheuse position nous' ait permis de recueillir sur le nôtre.
Sa longueur, prise de l’extrémité de la mâchoire inférieure au bout de la queue, étoit de cinquante-trois pieds quatre pouces.. Les mâchoires avoient , de l’extrémité à la commissure , neuf pieds six pouces; la supérieure, un peu plus avancée que celle d’en bas, portoit seule des fanons sur chaque côté de ses bords. Dans leur arrangement , ils forment comme un V tronqué par la pointe : l’animal étant renversé , ils représentoient assez bien le ber ou berceau sut lequel est posé un vaisseau qu’on va lancer. La largeur et la longueur de ces fanons, vus en-dehors de la gueule, ailoient en décroissantà mesure qu’ils se rapprochaient du gosier; leurs franges étoient ■ en-dedans : les plus longs avoient deux pieds six pouces et neuf pouces de largeur à la base.
Le dessous du corps, près de la queue, étoit caréné; le balenas, sorti dans toute sa longueur, très-pointu à son extrémité où étoit placé le méat urinaire, avoit cinq pieds neuf pouces de long, et up pied de diamètre à sa base. En le coupant, il en "sortit du sang et beaucoup d’air.
Les plis longitudinaux du ventre commençoient au bout.de la t mâchoire et s’étendoient jusqu’à trois ou quatre pieds du nombril ; le plus grand nombre se prolongeoient par yne ligne continue, pendant que d’autres se bifùrquoient ; les bandelettes qu’ils formoient, peu saillantes , larges d’un pouce et demi à deux pouces , étoient noirâtres au milieu, avec un petit cordon plus clair sur les bords ; les interstices offraient une teinte rougeâtre.
La longueur des nageoires pectorales étoit de six pieds trois pouces; la largeur de celle de la queue, de treize pieds. La dorsale, située à f opposite du balenas, n’a pu être mesurée; nous nous sommes aperçus quelle se dirigeoit en arrière en formant un peu le croissant.
L’œil, trcs-pcu apparent à l’extérieur, placé à la commissure des mâchoires, ’ étoit à-peu-près de la grosseur d’un boulet de six livres, et pesoit six hectogrammes, ou environ une livre et un cinquième.
Le globe avoit une forme aplatie de la partie antérieure à la postérieure ; de sorte que son grand diamètre étoit à-peu-près dans le sens de la longueur du corps de l’animal : ce diamètre avoit quatre pouces six lignes; le vertical, quatre pouces seulement, et l’axe , deux pouces neuf lignes. La sclérotique formoit extérieurement deux saillies aux extrémités de l’axe longitudinal , à l’endroit d’insertion des muscles droits latéraux.
A la partie postérieure , la sclérotique laissoit apercevoir un enfoncement considérable , ovalaire , dirigé dans le sens du grand 'diamètre, et où se trouvoit, mais non au milieu, un trou de la grosseur d’une forte plume à écrire , pour le passage du nerf optique: de chaque côté, deux ouvertures obliques, du calibre d’une plume de cygne, donnoient accès à deux grosses artères; et tout autour de l’entrée du nerf optique, vingt-six autres ouvertures plus ofl moins grandes étoient destinées au même usage.
Sur le devant , la cornée transparente présentait une forme
ovalaire, dont le grand diamètre, dirigé aussi dans le sens longitudinal , avoit un pouce six lignes , et le vertical dix lignes ; de sorte que ces diamètres étoient, avec ceux du globe de l’œil, le premier comme trois est à un , et le second comme un est à cinq. L’a cornée étoit peu convexe. A son insertion sur la sclérotique, elle offroit un petit cordon blanchâtre , d’environ une ligne de large. Sur sa face interne, une membrane, ou plutôt un enduit noirâtre, assez semblable par la couleur à la choroïde de l’homme, mais plus consistante , formoit un cercle de près d'un pouce de largeur. En raclant cette substance avec la lame d’un scalpel , on l’enlevoit facilement. Par conséquent, le plus grand diamètre de la cornée susceptible de laisser passer les rayons lumineux , se réduisoit à six lignes.
L’iris étoit noire sur ses deux laces ; la pupille transversale comme dans les ruminans; la choroïde argentée , et la rétine rougeâtre. Le cristallin avoit une forme arrondie il pesoit quatre-vingt-deux grains. Son grand diamètre étoit de neuf lignes , et son axe de sept.
La plus grande épaisseur de la sclérotique étoit d'un pouce ; elle n’étoit que de onze lignes en haut et en bas; elle diminuoit tellement à la partie antérieure, qu’à sa réunion avec la cornée, elle étoit tout au plus d’une ligne. Ainsi le volume de I œil , assez considérable extérieurement , ne produisoit qu’une cavité dont le plus grand diamètre, le longitudinal, n avoit que deux pouces dix lignes ; le vertical , deux pouces cinq lignes et demie ; et l’axe , un pouce neuf lignes et demie. De sorte que son rapport au plus grand diamètre se trouvoit à-peu-près être comme sept est à onze.
Ces baleines étoient assez communes vers le cap Horn, à l’époque du voyage de Forster ; car ce naturaliste en vit plus de trente dans un jour autour de son navire, qui, en lançant de l’eau, répandoient une odeur infecte. * • •
Lors du coup de vent que nous éprouvâmes dans le détroit de Lemaire, nous passâmes très-près d’une bàleine qui étoit morte
et que nous reconnûmes, aux nombreux plis de son ventre, pour être de te même espèce.
Nous allons passer à d’autres cétacés beaucoup plus petits , les dauphins : ceux de la planche n.° ti , dont nous parlerons d’abord, ont été vus de près et esquissés avec assez d’exactitude pour que ceux qui auront la faculté de se les procurer, puissent reconnoître l’identité des espèces. Bien que, dans notre longue navigation , nous ayons été à portée de voir autour de nous beaucoup de ces animaux, qui sembloient en se jouant vouloir rivaliser de vitesse avec notre machine flottante; cependant, malgré tous nos efforts pour en prendre , nous n’avons pu y parvenir ; il est vrai que le plus souvent ils s’offroient à nos coups lorsque la mer étoit agitée ou que la marche du vaisseau étoit trop prompte.
Dans le mois d’octobre 1819, en allant des îles Sandwich à la Nouvetie-Gailes du Sud, nous vîmes, par 5" z8' de latitude N., beaucoup de dauphins ( planche 11 , figure /) , exécutant en troupes, autour du vaisseau , leurs rapides évolutions : tout le monde à bord fut surpris , comme nous , de leur voir sur le front une corne ou nageoire recourbée en arrière, de même que celle du dos. Le volume Me l’animal étoit à-peu-près double de celui du marsouin ordinaire, et le dessus de son corps , jusqu’à la dorsale, étoit tacheté de noir et de blanc.
Nous nous attachâmes à observer ces dauphins pendant tout le temps qu’ils nous accompagnèrent ; mais quoiqu’ils passassent souvent à toucher la proue de notre corvette , ayant le haut du corps hors de l’eau, leur tête y étoit tellement enfoncée, que ni M. Arago, ni nous, ne pûmes distinguer si leur museau étoit court ou alongé; leur allure même ne put rien nous indiquer à cet égard; car ils ne s élançoient point au-dessus des eâux comme les autres espèces. D’après leur conformation toute particulière, nous les avons nommés dauphins rhinocéros [ delphimis rhinocéros j.
Une autre fois, traversant ce vaste espace qui existe entre la
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Nouvelle-Hollande et le cap Horn, nous observâmes en janvier 1820, par 49° de latitude, d’autres dauphins ayant de chaque côté du corps , dans presque toute sa longueur, deux larges lignes blanches, coupées à angle droit par une noire; ce qui, vu par le dos, formoit une croix noire sur un fond blanc. Ils n’avoient qu'une nageoire dorsale assez aiguë. Nous ne fûmes pas non plus assez Heureux pournous les procurer. Il en fut de même de l’espèce suivante, que nous rencontrâmes quelques jours après, et qui se faisoit remarquer par une bandelette blanche de chaque côté de la tête. Peutêtre ctoit-ce une variété de l’espèce qui précède ; peut-être encore ce caractère ne tenoit-il .qu’à la jeunesse de l’individu : toutefois , pour les distinguer , nous nommâmes la première cnicigère [ delphinus cruciger ] ( planche 1 1 , ligures 3 et 4 ) , la seconde albigènt [ delphinus albigena ] ( même planche , figure 2 ).-
Sans mentionner ici plusieurs individus à côuéeurs obscures que nous vîmes dans divers parages , nous distinguerons le dauphin à museau blanc et long [ delphinus Peroni de Lacépede], que nous trouvâmes par 20 de latitude, près de la Nouvelle-Guinée ; et un autre moitié blanc ; moitié noir, à museau peu alongé , des îles Malouines , que M. Bérard tua , et qui coula à l’instant même si profondément, que nous ne pûmes l’avoir.
T out le monde connoît l’allure de ces animaux, lorsqu’ils chassenf à l’embouchure de nos. fleuves. Us vont de compagnie en nageant plusieurs de front, ou par couple à la queue les uns des autre?. Mais ce qu’il y a de plus remarquable , ce sont les longues ondulations qu’ils décrivent, semblables *à celles d’une mer qui cesse d 'être agitée ; de sorte que , lorsque la partie supérieure de leur corps paroît à la surface, comme on n’aperçoit qu’une portion de là courbe qu’il décrit, il semble vraiment que l’animal, en s’enfonçant dans l’eau , tpurne sur lui-même comme une roue. Il n’en est plus-ainsi , lorsque, jouant autour d’un vaisseau qui cingle à pleines voiles, ils veulent le dépasser; alors ils filent droit et font
même quelquefois des bonds en l'air. Dans ces diverses évolutions, M. Gaudichaud a remarqué que deux dauphins, se tournant de côté s’accoioient par le ventre et nageoient ainsi un court instant.
, S’accouplent-ils! ou bien, ce qui seroit plus probable, sont-ce de simples préludes d’accouplement ! c'est ce qu’on ne peut pas déterminer. Comme, dans ces violens exercices, ils sont obligés de faire une grande dépenséde forces et que leur sang circule avec beaucoup plus de vitesse, ils viennent fréquemment respirera la surface.
Lorsque , parcourant l’Océan , les dauphins aperçoivent un navire, il est presque certain qu’ils viendront roder autour un instant, et continueront ensuite leur route. Ils disparoîtront très-vîte , si un de leurs compagnons blessé teint la mer de son sang. Mais il n’est pas vrai, comme on l’a avancé, qu’ils recherchent l’ombre des vaisseaux pour se soustraire à l’action des rayons du soleil, et que dans ce but ils accompagnent les flottes qui font alors pour eux l’effet d’une forêt. Ce sont des histoires faites à plaisir, et que maintenant de sévères observations ne permettent plus d’admettre. Huit fois au moins sur dix qu’on rencontrera de ces animaux , le vent sera fort, le ciel couvert de nuages, et l’on remarquera que c’est presque toujours le matin et le soir, souvent même la nuit, qu’ils se plaisent autour des navires.
Soit qu’on ait réellement reconnu qu’ils aiment la musique, soit que les agréables fictions de la Grèce exercent sur l’imagination des navigateurs la même influence dans l’Océan que jadis dans la Méditerranée ; toujours est-il vrai que , dès que les matelots aperçoivent des dauphins, ils siffleflt pour les attirer. Très-souvent nous les avons vus employer ce moyen , sans avoir remarqué qu’il produisit quelque effet sur ces animaux.
Ils disent encore que, lorsqu’on les voit en troupes suivre une ligne constante , le vent ne tardera pas à souffler de la direction qu’ils prennent, êtc. &c. m
Les dauphins vivent de poissons. Nous avons pêché des muges
qui, ayant échappé à leurs dents aiguës, survivoient à de larges blessures avec perte de substance. Ils paraissent très-friands de sèches ; mais ils n’en mangent que les tentacules et la tête : c’est du moins ce que nous ont assuré des marins et des pêcheurs de la Gironde. L’un de nous, ayant séjourné assez long-temps à l'embouchure de ce fleuve, eut souvent occasion de voir que, dans le mois de mai, le flux apportoit une grande quantité de ces mollusques, auxquels il manquoit la tête, et qu’on envoyoit prendre sans la moindre difficulté. Leur état de fraîcheur indiquoit que tous avoient été mutilés à-peu-près à la même époque. Ils fournissoient un mets assez appétissant, quoiqu’un peu dur et indigeste. L’effet des courans réunissoit par bancs ces céphalopodes tronqués; et assez souvent des traces d’écume déceloient leur présence : quelques toises plus loin, on n’en trouvoit plus. Ils paroissoient manifestement venir de fa mer. Ce fait semble prouver que les sèches sont susceptibles d’aller en troupes, et qu’ainsi rassemblées, elles deviennent victimes de la voracité des marsouins; car, quel poisson irait ainsi leur enlever la tête! Il arrive même que, parmi les mortes, il s’en trouve de vivantes qu’il est rare de pouvoir prendre, parce quelles plongent à l’approche du panier emmanché qui sert à amasser les premières.
Les seuls fragmens de cétacés herbivores que nous ayons apportés, sont deux mâchoires de dugongs, trouvées dans l’île Dirck-Hatichs, à la baie des Chiens-Mârins, sur la Nouvelle-HoHande, et qui présentent un trou mentonnierplus grand que dans l’espèce connue.
■Nous n’avons pas pu nous procurer de ces animaux ; seulement quelques-uns de nos Messieurs en ont vu qui paissoient l’herbe à une très-petite profondeur.
J oydge de l’Uranie. — 7x>ologje.