DES MÉDUSES
Les méduses., qui portent sur quelques-unes de nos côtes le nom de marmout, et que les matelots provençaux désignent sous celui de ctinnisso, étoient connues des anciens naturalistes. Ils les nommoient orties de mer vagabondes , à cause de la démangeaison brûlante que quelques-unes font éprouver à la main qui les touche, et poumons marins , d’après leur forme ou leurs mouvemens alternatifs d’expansion et de resserrement. Ces singuliers animaux, dont la plupart jouissent de la propriété d’être éminemment phosphoriques pendant la nuit et de briller comme autant de globes de feu, sont mous , gélatineux, le plus souvent incolores , et quelquefois brillamment colorés. Leur partie principale est formée d’un disque ou ombrelle contractile , avec ou sans appendices. Leur parenchyme est si peu considérable, que, par la seule évaporation, il se résout très-promptement en une eau limpide salée, et qu’une méduse de vingt à trente livres ne présente plus alors qu’un résidu du poids de quelques grains, formé de parties membraneuses et transparentes. On dirait que l'eau s’organise pour former ces animaux, que Réaumur désignoit sous le nom de gelée de mer. Toutes les parties de leur corps sont irritables; et c’est par la contraction réitérée et le resser-
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rement sur elle-même de l’ombrelle, que s’opère la progression. Les méduses n’ont ni système nerveux, ni organes des sens, à l’exception de celui du toucher, qui a lieu par toute leur surface ; elles puisent, daris le milieu où elles vivent, leur nourriture à l'état moléculaire, et ne peuvent point se diriger par une volonté propre vers tel ou tel lieu, ni fuir ce qui peut leur être nuisible.
Les méduses sont les zoophytes péiagiens les plus répandus; on en trouve dans toutes les mers, depuis le Groenland jusqu’au cap Horn, et sur-tout dans les mers intertropicales. Leur tissu, assez ferme, leur fait quelquefois affronter l'agitation des flots; mais il est probable que, dans les tempêtes, elles jouissent de la faculté d’aller chercher à de grandes profondeurs des eaux plus paisibles. Ce n’est en effet que dans les calmes qu’on voit leurs légions paroître à la surface. Il nous est souvent arrivé de naviguer pendant plusieurs jours au milieu de ces radiaires, qui constamment suivoient tous une même direction. Lorsque l’impulsion des courans les favorise, ils doivent parcourir d’assez grandes distances : ils sont donc susceptibles de changer de méridien et de latitude ; aussi avons-nous observé les mêmes espèces dans des parages diflerens ; et, pour ne pas multiplier les exemples, il nous suffira de dire que nous avons trouvé, en très-grand nombre, à l'entrée du Port-Jackson, la pélagie panopyre, que MM. Péron et Lesueur ont recueillie dans l'Océan atlantique équatorial. Ainsi, il n’est pas toujours exact de dire que telle espèce habite constamment tel ou tel lieu. Cependant les méduses de la zone torride different de celles des températures froides, et, comme tous les êtres qui jouissent de la double influence de la lumière et de la chaleur, elles brillent, dans toutes leurs parties, des plus belles couleurs, paraissent à la surface des eaux, et usent de la part de vie que la nature leur a départie ; tandis que celles des mers froides, ordinairement ternes et décolorées, restent pendant l’hiver enr gourdies au fond des eaux, et ne reparaissent qu’au printemps,
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embellies dés organes qui servent probablement à la reproduction.
Relativement aux autres fonctions dont ces animaux ont pu être doués, et à commencer par la première de toutes, la digestion, nous pensons , avec M. Cuvier, que les ouvertures que Baster, Miiller, Péron et Lesueur ont prises pour des bouches, n’en sont réellement pas. On sait maintenant que ces derniers naturalistes ont établi leurs grandes divisions sur des caractères qui ne sont point exacts. Au reste, ils disent avoir vu des méduses digérer jusqu’à des poissons : cette remarque a été faite aussi par MM. Bosc, Gaëde et Chamisso. De pareils observateurs méritent, sans contredit, toute la confiance que leur nom inspire ; mais nous pouvons assurer que, dans quelques espèces, un phénomène de digestion aussi compliqué est tout-à-fait impossible, faute d'organes convenables pour l’opérer. Une nouvelle espèce de dianée, que nous avons prise non loin des côtes de Valence et des îles Baléares, dans la Méditerranée, nous paroît fournir un argument sans réplique : cette méduse [flanche 84 , figure j) ne présente aucune ouverture par laquelle elle puisse faire entrer une substance quelconque d’un volume visible, et cependant sa texture intime est en tout semblable à celle des autres radiaires du meme genre. La figure qüe donne Miiller, et qui a été copiée par d’autres auteurs, d’une méduse avalant un poisson, ne prouve rien; car, ainsi que le remarque M. Cuvier, ce poisson peut très-facilement s’être introduit dans une ouverture presque toujours béante et qui offre peu de résistance. Nous savons, et nous l’avons vu plusieurs fois, que les physalies sucent et digèrent les petits poissons qui ont reçu la commotion de leurs brulans tentacules ; mais les méduses ne sont pas organisées comme elles et pourvues de suçoirs. Bien que quelques-unes aient en partage cette faculté corrosive , ont-elles des organes susceptibles de digérer des corps solides! C’est, selon nous, une question au moins indécise et qui mérite l’attention des observateurs.
Comment s’opère leur respiration! Se fait-elle par toute la
Vtyrtge de C Urank. — Zoologie. . y j
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surface de l’ombrelle, comme le pense M. de Blainville, ou bien, comme le veut Péron, par des sortes de branchies dans les unes et par la surface ombreiiaire dans les autres ! S'il est absolument nécessaire que ces derniers êtres de la chaîne animale aient une respiration, ce qui n’est rien moins que prouvé, puisqu’on n’a pas encore découvert, dans toutes les espèces, des organes fixes et invariables, propres à cette fonction, la première hypothèse seroit la plus probable ; car des méduses placées dans une eau qui n’est pas renouvelée, l’altèrent aussitôt, y dégagent un mucus gluant qui s’embarrasse dans leurs tentacules, et elles finissent par périr, il s’opère donc de toute leur surface une exhalation excrémentitielle qui a besoin d 'être promptement enlevée pour qu’elle ne leur nuise pas. Est-ce une respiration! Nous ne le croyons pas, puisque les biphores, qui ont un appareil respiratoire très -compliqué, dégagent pareillement des matières visqueuses, lorsqu’ils sont dans une eau peu abondante. On peut en dire autant des firoles, des glaucus, et probablement de tous les mollusques et zoophytes pélagiens, soit qu’on leur ait ou non reconnu des branchies.
Nous suivrons, pour la détermination des genres, la classification de M. de Lamarck.
Genre ÉQUORÉE. — Æquorea. Lamk. Péron.
ÉQUORÉE A BORDS BLEUS. — Æquorea cyanogramma. N.
PLANCHE 84, fig. 7 et 8.
Æquorea orbicularis, subconvexa; margine undulato, cteruleo; tentaculis brevibus ad periphcriam.
Cette petite méduse, que nous avons prise aux environs des îles de l’Amirauté, a un peu plus d’un pouce de diamètre. Son ombrelle, foiblement bombée, est transparente, avec quelques légères stries rougeâtres. Le rebord est découpé en ondulant, orné d’une ligne d’une belle couleur bleue , d’où partent des tentacules peu alongés , assez épais, et variant de douze à vingt. La bouche est ronde et rétrécie.
ÉQUORÉE GRISE. — Æquorea grisea. N.
PLANCHE 84, fig. 4 et 5.
Æquorea orbicuhtfis , subconvexa, super grisea ; margine integro ; tentaculis duodenis brevibus ; ore radiato.
Cette équorée, de la meme grandeur que la précédente, dont elle approche beaucoup, en diffère par sa couleur grise, par le limbe de son ombrelle, qui est entier, et par sa bouche radiée, près du bord de laquelle s’insèrent ses douze tentacules, peu aiongés et assez épais.
Elle vient aussi des mers qui avoisinent les îles de l’Amirauté. Toutes deux ont été dessinées par M. Taunay.
ÉQUORÉE PONCTUÉE. — Æquorea PUNCTATA. N.
Æquorea or bien loris , planiuscula , hyalina ; ore eminenti, arnplo , basé punctato; umbreüâ margine unduLitâ; tentaculis numerosis , brevibus , crassis.
Cette méduse, ainsi que la suivante, pourroit, peut-être, former une division dans le genre des équorées, établie sur la proéminence de la bouche, qui dépasse de beaucoup le bord de l'ombrelle.
Le caractère spécifique de cette radiaire est tiré des points assez larges qu’on remarque à la base de sa bouche. L’ombrelle est presque plane, ondulée au pourtour, d’où partent des tentacules courts et assez épais. Elle est transparente dans toutes ses parties.
Nous la devons à notre collègue M. Gaudichaud, qui l’a prise et dessinée dans le grand Océan, par 36” de latitude Nord, pendant notre traversée des îles Mariannes aux Sandwich.
Son diamètre est d’environ quatre pouces.
ÉQUORÉE DEMI-ROSE. — Æquorea sÊmi -rosea. N.
PLANCHE 84, fig. 6.
Æquorea subconvexa ; umbrellâ hyalina, morgine crenulatâ; ore arnplo, exs tan te; tentaculis duodenis roseis.
Ombrelle transparente, légèrement convexe en dessus, dont le limbe est découpé en douze lobes, desquels partent douze tentacules rosés beaucoup plus longs que ceux des équorées dé-
crites ci-dessus. La bouche, extrêmement mince , très-large , dépasse les bords de l’ombrelle et s’avance entre les tentacules.
Cette méduse a été observée et dessinée le 1 o février 1819, par 20 de latitude Nord , non loin des terres de ia Nouvelle- Guinée.
Elle peut avoir deux pouces de diamètre.
Genre DIANÉE. — Dianæa. Lamk.
DIANÉE DUBAUT. — Dianæa balearica. N.
PLANCHE 84, fig. 3.
Dianæa hemisphœrica ; margine intégra; duobus tentaculis m'mimis ; pcdunculo Ion go , crasso , clavato.
Cette dianée, qui a environ trois pouces de diamett^est hémisphérique, et tellement transparente, qu’on auroit eu de la peine à la distinguer dans l’eau où elle nageoit, sans les stries rougeâtres qui de la base du pédoncule vont se rendre au limbe de l’ombrelle : ce limbe est entier et uni; on y remarque seulement deux tentacules courts et filiformes. Le pédoncule est très-gros à sa base, alongé et terminé en pointe obtuse, sans apparence d’ouverture.
Elle a été prise en septembre dans la Méditerranée, près des côtes de Valence et des îles Baléares , et dessinée par M. Pellion.
Nous l’avons dédiée à la mémoire de M. Dubaut, officier de l’Uranie , mort tout récemment à Smyrne avec beaucoup de courage et d’une manière bien malheureuse.
DIANÉE GABERT. — Dianæa endrachtensis. N.
PLANCHE 84, fig. 2.
Dianæa hemisphærica , rosea ; tentaculis longissimis sex , margmem cingentibus ; pedunculo tenui, longo, proboscidiformi , extremibite tri vel quadrifoliato.
La couleur générale de cette méduse est rosée, son ombrelle
hémisphérique, son pédoncule long et mince, en forme de trompe, terminé à son extréjnité libre par trois ou quatre folioles, et offrant à sa base six côtes d’un rouge un peu plus pâle, qui, en finissant au contour de l’ombrelle , donnent naissance à six tentacules trèslongs de la même couleur que le reste de l’animal.
Cette dianée approche de la proBoscidale de Forskal ; mais elle en diffère par ses longs tentacules, au nombre de six, par l’extrémité de son pédoncule, qui, au lieu detre frangé, a trois folioles, et par l’absence des six follicules cordiformes qu’on voit dans celle du naturaliste suédois.
Elle a été prise à la mer en août 1818, non loin de la terre d’F.ndracht, sur les côtes de la Nouvelle-Hollande, et représentée de grandeur naturelle. Elle porte le nom de l’un de nos compagnons, secrétaire de M. de Freycinet, et, en ce moment, commis aux revues dans l’expédition de M. Duperrey.
Genre CÉPHÉE. — Cephea. .Péron.
CÉPHÉE GUÉRIN. — Cephea CAPENSIS. N.
PLANCHE 84, fig. J>.
Cephea hemisphœricei, cœruleo-rubens ; marghte dcnUito ; braehiis oclo, divisés, cotyliferis.
Cette céphée, qui est hémisphérique, reflète une légère couleur bleue mêlée au rouge des ovaires qui paroissent au travers de l’ombrelle, dont le pourtour est denticulé. Huit bras cotylifères, lavés dune teinte de bleu, se prolongent au-delà de l'ombrelle. Les cotyles sont frangés, d’un rouge un peu cramoisi, et ne dépassent pas l’extrémité des bras.
Nous devons le dessin de cette méduse au pinceau de M. Pellion.
Nous la vîmes en mars 1818 dans la baie de ‘fa Table, au Cap de Bonne-Espérance. Son énorme grosseur, ne permettant pas de la mettre dans un vase convenable pour l’examiner, obligea M. Pellion à la dessiner dans un canot pendant que nous la tenions dans l’eau. Cette position pénible empêcha de la montrer sous plusieurs aspects. La description qui en fut faite alors ayant été perdue , nous ne pouvons pas assurer si ses huit bras ne sont point une division bifide de quatre plus gros cachés sous l’ombrelle, comme cela se voit le plus souvent dans ce genre.
Nous avons dédié cette méduse à M. Guérin, l’un des officiers de notre expédition.
CÉPHÉE MOSAÏQUE. — Cephea mosaïca. N.
PLANCHE 85, fig. 3.
Cephea subhemisphœrica , glauca , verrucosa; margine ciliata; brachiis (onigeris, punctatis.
Cette méduse est quelquefois très-commune en décembre, pendant le calme, dans la rade de Sydney, au Port-Jackson. Toute blanche ou plutôt glauque , son ombrelle ponctuée , sans être frangée dans son pourtour , est ciliée comme les procès ciliaires de l’œil de l'homme. Huit bras coniques et pleins, portés sur autant de pédicules plus petits, naissent en dessous de l’ombrelle. Ils sont recouverts de petites plaques blanchâtres polygonales, se touchant entre elles, comme des mosaïques, disposition d’où nous avons tiré le nom du caractère spécifique.
Ce zoophyte est représenté à environ moitié de sa grandeur naturelle.
f Jt t' U fit ait. — ZooVgîe.
Genre CYANÉE. — Cyanea. Pér. et Les.
CYANÉE ROSE. — Cïanea rosea. N.
PLANCHE 85, fig. 1 et 2.
Cytuiea hemisphœrica , verrucosa, rosea; bradais quatemis , cotyliferis ; tentacules longissimis et numerosissimis.
Cette méduse a une forme hémisphérique; sa couleur générale est d’un beau rose; son ombrelle tuberculeuse a huit échancrures principales au pourtour, subdivisées en huit autres moins profondes. Elle a quatre bouches ou ouvertures , quatre bras très-longs, striés longitudinalement, remplis de cotyles floconneux d’un rose tendre. Des tentacules déliés très-nombreux et excessivement longs puisqu’ils pouvoient dans leur extension atteindre jusqu’à six pieds), tirent leur origine en dessous de l’ombrelle , d’une surface rubanée, formée de plusieurs lignes circulaires, entrecoupées par plusieurs petits plans verticaux , aussi striés. Des quatre ouvertures partent autant de lignes qui vont se confondre à la réunion des quatre bras.
Cette magnifique cyanéea’été prise à environ vingt lieues düPortlackson, sur les côtes de la Nouvelle-Hollande. La mer étoit calme et remplie d’autres petites méduses que MM. Péron et Lesueur ont décrites sous le nom de pé/agie panopyre. C’est dans ses longs tentacules que nous avons trouvé vivant le singulier mollusque ptéropode de la planche 66 , figure 6. Une foule de petits crustacés et plusieurs poissons s’étoient retirés dans ces filamens déliés, comme sous un abri. Ils étoient tous pleins de vie et s’agitoient dans le bocal qui avoit reçu la méduse. Rien ne nous a indiqué quelle parût en faire sa proie.
Elle est représentée au tiers de sa grandeur naturelle. La figure 2
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la montre vue en dessous, et dépouillée de ses tentacules, qui s'insèrent autour de la surface rubanée.
CYANÉE LABICHE. — Cïanea Labiche. N.
PLANCHE 84,fig. I.
Cyanca convtxa, verrucosa , griseo-hyalma ; umbre Ua q/iirgine intùs striato ; brachiii quatuor foliatis , yiolaceis ; tentaculis octo rubris.
Cette cyanée.dont l’ombrelle est convexe , pointillée en dessus, striée longitudinalement en dessous, a quatre ouvertures contenant des ovaires rougeâtres ; quatre bras se divisant sous l’ombrelle en quatre lames foliacées , ondulées , violettes et assez longues ; huit longs tentacules rougeâtres , filiformes , insérés au pourtour du limbe, qui est uni.
Cette espèce, figurée demandeur naturelle par M. Taunay, vient des contrées équatoriales du grand Océan. Sans ses quatre ouvertures, elle pourroit facilement être rangée parmi les dianées.
Nous la dédions à la mémoire, d’un estimable officier de notre expédition, M. Labiche, lieutenant de vaisseau, que nous perdîmes auprès des îles de l’Amirauté, victime de la dysenterie qu’il avoit contractée à Timor.
En terminant ce qui est relatif aux méduses, nous devons en signaler une incolore, que nous observâmes assez fréquemment aux îles Malouines. Les stries nombreuses dont son ombrelle étoit garnie, en dessous , et la forme de ses bras , doivent en faire une espèce nouvelle. Mais privés des moyens de la faire dessiner, dans la malheureuse position où nous nous trouvions, nous ne pouvons que l’indiquer à ceux qui, plus heureux que nous , visiteront ces parages sans courir les risques d’y laisser la vie.
DES BÉROÉS.
Dans la composition d’une planche de biphores, nous avons joint deux béroés, à cause de l'analogie de formes seulement.
Ces animaux, d’une organisation très-simple, n’ont ni viscères, digestifs , ni canaux particuliers apparens. Un sac à une seule ouverture très-large , existe dans toute la longueur du corps. La substance de certaines espèces est si peu solide , t|u’ejle difflue entre les doigts qui la touchent , comme feroit du mucus. Aussi ne peut-on vraiment assigner une forme constante à quelques-unes d’elles. On ne pourroit meme pas assurer quelles appartiennent au genre , si elles n’avoient des caractères invariables qui font qu’on ne peut les méconnoftre: ils consistent en des lignes droites plus ou moins nombreuses dirigées dans le sens du plus grand diamètre de l’animal , garnies de cils ou de cirij^ transversales fort déliées , •qui, toujours en mouvement, reflètent les couleurs de l’arc-encicl , par une propriété reconnue à tous les corps excessivement amincis. Ces cirres occupent le? espèces de côtes dont sont pourvus les béroés plus consistans, et sont répandues avec symétrie sur les béroés tout-à-'fàit mous: elles vibrent avec la même force, lorsque, par une cause quelconque, l’animal est séparé en plusieurs parties ; ce qui pourroit faire supposer que chacune de ces parties a la propriété de former un nouvel animal.
Ces franges brillantes, à peine perceptibles, ne peuvent point servir à la progression de ce zoophyte , qui se meut par des contractions générales de tout le corps , et qui d’ailleurs , comme l’observe M. de Lamarck, trouve dans le fluide au milieu duquel il vit , les corpuscules nécessaires à sa nourriture.
Ces animaux sont susceptibles d’acquérir de très-grandes dimensions ; car, à moitié route de Bourbon à la baie des Chiens-
Marins, nous vîmes de longues bandes entre deux eaux, qu’on prit d’abord pour des cordes tombées du navire, mais que nous reconnûmes pour être des béroés qui avoient jusqu’à dix pieds de longueur, et dont nous ne pûmes nous procurer que des fragmens. D’autres navigateurs en avoient déjà remarqué de semblables ; Surville les coïnpare à des peaux de serpens dépouillés;’ comparaison dont on apprécie la juîtfesse en les examinant dans l’eau.
Genre BÉROÉ. — Beroe. Gronov.
BÉROÉ MULTICORNE. — Beroe multicornis. N.
PLANCHE 7^, fig. I.
Beroe irreguhiris ; colore subroseo ; tentaculis plurimis , plus minùsvc longis.
Nous avons trouvé ce béroé en grand nombre dans la Méditerranée. Sa mollesse étoit si grande, que ce ne fut qu’après plusieurs tentatives, et en plongeant un Hacon à large ouverture dans la mer, que nous pûmes nous en procurer un en état d’être dessiné.
Il ne fallut pas moins que toute la sagacité de M. Arago , pour en saisir les formes , qui varioient à chaque mouvement de l'animai.
On remarque à l’extérieur du corps une grande quantité de tubercules rendus un peu trop roides dans la figure : les plus petits ressemblent assez à ceux des pyrosomes , et les plus grands s’alongent en tentacules. L’ouverture unique , assez large , située àl’opposé des deux longues cornes, étoit entourée de bourrelets provenant peut-être de la déchirure de cette partie du zoophyte.
Les côtes longitudinales , ciliées , au nombre de cinq à six , reflétoient, comme dans toutes les espèces, les plus belles couleurs de l’iris. Les mouvemens des’ cils, indépendans de ceux du corps, avoient ifne action si foible , qu’ils ne produisoierit sur lui aucune impression visible. Si ces animaux ont besoin d’une respiration,* nous pensons que ces cils doivent en être les organes.
La couleur de ce béroé est un blanc teinté de rose. Ce même jour nous en vîmes plusieurs autres, tous aussi mous, mais dont quelques-uns, privés de tubercules, paroissoient ronds en nageant.
C’étoit un spectacle tout particulier et bien intéressant pour nous, que de voir chacune des parties qu’on séparoit de l’animal, se mouvoir encore avec la même agilité. Sans-doute que les naturalistes qui habitent constamment les bords de la mer, ne laisserbnt pas à d’autres le soin de tenter des expériences relatives à la reproduction de ces acalèphes.
BÉROÉ ROSE. — Beroe HOSEUS. N.
PLANCHE 74 , fig. 1.
Beroe oviito-roseus , sexcostatus ; ore abehto.
Nous savons bien que, pour les animaux qui nous occupent, la couleur ne devrait pas servir de caractère spécifique ; mais comme on a donne à des béroés qui ne ressemblent point au nôtre, les noms à' ovale et de globuleux, l’un desquels lui conviendrait parfaitement , nous sommes forcés de lui en imposer un sujet à varier.
Quoi qu’il en soit, le béroé rose est ovoïde, petit, recouvert de six côtes dont les reflets sont moins apparens sur la couleur éclatante dont il est orné. L’ouverture unique, à peine sensible, est seulement indiquée à la partie supérieure ; et pour la voir sur l'animai vivant, il falloit y introduire quelque chose.
Nous le prîmes dans le mois de novembre 1 8 1 8, entre les îles Timor et Ombai. M. Taunay le dessina.
Il existe, dans le Voyage du capitaine Krusenstern , un béroé qui a du rapport avec le nôtre. Mais, en général, les mollusq'ues et les zoophytes représentés dans l’atlas de ce Voyage ont des formes peu naturelles.
Nous avons vu , dans la rade de Sydney, au Port-Jackson , des béroés incolors , qui ressembloient beaucoup à \ ovale de Browne.
Leur ouverture, très-large, se contractoit avec tant de rapidité, de même que leurs cirres, que nous ne pûmes compter le nombre des côtes : le dessin que nous en avions fait dans une position incommode, nous a paru trop imparfait pour être mis au jour. Il nous suffira d’indiquer le lieu où nous avons rencontré de ces animaux, dont la longueur pouvoit être de deux pouces.
Genre DIPHIE. — Diphyes. Cuv.
# DIPHIE BORY. — Diphyes Bory. N.
Biphore biparti. Bory, Voy. aux îles d’Afr. tom. i , pag. i}4» pi. 6 , fig. 3.
PLANCHE 8 6, fig. 12.
Diphyes, corpore liber o , hyalino , pyramidale, duobus camüibus ap pliait) s composite) , base patentibus; ore uno truncato, altero apicibus quints munito. -
On ne connoît qu’une seule espèce de ce genre : elle a été découverte par M. Bory de Saint-Vincent, qui l’a figurée sous le nom de biphore biparti. C’est la même que nous reproduisons «ci, et que nous dédions à ce naturaliste. Après lui, MM. Tilesius et Chamisso en ont aussi donné des figures.
La nôtre représente deux individus réunis ; il sera facile de se faire une idée de ce qu’ils sont isolés , en considérant à part celui qui contient l’autre. On en trouve autant qui nagent seuls que deux à deux. Leur agrégation a-t-elle pour cause l’œuvre de la reproduction ! ou bien , sortent-ils en cet état de l’ovaire î
Le petit chapelet couleur de rose qui se montre hors de l’ouverture tronquée, est rétractile à la volonté de l’animal, qui le rentre quelquefois tout-à-fait. Il paraît qu’il y a des époques où il est beaucoup plus saillant. Nous avons remarqué , au fond de cette espèce de sac, un corps qui avoit la forme d’une branchie de biphore. .
La progression de cet acalèphe a lieu à reculons avec assez de vîtesse , comme celle des méduses et des béroés. Ce n’est
I vy agt Jt VU nuit. — Zoologie. H 2
jamais qu’entre deux individus que se fait la jonction, et toujours de la même manière, c’est-à-dire que l’extrémité pointue de l’un entre dans l’ouverture quadrilatère tronquée de l'autre , et y adhère assez fortement.
Nous avons vu des diphies dans l’Océan atlantique, dans la mer des Indes , sur les côtes de la Nouvelle-Hollande et près da celles de l’île Timor.
Genre TÉTRAGONE. — Tetraconum. N.
Animal libre , gélatineux, transparent , très-ferme, quadrilatère , alemgé, tronqué à une extrémité, et terminé à l’autre , qui est l'ouverture unique, par quatre pointes saillantes , dont deux sont ordinairement plus petites.
TÉTRAGONE BELZONI. — Tetraconum Belzoni. N.
PLANCHE 8<5, fi g. il.
Tetragonum , corpore lilero, hyalino , gelatmoso, solide , quadrato, truncato posticè, anticè quadridente.
Dans un ordre naturel, cet animai doit venir après les diphies; il ressemble presque, en effet, à un de ces zoophytes qu’on auroit divisé dans sa longueur.
Nous ajouterons aux caractères que nous en avons donnés, que de chacune des petites dents qui surmontent la bouche , part une arête qui, parcourant la longueur du corps, tend à lui donner une forme quadrilatère. Les intervalles qui existent entre ces angles sont quelquefois légèrement plissés en long. Nous avons remarqué aussi que sur quelques individus l’extrémité non ouverte étoit plus mince que celle qui est denticulée, et avoit le milieu un peu comprimé. Le canal se prolonge jusque près de l’extrémité inférieure; il est arrondi, et nous avons trouvé au fond une espèce de sanie blanchâtre.
Ce nouveau genre a été pris dans l’Océan atlantique , par de latitude Sud, dans la traversée des îles Canaries au Brésil.
Nous dédions cette espèce à la mémoire de l’intrépide Belzoni, voyageur italien, mort récemment à Gato, près de Bénin.
Genre CUPULITE. — Cvpuiita. N.
Animaux mous, transportas , réunis deux à deux par leur biise, et entre eux par Us côtés , à la file les uns des autres , composant des chaînes flottantes dont une des extrémités est terminée par une queue rougeâtre, rétractiU, prohabUment formée par Us ovaires.
Chaque animal ayant l'apparence d’une petite outre à une seule ouverture qui communique à un canal trés-évasé au-dedans.
CUPULITE BOODWICH. — Cupulita Boodwich. N.
PLANCHE 87, fig. I 4, 15 et 1 6.
Cupulita, corpore cucurbitaceo ; ore angusto, rotundo.
Ce zoophyte a été pris et dessiné par notre collègue M. Gaudichaud, en vue de l’entrée du Port-Jackson. Nous avons adopté, pour ce nouveau genre, le nom de cupulite, parce que ces animaux, pris isolément , ont quelques rapports de forme avec la cupule d’un gland. Chacun d’eux est uni par sa base à un de ses congénères et par les côtés à un autre , de manière à former une chaîne plus ou moins longue , dans le genre de celles des biphores. De même que ces derniers , iis n’adhèrent que faiblement les uns aux autres et peuvent vivre séparés. C’est du moins ce que nous fit conjecturer le grand individu représenté figure 12, que M. Gaudichaud trouva désuni et dans un lieu peu éloigné des précédens.
Cependant il se présente une difficulté à cet égard. Si les cupulites peuvent se séparer impunément, à quoi sert cette espèce de queue rouge qu’on voit à une des extrémités de la réunion , et
qui semble être un chapelet d’ovaires ! Elle est contractile et imprime des mouvemens à la masse entière. Appartient- elle à tous, ou seulement à quelques-uns! en cas de désagrégation complète, que devient-elle! Ce sont des questions que de nouvelles observations pourront seules aider à résoudre , et en attendant nous dirons :
Que chaque animal , considéré séparément , est arrondi sur les côtés, aplati à son fond, et présente à la partie supérieure un col court, renflé, terminé par une petite ouverture circulaire; c’est la bouche , qui s’élargit aussitôt des deux côtés pour former une ample cavité, dans laquelle on ne voit aucune trace de viscères. Cette ouverture sert à la progression de l’individu ; et lorsqu’il y en a plusieurs réunis, elle agit de concert avec l’espèce de queue générale pour les mouvemens de l’ensemble.
Nous avons dédié la seule espèce de ce nouveau genre à la mémoire de l'infortuné Boodwich, voyageur anglais, qui vient de mourir en Afrique, sur les bords de la Gambie. Grâces à son intéressante et courageuse épouse, les résultats du voyage de Boodwich ne seront pas perdus pour la science.
5Sl
Genre LEMNISQUE. — Lemniscus. N.
Corps libre , géLüineux, transparent , rubtviè , très-alongé , aplati sur Us cotés , entièrement lisse, homogène, sans ouverture ni canal dans son intérieur; Sttns cils ni franges sur ses bords.
LEMNISQUE BORDÉ DE ROUGE. - — Lemniscus marginatus. N.
PLANCHE 8(5, fig. I.
Lemniscus cxplanatus , hyalinus, roseo circumdatus.
Lorsque , près de l'île Ombai dans l’archipel de Timor , nous prîmes cette substance animalisée, elle avoit environ deux pieds de longueur , sur à-peu-près un pouce et demi de large et une ligne d’épaisseur. Elle étoit transparente, sans mouvement, et tellement gélatineuse quelle se brisa en la prenant. Homogène dans toutes ses parties , elle ne nous laissa apercevoir ni pores ni ouverture apparente. On distinguoit sur ses bords deux filets rougeâtres, qui n’étoient point striés, ce qui leur eût donné des rapports avec les franges mobiles des béroés.
Voilà encore un de ces êtres d’une simplicité extrême, transparent comme une lame de cristal, et ne présentant aucun organe par où la digestion puisse s’opérer; à moins qu’on ne suppose que ce ruban de deux pieds d’étendue faisoit partie d’un zoopliyte beaucoup plus considérable ; ce qui est possible du reste, car nous avons. vu ces animaux offrir tant de variété, qu’on ne doit pas s’empresser d’assigner les bornes de leur développement.
Genre PHYSSOPHORE. — Physsophora. Forsk.
PHYSSOPHORE FORSKAL. — Physsophora Forskal. N.
PLANCHE 87, fig. 6.
Physsophora oblonga; vesicu/is lateribus apertis quatuor; tohdem tetitaculis ; basi rubrâ oviferâ.
Les espèces de ce genre sont en si petit nombre, que nous n’avons point hésité à faire représenter la nôtre, quoiqu’elle ait quelque ressemblance avec celle de Forskal. D’ailleurs ces animaux sont d’une sifoible consistance, qu’en les prenant ils perdent souvent une partie de leurs tentacules ou de leurs appendices filiformes ; ensuite , à certaines époques ils sont pourvus de grappes ovifères , qu’ils ne doivent plus avoir dans d’autres temps. De sorte qu’il est assez facile de s’y méprendre, et de faire des espèces différentes des memes individus.
Ce physsophore, pris vivant, avoit environ deux pouces de longueur. Il se maintenoit verticalement dans l’eau, à l’aide de la petite bulle d’air dont étoit munie sa partie supérieure , qui est rouge.- Plus bas sont quatre ampoules ovalaires , ayant chacune une ouverture en forme de bouche un peu aplatie. C’est au-dessous que s’insèrent les tentacules plus ou moins nombreux. Il n’y en a que quatre ici , qui représentent le calice renversé d’une fleur , dont la corolle intérieure seroit ces espèces de gemmules rouges ponctuées de noir qu’il embrasse.
. Ces tentacules, qui ont beaucoup de rapports avec quelquesuns de ceux des physalies, étoient dans une agitation continuelle. Ils ne servent qu’infiniment peu à la progression; ce mouvement
j84 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
s’opère plutôt à l’aide des petites bouches supérieures , de la même
manière que dans les méduses, les béroés, &c.
Nous sommes disposés à croire , avec M. Lesueur , que ces animaux sont agrégés. Leur organisation demande encore, pour être parfaitement connue , toute la sagacité d’un observateur versé dans cette sorte d’étude.
Nous avons dédié l’espèce que nous venons de décrire, à la mémoire du célèbre naturaliste suédois Forskal, qui succomba dans le voyage qu’il fit en Orient avec Niebuhr.
Genre STÉPHANOMIE. — Stephanomia. Pér. et Les.
STÉPHANOMIE LISSE. — Stephanomia levigata. N.
PLANCHE 86, fig. 2.
Stephanomia carulea; appendicibus foliaccis subitcutis; tentaculis raris brnissimis ; ovariis roseis , contractés .
Cette espèce, prise en allant de Bourbon à la baie des Chiens- Marins , a beaucoup de rapports avec la stéphanomie hérissée de MM. Péron et Lesueur. Nous ne l’avons fait représenter que parce que les individus en sont rares , et que , dans ce genre , on peut sans inconvénient hasarder de former une espèce dont on n’est pas parfaitement sûr.
Les folioles de ce fragment sont lisses, sans découpures sur leurs bords et très-peu pointues. Les tentacules, peu nombreux, trèscourts , semblent tronqués. Quelques suçoirs font saillie au dehors, et les taches rosées que l’on voit dans leurs intervalles sont les ovaires rétractés. Ces divers appendices sont loin d’offrir, dans cette stéphanomie, le brillant développement qu’on remarque dans la stephanomia amphitrids de MM. Péron et Lesueur. Mais ces circonstances , dans des animaux d’une délicatesse extrême , qui se rompent à la moindre pression , sont dépendantes , et de i’époque à laquelle on les trouve, et souvent de la manière de s’en emparer.-
58<S voyage autour du monde.
Genre VÉLELLE. — Velella. Lamk.
VÉLELLE ÉCHANCRÉE. — Velella emarcinata. N.
PLANCHE 86, fig. p,
VeUUa ovalis, oblique cristata ; crisUî dorsale sursiem incisa ; tabula infer 'tore tentacules cœruleis instructâ.
On ne peut naviguer dans l’Océan ou la Méditerranée, sans rencontrer des vélelles , soit isolées, soit en troupes excessivement nombreuses , qui voyagent sous l’impulsion des vents et des courans. Parmi elles on en trouve plusieurs , privées de la vie , dont la membrane cartilagineuse et très-résistante flotte comme si l’animal existoit encore.
La portion horizontale de cette membrane est formée de petits tubes concentriques contenant de l’air, ce qui nous fait placer cette acalèphe parmi les hydrostatiques de M. Cuvier.
Nous en vîmes beaucoup d’individus dans divers endroits du grand Océan , principalement sous l’équateur , aux environs de la Nouvelle-Guinée. Tous avoient leur sommet plus ou moins échancré. Leur crcte, oblique , étoit recouverte d’une membrane grise, et le dessous du disque horizontal, muni de tentacules bleus comme dans les vélelles ordinaires.
Il étoit nécessaire que nous en eussions vu un aussi grand nombre , pour nous déterminer à former une espèce nouvelle , parce que nous savons combien ces animaux sont exposés à être mutilés; et c’est même le cas de celle de Browne, dont on a fait une espèce. ■
Les vélelles peuvent quelquefois être phosphoriques; elles peuvent
aussi causer de la démangeaison à ceux qui les touchent : mais nous pouvons affirmer que ces particularités ne sont pas constantes, puisque nous ne les avons jamais remarquées dans aucun des individus soumis à notre examen.
Les chats en sont très-friands , de même que des biphores et de quelques autres mollusques qui ont, comme nous l’avons déjà dit, une forte odeur de phosphore ou d 'électricité.
M. Rang, officier de la marine, qui a observé des vélelles à tous les âges et dans leurs divers degrés de développement , nous a assuré que les individus très-jeunes étoient constamment pourvus de deux filamens bleus , longs de plusieurs pouces , qu’ils perdoient ensuite par les progrès de l’âge.
Genre POLYTOME. — Polytomus. N.
Animaux gélatineux , mais fermes, transparent, rhomboïdes, comme taillés à ficettes , réunis et groupés entre eux , de manière à former une masse ovoïde dont le moindre effort fait cesser i agrégation. Chaque individu, parfaitement homogène, ne présentant ni ouverture ni organe quelconque.
POLYTOME LAMANON. — Polytomus Lamanon. N.
PLANCHE 87, fi g. 12 et 13.
Polytomus, corpore hyalino , rhomboïde , foraminibus destituto , aggregato in massulam ovatam , in medio roseiim.
Voici le corps animé le plus simple que nous ayons encore rencontré. Si nous voulons le comparer à quelque chose, ce n’est point dans le règne animal que nous devons chercher nos exemples. Pour en avoir une juste idée, il faut se figurer un petit morceau de cristal taillé à facettes en forme de rhombe, sans ouvertures ni aspérités ; qu’avec plusieurs de ces pièces réunies on forme une masse ovalaire de la grosseur d’un très-petit œuf, on aura l'ensemble de notre zoophyte.
Chaque animalcule est ferme comme de la gélatine bien cuite, et résistant sous le doigt. Mais leur agrégation entre eux est tellement foible, que le moindre contact la rompt. Au centre est une bulle d’air avec quelques filamens couleur de rose autour desquels chaque pièce est groupée.
La nutrition de cette réunion d’individus doit se faire par imbibition , car nous n’y avons remarque ni apparence de viscères , ni même aucun signe d’irritabilité.
Plusieurs fois nous avions trouve des polytomes séparés, sans ' savoir à quoi les rapporter, lorsqu’en juillet 1819, par 33“ de latitude Nord, et i6i° de longitude à l’est de Paris, dans le grand Océan, en allant des Mariannes aux îles Sandwich, nous nous procurâmes une réunion complète de ces animaux, telle que nous venons de la décrire. La figure 1 3 représente un individu séparé de sa masse.
Nous avons dédié ce zoophyte à la mémoire d’un physicien célèbre , Paul Lamanon , naturaliste de l’expédition de la Pérouse , massacré avec le brave capitaine de Langle, par les féroces habitans de l’île Maouna.