‹ Vrai système de l'Europe relativement à l'Amérique et à la GrèceChapitre 11 sur 35 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Pertes de l'Europe dans le retard ou le refus de la reconnaissance de l'indépendance américaine.

Nous avons vu dans le chapitre précédent quels immenses avantages attendaient l’Europe par la révolution de l’Amérique. Aujourd’hui c’est un point convenu dans le monde'entier; les ennemis mêmes de cette révolution ont cessé de le contester. Par conséquent, tout retard, tout refus opposé à cette révolution, porte avec lui le carac-

1 ère d’un retrait fait au bien-être général de l’Europe- c’est un mal qu’elle se fait à elle-même, en pure perte et sans compensation possible, en l’honnenr d’une vaine théorie, d’un système qu’elle abandonne ou réclame suivant l’occasion. Pendant qu’elle hésite, l’Angleterre et les États- Unis ont franchi la barrière devant laquelle elle reste arretée et comme immobile- elle se prépare ainsi de longs et amers regrets, et se condamne à n avoir en partage que les restes de ses devanciers. Les Anglais, arrivés les premiers en Amérique, ne peuvent manquer de donner à la population le W oùt de leurs produits de toute espèce ; ils y donneront la direction au commerce, ils y appliqueront | * curs ca pdaux aux plus lucratives entreprises; ainsi, j ils primeront tous les autres peuples, comme ils ont fait partout. Quand ceux-ci, se ravisant enfin, mettant fin à leurs dégoûts, viendrontse présenter a leur tour, ils trouveront les bonnes places occupées, et il ne sera pas facile d’en faire descendre des hommes appuyés par leur richesse, par des etabhssemens formés, et par la faveur du pays. Les nglais seront considérés en Amérique comme ils J etaient en Espagne pendant la guerre de Napoléon. La raison en est simple : pendant que l’Europe ne montrait que dégoûts pour la révolution de I Amérique, l’Angleterre la laissait aider par

l’or et par l’épée dp ses citoyens. Elle lui envoyait ) J es représentons , et la prenant sous sa protection,

; sans la blesser en prononçant ce nom, elle la préservait des attaques de l’Europe : car c’est bien elle qui a enchaîné au rivage les arméniens que PEiirope n’eût pas manqué de lancer contre l’Amérique, bienfait immense qui a fait le sort de P Amérique, et qui donne à P Angleterre toute esf pècc de droits à sa reconnaissance. L Angleterre a V bien plus fait par une simple note diplomatique en

- * faveur de lAmérique du sud, que la France ne lit

pour lAmérique du nord avec sa flotte et sou armée. Ceci est d’une importance que les gouver- >. nemens européens n’ont pas assez appréciée.

Eu Europe, on-oe cesse de se plaindre de la suprématie delà marine anglaise. Il est vrai que celte prépotence est bien marquée; mais toutes ces plaintes ne remédient à rien, un peu d attention sur ce qui se passe vaudrait mieux. L Angleterre est supérieure sur mer à toute l'Europe séparée ou réunie. La dernière guerre a mis celte véri té lioi s de contestation ; mais comment rompre cette chaîne f où placer le levier propre à soulever ce fardeau? Cela est fort simple : eu Amérique; il est là, et ne peut plus se trouver que là. Dans la dernière guerre, déjà l’ou a vu les États-Unis lutter avec honneur contre la 1 ère dominatrice de l’Océan, et

touiller contre elle le grand art dont elle lui avait donné les leçons. Si donc vouspouvezmullîplieries points résista ns, avec eus vous multipliez les poin ts d’arrêt contre l'Angleterre ; vous lui créez des rivaux, vous divisez ses forces. L’Amérique compte sur ses longs rivages une étendue de quatre mille heues de côtes; les ports y abondent en nombre et en sûreté; tous les matériaux de la marine se trouvent sur son sol en quantité et en qualité supérieure; des fleuves sans nombre et semblables à des mers la traversent en tout sens, et pénétrent dans son intérieur : l’Amérique est donc appelée a une grande puissance navale; par conséquent, c est de chez elle qu’il faut attendre les libérateurs des mers elles vengeurs de l’Europe. A son tour, celle-ci sera émancipée par l’Amérique, et l’inependance de l’Amérique est destinée à faire ce e de l’Europe. Chaque matelot, chaque vaisseau américain épargnent à l’Europe un mate-

0t , et un J^sseau, en créant pour l’Angleterre le besoin d un vaisseau et d’un matelot de plus

p n . Ug p7n "1 W ° qUera P as Bmmos-Ayres,

Poito-Cabello, la Vcra-Cruz, Lima, Panama, \alpara,so, comme elle fait Brest, le Tcxel ou Copenhague : à cette distance de ses arsenaux, de ses relâches, de ses renforts, de ses conseils, la puissance navale de l’Angleterre perd une partie

des avantages qui la font prévaloir en Europe pour l’infirmer, il faut l’attirer au loin, la forcer de diviser scs forces; par conséquent, en s’opposant à la libération de l’Amériquë, en travaillant à la rendre à l’inutile, à l’inerte Espagne, l’Europe travaille à empêcher le moyen le plus efficace de son affranchissement du joug maritime de 1 Angleterre: ce qui établit dans cette question l’interversion de rôle la plus singulière dont on puisse se faire idée, car ce serait à l’Angleterre à faire ce que fait l’Europe, et à l’Europe a faire ce que fait l’Angleterre. Les attributs maritimes formeront le caractère distinctif des nouveaux États américains; tous sont placés sur la mer, quelques-uns sont tournés à la fois vers l’Europe et vers l’Asie ; les fieuves, les lacs sont nombreux et immenses dans cette contrée ; les barrières naturelles qui les séparent les mettront à l’abri de guerres qui, dans cet État, ont rarement des motifs réels, etquin’offtent pas de chances de succès ; toutes les forces de l’Amérique se tourneront donc vers la mer, qui les appelle. Avec le t'emps, et il en faudra moins qu’on ne le pense, l’Amérique étalera aux yeux du monde étonné, le spectacle d’une grande puissance maritime, et qui dépassera de beaucoup ce que l’Europe petit produire en ce genre: déjà l’Amérique du nord, après quarante-cinq ans de

Page 1