CHAPITRE XII
liberté, compte 70,000 matelots enregistrés, et 1 3 ,ooo vaisseaux de commerce ; l’Angleterre n’en comptait en i 823 , que 245.42 ; on peut juger ce que l’Amérique entière en possédera ; on les comptera par centaines de mille. C’est dans cette latitude d’avenir qu’il faut apercevoir la cause de l Amérique, loin de la circonscrire comme on le fait, dans le souvenir du passé, dans l’aspect dn présent, qni est le résultat de ce passé, dor‘ les funestes principes et les hideux résultats vt faire, place à tout ce qui vivifie le& sociétés 1 marnes. L’opposition de l’Europe à l’indcpendance américaine, est donc au nombre des plus dommageables contre-sens qu’un État puisse commettre ; c’est une espèce de suicide qu’il commet sur lui-même.
Opinion et vœu de t Europe sur Vindépendance ded’Amérique.
Ce nom de l’Europe revient souvent dans cet écrit; force m’est d’en user, car il s’agit de sa direction politique, et de la part qu’y prennent par
leur opinion tous les membres de la société européenne ; aujourd’hui chacun a une opinion et un parti pris sur chaque chose, et comment pourrait-il sefaireque cette disposition universellene s’étendit pas à une cause de la ua Lurette celle de FÀmérique?
| 11 y a donc eu Europe une opinion et un vœu sur cette grande affaire* Le voeu peut être conforme ou cou traire à la direction politique desgouverneniei is ;
\* par conséquent* pour s’assurer de sa nature véritable , il faut distinguer entre les élëmens qui coj> courent â la former: ce sont , i q lès gouveruemeus 3 2* les particuliers. Ceux-ci, entrâmes par le mouvement-général de l’Etat f peuvent suivre et même servir sa direction sans pour cela partager F opinion qni la produit* Ï 1 ne faut donc pas calculer Fopînion totale par le nombre apparent de ceux qui la suivent, ou même qui la servent; car il peut fort bien se faire que celte coopération ne soit qu’apparente, et l’effet du devoir, et non pas celui de la conviction. De plus, FEurope est dans un état de contrainte politique qui oblige les Etats faibles à une dissïmiîiatioù égale à oelle dont les particuliers usent & Fégard de» pouvoirs locaux. De toutes paris , dans l’ordre général et dans Tordre privé, il règne une égale pression qui force les États faibles et les sujets à cacher, à renfermer au fond des cœurs les senti mens dont la manifes-
latipu peut entraîner des dangers: par conséquent, pour les reconnaître, il faut franchir les apparences qui les couvrent, et s’adresser aux causes qui les produisent. Là,.on est sûr de n’êlre pas trompé : la nature des choses exclut tonte crainte de déception. Le besoin de déguisement général est le résultat du système établi depuis quelques années. L’Europe est partagée entre des souverainetés suzeraines et vassales; c’est la féodalité transportée dans l’ordre politique : on disait en style féodal, Point de terre sans seigneur; on peut dire. Point de principauté inférieure sans suzerain. Ceci est l’œuvre de la Sainte-Alliance ; par elle, une fédération d’un genre nouveau, unique, mal défini, et par là même commode pour l’extension dé sa juridiction, s est élevée sur l’Europe; elle commande a la façon de Jupiter, d’un signe de tete ; elle cache son action habituelle sous les formes de la liberté lamée à chacun, elle la couvre du silence; dans les grande? occasions, elle accourt •■lie intervient, elle montre ses longues. Jigjics.df soldats : on la sejul irrésistible, on se tait. Oq çn faisait autant, quand Napoléon faisait de même, mais ou u’en pensait pas moins : les faibles n’ont fait que changer de terreur. L’Angleterre seule es; hors de page : pour celle-ci, elle parle et agit comme on le Tait quand on sc sent iuvulnérablg;
sait-on bien ce qu’elle pense, et ce quelle Pour connaître ce que pen&nt aussi ceux ilnérables, à défaut de signes à manifester leur pensée, il là, on trouve de solide. La zone silen-