CHAPITRE H
Rapport des révolutions de T Amérique et de la Grèce avec l’état général du monde-
Qu’est cet état? n’est-cc pas, quoi qu’on en dise, celui d’une révision, et comme d’un redressement général des institutions qui ont régi le
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monde ? n’est-ce pas pour l’esprit humain le retour à. la nature et à son droit, celui d’examiner, de comparer, de juger? Tel est l’état actuel du monde : état nouveau, contrariant pour ceux qui avaient d’autres habitudes, mais état certain, incontestable, car il provient, il est te résultat nécessaire des élémens qui forment les sociétés modernes. Pour les replacer dans leur ancienne direction, il faudrait abolir les nouveaux élémens et ramener les anciens, chose impossible. Jusqu’ici on avait vécu comme sur"- pÜrble , et par suite d’habitudes; lès 'faits enchaînés aux faits, sous la sanction du temps et sous la main de l’autorité, formaient le droit. Le temps de l’examen à son tour est venu ; il a conduit à faire demander aux faits compte de leurs droits. Quel immense changement! le droit, règle du monde, et détrônant les faits ! Il en est résulté que le monde entier fait sa pétition de droit, tout haut et par le fait, là où il n’est pas comprimé, comme en Grèce et en Amérique ; tout bas, et par des vœux échappés du fond des cœurs, là où il est comprimé, comme en Italie, en Allemagne, en Espagne et en Portugal. Dans le premier cas, la liberté permet d’ap phquer le droit aux faits, de les mesurer sur lui, et de les lui soumettre ; dans le second, la contiiiinle réduit à attendre, à désirer, et à espérer:
ainsi marche Fesprit humain. Le monde actuel représente ce que fit F Angleterre lorsque, fatiguée des faits acerbes des Tudor , elle se retourna vers l’examen et demanda le droit . En 178g , la France fit aussi sa pétition de droit ; sa révolu tion n’est pas autre chose, et, à travers beaucoup de vicissitudes, elle est arrivée a la Charte. Les révolutions de FÀmérique et de la Grèce sont des fractions de ce mouvement universel, de cette impub sion commune imprimée au monde, L 3 Amérique demande à ^Espagne son droit; la Grèce eu fait autant à F égard de la T urq De s deux cotés,
leurs requêtes sont reçues également, comme le sont les actes de cette nature, comme la force a coutume d’accueillir les remontrances de la faiblesse présumée, comme ceux qui ont Fhabilude du commandement, écoutent les demandes du partage ou de la remise de l’autorité; niais aussi les suites de ce repoussement se ressemblent-elles partout: ce sont la guerre et Fappel aux armes, II ne'faut donc ni s’étonner ni s’irriter de ce qui se passe eu Amérique et eu Grèce ; ce n'est ni plus ni moins que la conséquence nécessaire de causes preexistentes et d’antéeédens qui ne peuvent pas rester sans effets* Les États-Unis, la révolution française, tout le mouvement du globe, ont préexisté 3 la révolution américaine et à la révolution grec-
que, les principes nouveaux lui sont antérieurs; dans çes deux contrées, on n’a donc fait qu’entrer dans le mouvement général, comme, au temps de la réformation , diverses régions s’adjoignaient successivement à celles qui étaient entrées les premières dans la carrière5 mais de plus, la Gièccct 1 Amérique onteté favorisées,bien mieux, entraînées par 1 agent le plusactil de la civilisation moderne ,| qui consiste dans les communications ouvertes entre tous les peuples; c’est la plus précieuse acquisition des sociétés nouvelles, celle de toutes qui est la plus propréafier les hommes entre eux /et'irlén'r faire connaître et désirer ce qu’il y a réciproquement de bon chez eux. L’Amérique et la Grèce n’ont eu qu’à profiter de ce secourabîe auxiliaire, et à s’aider de ce puissant levier; rien n’était- plus naturel. Leurs révolutions ne sont pas une déviation à l’ordre général du monde, une disparate avec l’état commun ; elles n’ont point pris naissance dans des cas fortuits, dans des intérêts privés, dans uneenceinté étroite; loin de là, les principes généralement reçus les ont appelées i la vie ; elles ont pris naissance au grand jour ; un monde entier a servi de berceau à l’uné d’elles : par là, celle révolution diffère essentiellement dè celles de la Suisse, de la Hollande, et même de l’Angleterre. Le contrat social n’était pas né poui
FHelvélie, réservée à l’honneur de donner le jour au génie qui en a rédigé le code immortel, réparateur des misères humaines, lorsque ses valeureux eofans mirent fin à un despotisme absurde et féroce; parmi eux, le fait précéda la connais^ sance du droit, on s’affranchit avant de penser, la liberté devança la science des principes. C’est encore à part des principes de l’ordre social, que la Hollande éclata contre le fanatisme et les vexations de l’Espagne ; alors l’Europe présentait un tableau à peu près uniforme de monarchies absolues à divers degrés, régies par les lois et les usages, héritage des temps barbares ij ^cell e jipoque encore, les peuples vivaient isolés, et les larges communications qui les unissent n étaient pas encore ouvertes. C’est cet isolement qui atténua l’effet de la révolution d’Angleterre sur le sort de l’Europe. Confinée dans une île, quoique procédant de principes réguliers, quoique multipliant des scènes bien nouvelles et inconnues aux temps antérieurs, cette révolution qui, de nos jours, suffirait pour ébranler l’Europe, fixa peu son attention, parce qu’alors on ne communiquait guère; mais aujourd’hui tout est changé, tout principe, tout mouvemenL porte avec lui un caractère et un effet de généralité ; tout le monde peut se l’approprier ou s’y conformer. L’Espagne,
Fïlalie, le Portugal , ont essayé de Je faire ; la force les a comme arrachées de celle direction. Plus heureuses qu’elles , mieux protégées par leur situation , l’Amérique et la Grèce ont pu la suivre, en bravant de loiu des mécontentemens bien impubsans contre F une , peu généreux contre l’autre.
La ûcililé et la rapidité avec lesquelles se sont eliëetuées des révolutions de la gravité de celles qui nous occupent, sont des indices certains de la vérité de cet aperçu- Combien de temps n s a-t-il pas fallu pour consolider des révolutions aussi bor~ nées dans l’espace qu’elles'Terrassèrent que Fêtaient celles dëTaTïüüande et de la Suisse; au lieu que dans quelques aimées, sous Finspiraùon des mêmes principes et des mêmes exemples, semblables à une traînée de poudre, au mouvement électrique, on a vu la révolution courir, pour ainsi dire, d’un bout à Fautre du vaste continent de FAmérique , et le remplir tout entier dans un instant ? Tout s’est trouvé fait comme de soimeme, et la terre que des maîtres ombrageux tenaient séquestrée du reste du monde, cédé de toutes les parties du globe qui semblait la plus vierge de nouveautés, et la plus inaccessible aux révolutions du reste d’un mon île qu’on lui avait rendu étranger, n’a eu besoin que de quelques jours pour sc conformer à ce modèle, et se rendre
en tout semblable à lui. Ceci renferme une grande leçon, et un profond sujet de réflexions. D’où a pu provenir un changement si prompt, si vaste, si - facile, sinon de la participation à un mouvement général, dont la vue épargne la peine des recherches, et excite à se porter, par des voies toutes tracées, vers un but qu’on voit déjà atteint par d’autres?
Ce point est essentiel à fixer ; car, sans cette précaution, il est impossible de s’entendre, et nous avons besoin de nous dégager dès l’abord de ces allégations vulgaires et fastidieuses contre les révolutions, d’après lesquelles on confond tout, causes, temps, lieux, hommes et choses, et l’on fait résulter d’une espèce d’émeute, de sédition ou de calculs ambitieux, un mouvement qui, de la part de l’Amérique, vient changer 3a face et doubler la fortune du monde, et qui, de celle de la Grèce, vient offrir à l’Europe un correctif pour son système politique, uu rempart pour sa partie la plus vulnérable, et à l’humanité une réparation aux lieux où depuis des siècles elle reçoit le plus d’injures.
C’est sous ces rapports généraux et nobles que doivent être considérées l’origine et la nature des révolutions d’Amérique et de Grèce. Quand on a à s’occuper d’elles, il faut porter ses regards en
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l.nut, » rapporter aux principe» qui f dM nailt , et vivre les grandes associations humaines, se séparer de tonte idée vulgaire; et, opippe je navigateur qm parcourt l’océan, tenir toujours les yeux tourné, vers is câel, et sur les Z qui
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